En route pour le Trappist Tour 2017 !

affiche-tt-2017-jpeg

Cette année encore l’ABBET repart à la découverte des abbayes trappistes belges et néerlandaises.

Ce n’était pas forcément notre idée initiale mais nous réitérons la formule et le programme de l’an dernier, à la demande de nouveaux participants qui vont parfois faire un peu de route pour être des nôtres. Rappel de ce qui vous attend si vous sautez le pas et prenez place à bord de notre minibus…

1

Le Trappist tour c’est quoi ?

Initié en 2014 et à l’origine de la naissance de l’ABBET, le Trappist tour c’est partir à la découverte de certaines abbayes trappistes entre amateurs ou néophytes et dans la bonne humeur !

Il se déroulera cette année les samedi 3, dimanche 4 et lundi 5 juin (jour férié) 2017.

Pour profiter au mieux de nos étapes nous avons choisi de nous rendre dans 6 abbayes trappistes, encore que nous ne pouvons pas souvent pénétrer les bâtiments monastiques. Nous visitons alors les lieux ouverts au public et les espaces de dégustation aménagés sur place.

Concrètement où allons nous ?

Le programme est le suivant.

Samedi 3 juin nous partons de Saint-Omer à 8h. Des étapes sont possibles pour embarquer tous les participants mais sans grand détour car notre programme est (très) dense !

Direction Westmalle, arrivée vers 11h. Dégustation de 2 bières et repas (une planche au choix) dans l’auberge en face de l’abbaye.

Puis départ à 13h30 pour Zundert où nous arrivons vers 14h00. Nous goûtons la bière dans une auberge après être allés voir l’abbaye et son magasin (pas d’espace de dégustation à l’abbaye).

Vers 15h30 nous reprenons la route pour Tilburg et l’abbaye de Koningshoeven (la Trappe). Arrivée vers 16h30, ce qui nous laisse 2 heures pour boire 3 Trappe au choix, visiter le magasin puis manger des sandwichs préparés par l’ABBET.

On reprend ensuite la route jusqu’à l’hébergement choisi.

2

Dimanche 4 juin, départ 9h pour Rochefort. Arrivée 11h. Tour de l’abbaye, restauration et dégustation de bières en ville. Départ 14h30.

16h arrivée à Orval, visite des ruines de l’abbaye du XIIe siècle puis dégustation de bières (dont l’Orval vert) et restauration à la brasserie de l’ange gardien jouxtant l’abbaye.

Vers 20h30 départ pour l’hébergement à côté de Charleville Mézières

Lundi 5 juin, départ à 9h pour Westvleteren. Repas et dégustation de bières sur place.

Retour à St Omer vers 15h30, ce qui vous permet de ne pas rentrer trop tard si vous avez encore de la route.

Evidemment vers aurez remarqué que nous ne visitons ni Chimay ni Achel. C’est la durée du voyage et les horaires d’ouverture qui conditionnent ce choix. Nous n’avons ainsi pas opté pour Chimay car très connue et franchement pas très chaleureuse sur place, ni pour Achel car là aussi le site n’est pas transcendant, compliqué à intégrer à un parcours, et la bière ne ravit personne au sein de l’ABBET.

Comment nous déplaçons nous ?

Cette question sera réglée en fonction du nombre de participants.

Vraisemblablement comme l’an dernier en mini-bus (ou deux, ou trois… !) avec un membre de l’ABBET qui vous conduit de sites en sites. En bus 57 places si nous sommes très nombreux ! La location et les frais liés au voyage sont inclus dans le montant de celui-ci.

Où dormons-nous ?

Plusieurs choix s’offrent à vous. Le prix varie en conséquence. Le samedi soir sont possibles des chambres collectives en auberge de jeunesse à Westerloo, ou des chambres d’hôtels doubles à Herselt. Le dimanche soir moins de choix, sauf affluence importante nous prenons nos quartiers dans des chambres d’hôtes chez des amis membres de l’ABBET à Warcq près de Charleville Mézières.

3

Justement, çà coûte combien ?

210€ si vous êtes choisissez la chambre collective le samedi et si vous êtes amis avec les copains de Charleville qui vous hébergent alors dans leur salon.

230€ si vous optez pour la chambre collective le samedi et la chambre d’hôte le dimanche.

250€ si vous souhaitez une chambre double le samedi et la chambre d’hôtes le dimanche.

Ce tarif comprend les déplacements avec chauffeur, les hébergements, les repas, la dégustation d’un certain nombre de bières sur place (3 par exemple à Koningshoeven sur les 8 possibles). Libre à vous ensuite de passer des commandes supplémentaires sur place à vos frais tant que vous restez joyeux et que vous gardez partiellement le contrôle de la situation ! Mais l’expérience prouve qu’avec les dégustations prévues et le temps imparti sur chaque site personne n’est mort de soif…

A noter que l’adhésion à l’ABBET (15€, valable 1 an) est un pré-requis indispensable pour pouvoir participer au Trappist Tour.

 

Comment je m’inscris ?

En nous contactant par mail à abbetrappiste@gmail.com, et ceci avant le 28 février 2017 afin que nous fassions les réservations nécessaires.

A cette même adresse nous répondrons également à toutes vos questions.

Alors n’hésitez plus, et embarquez pour un long week-end savoureux et chaleureux !

 

Ils l’ont fait en 2016 :

5

« Nous y étions et nous pouvons vous assurer que c’était un week-end inoubliable ; les garçons nous ont concocté un séjour super ; tout avait été préparé de main de maître ; tout était prévu: le timing, les restos, les hôtels, les visites des abbayes avec commentaire, les dégustations (même si MJ ne boit pas de bière), et en prime une soirée top du top chez Cédric ; nous sommes prêts pour l’année prochaine si vous nous acceptez ; encore mille mercis à vous les garçons (à nos chauffeurs) » Jean-Pierre

6

« Merci l’ABBET. Les bonnes humeurs constantes conjuguées des participants et celles recueillies chez nos divers hôtes m’ont fait du bien. J’en déduis par conséquent que consommer avec des acolytes sympathiques ce divin breuvage qu’est une bonne bière trappiste et aller sur des lieux qui rassemblent des personnes autour de cette boisson est une thérapie contre la morosité. La convivialité n’a jamais déserté les haltes que nous faisions, merci à chacune et chacun qui y ont contribué ! Outre ce bien-être humain, je porte désormais en moi des images de lieux découverts, en effet, déguster ces bières trappistes que sont Westmalle, La Trappe, Zundert, Rochefort, Orval et Westvleteren, ce n’est pas seulement tremper ses lèvres dans un liquide aux saveurs toujours étonnantes et diverses, mais c’est tremper aussi dans une culture, un savoir faire au cœur d’un environnement typique et souvent séduisant ! » Lydia

 

C’était le Trappist tour 2016 !

Le premier Trappist tour, en 2014, était à l’origine de la fondation de l’ABBET. Nous rêvions alors de réitérer l’expérience, d’ouvrir notre groupe, de rattraper nos oublis (Zundert!). Et bien voilà chose faite, et très bien même!
Le cru 2016 aura été brillant, placé plus que jamais sous le signe de l’amitié et des tournées qui rendent heureux. Retour ici en photos sur ce joli week-end prolongé pendant lequel, si nous n’avons jamais connu la soif, nous n’avons également jamais manqué une occasion de nous instruire…

LA BELGIQUE

Lydia, Marie-Jo et Dominique

Lydia, Marie-Jo et Dominique

Et hop! Nous voilà embarqués dans notre minibus décoré aux couleurs de l’ABBET, direction Westmalle où les choses sérieuses commencent. Si la perspective de déguster la Westmalle extra, vendue uniquement sur place, est excitante, nous
tenons d’abord à faire découvrir à tous, au fil des abbayes, l’histoire des lieux et la genèse des productions brassicoles.
C’est Manu qui a d’abord potassé Jef Van den Steen sur la route (Les Trappistes, bières de tradition, éditions Racine, 2015 – toutes les informations relatives aux abbayes sont tirées ici de cet ouvrage).
Manu à Westmalle

Manu à Westmalle

Les premiers moines «trappistes» de Westmalle s’y installent le 6 juin 1794… Mais y restent bien peu!
Nous précisons tout de suite ici que, par souci de compréhension, nous désignons ces moines comme «trappistes» bien que la fondation officielle de «l’ordre cistercien de la stricte observance» ne date que de 1892. En effet, dès le tout début du XVIIe siècle, d’abord à l’abbaye de la Charmoye en Champagne puis rapidement dans d’autres monastères, une réforme de l’ordre cistercien débute, lui reprochant de s’être à son tour
relâché depuis sa fondation par Robert de Molesmes en 1098.
Cette réforme, d’abord nommée «ordre de l’étroite observance» prend des formes multiples avant d’être unifiée dans l’ordre trappiste que nous connaissons aujourd’hui.
S’ils ne sont donc pas encore trappistes, les religieux de Westmalle, comme ceux des autres abbayes citées ci-après, suivent déjà cette réforme souhaitant retrouver la pureté originelle de la règle de St Benoît…
Mais trêve d’érudition, revenons à nos moines! Originaires de l’abbaye Notre-Dame de la Trappe à Val-Sainte (Suisse actuelle), ils ne s’attardent donc pas dans les lieux car ils
fuient 10 jours plus tard l’avancée des troupes révolutionnaires françaises en Belgique.
Ils reviennent à Westmalle en 1802. C’est l’Empire de Napoléon Ier qui confisquera alors leurs biens en 1811, que les moines réintégreront en 1814. Reconnue officiellement par la monarchie néerlandaise en 1822, érigée en abbaye en 1836, puis reconnue en 1842 comme personne juridique à part entière, la communauté commence alors son développement.
Lorsqu’en 1836 les moines trappistes de Westmalle se voient contraints par décision papale d’adopter les constitutions de l’abbé de Rancé (un des réformateurs évoqués ci-dessus), ils obtiennent le droit de boire la boisson régionale du peuple. Les voilà alors
se régalant de lait écrémé, de lait battu…quel bonheur! Mais rassurez vous, bière, et même vin en cas de nécessité sont de même autorisés.
Et comme la règle bénédictine stipule que les ateliers de travail doivent se trouver à l’intérieur de l’enclos monastique pour assurer le travail manuel des moines et éviter l’oisiveté, la première pierre de la brasserie de Westmalle est posée dès août 1836.
Westmalle

Westmalle

Le 10 décembre 1836, les moines dégustent leur première bière, une brune servie comme bière de table au réfectoire et uniquement réservée aux moines.

Pas question à la base de vendre cette boisson. C’est même sur la production et  commercialisation de vin que misent alors les moines campinois! Primée à plusieurs reprises au XIXe siècle, la production viticole décline et est stoppée avant la première guerre mondiale.

La production brassicole évolue alors, et le 1er juin 1861 a lieu la première vente de bière à l’abbaye de Westmalle, une brune, même s’il est avéré que les moines brassent également une blanche qu’ils servent à leur table.

La brasserie apporte une part de plus en plus importante des revenus de l’abbaye. La reconstruction de 1895-1900 lui accorde une place importante, une voie de chemin de fer construite à cette occasion reste ensuite en activité pour acheminer les livraisons à la brasserie.

Olivier, Nico, Lydia et Marie-Jo

Olivier, Nico, Lydia et Marie-Jo

En octobre 1914 la guerre vient pourtant porter un coup d’arrêt à cette expansion.

La tour de l’abbaye est dynamitée pour que les Allemands n’y installent pas de poste d’observation, les moines s’enfuient, pour l’essentiel à… Zundert.

En 1918 les Allemands démantèlent la brasserie pour récupérer les métaux dont la pénurie est alors forte suite au blocus franco-britannique.

Elle est remise en route en 1922, on produit déjà une Extra pur-orge ainsi qu’une Double brune.

En 1933 l’appellation «trappiste» est déposée pour désigner la bière brassée à l’abbaye de Westmalle.

C’est également en 1931 qu’une nouveauté «révolutionne» l’univers de la bière. Une nouvelle blonde, baptisée «Triple» commence à être produite. Elle est officiellement lancée en 1934, et représente aujourd’hui plus de 70% de la production de la brasserie.

129 000 hectolitres de bière de Westmalle ont été brassés en 2013. Actuellement les moines siègent au conseil d’administration de la société coopérative gérant la brasserie mais, comme partout, ils ne participent plus directement à sa production.

Westmalle

Viens alors le temps de nos premières bières du week-end au Trappisten Cafe. Westmalle extra donc qui remporte un franc succès, Westmalle Dubbel et Tripel bien sûr, mais également Westmalle «moitié-moitié». Nous avons d’abord cru à une mauvaise traduction du flamand et beaucoup rit en imaginant ce qui nous paraissait un vrai sacrilège! Mais non, cela existe réellement. Une demi-bouteille de Westmalle triple que l’on complète de Westmalle double tirée au fût, en s’appliquant bien à ce que la mousse reste blanche. Vaut surtout pour la jolie couleur du verre… Mais on vous l’a dit, nous ne perdrons jamais une occasion de nous instruire lors de ce week-end.

LES PAYS-BAS

Et, tels les premiers moines de Westmalle, mais sans fuir nous concernant car cette première halte paraît déjà fort sympathique à l’ensemble du groupe, c’est la route de Zundert que nous prenons ensuite.

Zundert

Zundert

Pour les « historiques » du tour 2014 c’est l’occasion de rattraper un oubli. Nous n’avions pas réalisé que l’abbaye venait de se voir décerner le label ATP en décembre 2013.

Le cadre est vraiment joli, et l’accueil chaleureux. Mais nous en étions déjà persuadés au vu des échanges mails que nous avions eu avec les responsables de la brasserie l’année écoulée.

Zundert

On retrouve à Zundert les mêmes éléments historiques que dans beaucoup des abbayes trappistes visitées.

La Révolution française puis les gouvernements anticléricaux que connaît la France au XIXe siècle font peser de lourdes menaces sur les communautés monastiques et notamment, pour celles qui nous intéressent ici, sur l’abbaye Sainte-Marie du Mont, mieux connue sous le nom de Mont des Cats.

Ainsi en 1899 l’abbé de Koningshoeven (à Tilburg, qui brasse aujourd’hui la Trappe pour ceux qui commencent à être perdus…), abbaye «fille» du Mont des Cats, fonde un monastère à Zundert destiné à abriter les moines français en cas d’expulsion : Maria Toevlucht, que l’on traduit par… Refuge Marie.

L’abbaye dispose d’une terre pauvre, difficile à valoriser, et ne connaît son essor qu’après la première guerre mondiale.

Malgré ses liens avec Koningshoeven et Westmalle, elle ne brasse alors pas. Pire, les moines sont même à l’eau ou au cidre. Finalement compréhensible si on se rappelle que la première abbaye réellement trappiste est celle de la Grande Trappe basée en Normandie…

L’abbaye vit au XXe siècle du travail de la terre : vaches laitières, céréales, haricots, pommes de terre, poules, viande bovine… Mais la communauté vieillit et en 2008 elle lance une profonde réflexion sur son avenir.

L’exemple des abbayes voisines fait alors ressortir qu’une brasserie peut apporter des ressources importantes au monastère, sans constituer une charge de travail trop lourde.

Un hangar délaissé est de fait aménagé en brasserie et le style est choisi, une bière originale, se distinguant de ses consœurs trappistes. 9 brassages et de nombreuses dégustations permettent l’élaboration de la bière actuelle, amère et épicée, qui obtient très rapidement le logo ATP le 10 décembre 2013. Deux moines participent ici au brassage de la bière.

Nico et Lydia

Nico et Lydia

Pas d’espace de dégustation à l’abbaye. La bière, destinée essentiellement au marché belge et néerlandais, est servie dans les différents cafés de la région. C’est à quelques centaines de mètres du monastère que nous avons trouvé notre bonheur, dans une ambiance un peu surannée mais bien plus conviviale que beaucoup des espaces trop modernes aménagés dans la plupart des abbayes…

Une  bière de Zundert, servie dans son joli verre, en guise de digestif donc, et nous reprenons la route pour sa grande sœur néerlandaise, l’abbaye de Koningshoeven à Tilburg.

Ceux qui ont suivi ont déjà compris que les liens entre abbayes trappistes sont nombreux et que les mêmes noms reviennent donc fréquemment dans leur histoire.

Vous vous souvenez ainsi que les moines du Mont des Cats, craignant leur expulsion de France, avaient, via Koningshoeven, participé à la fondation de Zundert.

Si vous l’avez oublié reprenez plus haut, en prenant des notes, et soyez attentifs bon sang!

 

Donc, avant de fonder Zundert, les moines du Mont des Cats qui craignent pour leur survie depuis la fin du XVIIIe siècle avaient déjà fondé un monastère aux Pays-Bas, près de Tilburg, l’abbaye de Koningshoeven (les «fermes du roi», car implantée sur une ancienne métairie fondée par le futur roi Guillaume II en 1834).

L’année 1881 est l’année officielle de fondation de cette abbaye. Si elle n’abrite finalement pas les moines français qui échappent à l’exil, elle connaît sa propre expansion.

Mais comme chez sa voisine précédente le sol est pauvre. La décision de brasser est par contre bien plus rapide (et pour cause, le père Nivard, premier supérieur de l’abbaye, est né dans une famille de brasseurs à Munich). Dès 1886 un premier brassin réussi sort des cuves néerlandaises.

Pourtant, sans vouloir trop noircir le tableau, Koningshoeven va connaître un long siècle de turpitudes brassicoles, produisant longtemps des breuvages très médiocres pour d’autres comme pour elle, préoccupée constamment par sa survie.

C’est en effet vers des bières de basse fermentation (Munich vous disait-on…) que l’abbaye se tourne sous l’appellation de la brasserie «De Schaapskooi» (la bergerie).

Parmi les déboires ou productions peu glorieuses, indiquons ainsi que la cuvée destinée à l’Exposition Universelle d’Anvers en 1895 s’est avérée imbuvable, que de la limonade est produite entre 1951 et 1969 pour gonfler la trésorerie, qu’en 1952 la brasserie signe un contrat avec De Spar, une chaîne de supermarchés vendant de la bière à prix réduits pour qui elle brasse une brune sucrée à 3,5% et une Pils à 5%…

La brasserie cherche également à recruter des clients sous contrat. En 1969 elle possède ainsi plus de cent cafés dans tout le Brabant tenus d’acheter ses produits.

Mais en 1969 la brasserie est tout de même exsangue. Elle tombe alors sous la coupe du groupe belge Artois qui s’avère surtout intéressé par les cafés sous contrat…

La brasserie De Schaapskooi  sert alors à brasser des sous marques. A partir de 1976 elle est même arrêtée et les locaux ne servent plus que de dépôt.

Le contrat avec Artois est rompu en 1979, les installations de la brasserie commencent à être démantelées, mais c’est de cette quasi disparition que va renaître une production (enfin) de qualité.

Sans titre

Car les moines décident de racheter une partie des installations et la brasserie survit.

En parallèle une vraie réflexion est menée sur le marché de la bière et la communauté relève l’engouement des consommateurs pour les bières spéciales.

Si les réticences des moines novices, rechignant à brasser eux qui ne sont pas entrés dans les ordres dans ce but, doivent d’abord être surmontées en promettant de limiter la production comme chez Westvleteren, les premiers brassins sont produits dès 1980.

Changement majeur : on passe à la fermentation haute en produisant une bière nommée La Trappe, appellation existant déjà depuis 1958.

Il est d’abord difficile de convaincre les consommateurs, associant la production aux Pils de mauvaise qualité… et la brasserie recommence à brasser pour d’autres, y compris pour Chimay entre 1986 et 1992, mais aussi pour Heineken pendant 10 ans.

Malgré le label ATP obtenu en 1997, les moines de Koningshoeven signent une convention de collaboration avec Bavaria en 1998, entraînant le retrait du label ATP jusque 2005.

Depuis des moines travaillent plusieurs heures par semaine à la brasserie. Le brassage proprement dit est confié à la Bierbrouwerij De Koningshoeven BV, une filiale indépendante à 100% de Bavaria. Il faut avouer qu’on saisit assez mal les liens entre Bavaria et l’abbaye, même en lisant Jef Van de Steen.

Sans titre

Disons que ce partenariat s’inscrit dans une longue tradition de l’abbaye pour trouver des débouchés et assurer son existence, ce qui n’en fait pas la plus « pure » des trappistes, mais nous permet de savourer quelques breuvages de qualité parmi le large choix à la pression dans le « local de dégustation » jouxtant l’abbaye. Mention spéciale pour la Trappe Quadrupel, qui fête ses 25 ans cette année et que nous classons à l’ABBET parmi nos trappistes préférées.

Hervé

Sans faire honneur à toute la carte, cette étape entretient la bonne ambiance dans notre groupe ! Après un passage par la riche boutique de l’abbaye et un pique-nique entre les gouttes, c’est en chansons que se fait la route jusqu’à nos hôtels respectifs, à Herselt pour Didier, Lydia, Dominique, Hervé, Marie-Jo et Jean-Pierre, à Westerloo pour Nico, Manu, Oliv et Max.

Si les premiers ont loué le confort des chambres et la qualité du petit-déjeuner, les seconds se sont appliqués à découvrir la gamme intégrale des bières Tongerlo brassées à 2km de leur auberge. Infidélité passagère aux bières trappistes qui ne les laissa que très moyennement convaincus mais permis des fous rires mémorables dont ils vous reparleront à l’occasion…

Sans titre

DE NOUVEAU LA BELGIQUE

Et nous revoilà donc en Belgique, où la trappiste sera désormais présente dans nos verres et nos assiettes!

Symbole de cette plongée dans la gastronomie locale, notre première étape dans la jolie ville de Rochefort où le restaurant la Gourmandise nous a concocté un alléchant menu à base de Trappiste Rochefort.

Sans titre
Sans titre

Mais notre découverte avait commencé un peu plus tôt dans la matinée, en nous rendant bien entendu à l’abbaye Saint Rémy.

Elle est aussi belle et le cadre aussi plaisant que sa bière est savoureuse.

Fondée par des moniales au XIIIe siècle, l’abbaye Notre Dame de Saint Rémy (ce dernier patronyme renvoyant en fait au nom de l’église paroissiale du village voisin de Falen, disparue en 1660) voit au milieu du XVe siècle ses moniales s’éloigner fortement de l’idéal bénédictin et accumuler les dettes.

L’ordre de Cîteaux décide alors en 1464 d’implanter à Rochefort une communauté masculine, gage de rigueur ( !) et les religieuses partent à Félipré.

La Révolution française a détruit une partie des archives de l’abbaye, on sait toutefois qu’en 1595 on y brasse déjà à coup sûr. Mais pas encore de bière trappiste vous vous en doutez !

L a Révolution ruine et détruit l’abbaye, vendue comme bien national en 1805.

Après avoir connu plusieurs propriétaires, elle est achetée en 1886 par Victor Seny, aumônier de l’armée à la retraite qui rêve de fonder une abbaye et d’en devenir abbé.

Les moines d’Achel se laissent séduire et la nouvelle abbaye est fondée en 1887.

Au début du XXe siècle le travail manuel reprend, les moines produisant notamment du fromage et du pain. Mais les moines d’Achel brassent, et ils comptent bien faire de même à Rochefort!

S’ils se fournissent d’abord chez les abbayes voisines (chez Chimay notamment, dont la bière est destinée aux patients de l’abbaye afin qu’ils reprennent des forces!) les premiers brassins, médiocres, inégaux et très artisanaux, commencent à être bus en 1899.

Sans titre

En 1911, la production commence à s’améliorer et les premières brunes de Rochefort apparaissent.

La guerre ne compromet pas la production, du moins jusqu’en 1917, date à laquelle l’occupant allemand interdit les bières titrant plus de 3%. Elus pour «civiliser le monde» disait le Kaïser… mouais mouais…

La brasserie connaît un grand essor dans les années 1920.

En 1924, le père abbé reçoit la croix de l’agriculture et remercie les moines de leurs efforts en leur distribuant «deux œufs, un cigare, et une bouteille de la meilleure bière».

La brasserie continue à tourner également pendant la Seconde Guerre Mondiale, même si le malt est parfois remplacé par des betteraves broyées et séchées!

Elle occupe ensuite une part de plus en plus importante des revenus de l’abbaye.

Sans titre

La Rochefort «merveille» apparaît en 1950, mais c’est à l’époque Chimay qui vient sérieusement concurrencer Rochefort.

Solidarité monacale oblige, Scourmont apporte alors une aide à Notre-Dame-de-Saint-Rémy afin de l’aider à se moderniser et à faire face… à sa propre concurrence ! C’est à Scourmont que les moines de Rochefort partent ainsi améliorer leurs techniques brassicoles.

La Rochefort «trappiste» est mise au point en 1953, la Rochefort «spéciale» en 1955.

La trilogie est alors née. En 1960 ces appellations disparaissent et laissent place aux capsules bleues, rouges et vertes et aux actuels numéros.

Jusqu’en 1993, en l’absence d’étiquette, il n’était plus possible d’identifier autrement qu’en la goûtant une bouteille de Rochefort décapsulée. Dur.

Sans titre

Nous sommes arrivés à l’abbaye en pleine messe de la Pentecôte.

Croyants ou pas nous avons pu apprécier la sérénité des lieux et la qualité de la messe chantée comme, clin d’œil amusant, le roi des Belges Philippe, en résidence dans la région et en visite presque incognito pour l’office.

Ce n’est pourtant pas lui mais bien les superbes cuves en cuivre rouge que nous nous sommes efforcés d’apercevoir à travers les vitraux de la « cathédrale », vraisemblablement la plus belle salle de brassage de Belgique.

Pas de visite à la source Tridaine, faute de temps car les ripailles nous attendaient. Elle fera l’objet d’une promenade ultérieure ! Et heureusement que nous avons hâté le pas car le repas fut long et nous arrivâmes à Orval juste à temps pour découvrir les ruines de l’ancienne abbaye…

Sans titre

Si les dégustations effectuées sur place n’ont pas emporté la même franche adhésion qu’à Rochefort, la beauté des lieux a par contre suscité elle l’enthousiasme.

Il faut dire que l’Orval a une saveur inimitable assez clivante et l’Orval vert ou l’Orval vieux ne peuvent pas laisser indifférents…

Pour ce qui est de la belle abbaye d’Orval, les bâtiments que nous admirons aujourd’hui n’ont toutefois rien à voir avec la fondation initiale, fort lointaine puisqu’elle remonte à 1070.

En 1132 elle devient la 53e abbaye à intégrer le tout jeune ordre cistercien, du vivant donc de Bernard de Clairvaux.

La vallée d’or (Aurea  Vallis) est baptisée ainsi par la comtesse Mathilde en 1076. Enfin, c’est ce que prétend une des versions  de la légende reprise encore aujourd’hui par l’étiquette du divin flacon : une truite amène dans sa gueule l’alliance de la jeune veuve, perdue par mégarde dans la fontaine de l’abbaye. «Vraiment, c’est ici un Val d’Or!» se serait-elle alors écriée…

La source Mathilde servit sûrement à produire de la bière dès le XIIIe siècle, mais ce sont surtout des preuves d’exploitations viticoles que l’on a au Moyen-âge sur les terres abbatiales.

Sans titre

On trouve la mention d’une activité de brasserie dans une description de 1726 rédigée par l’abbé de Saint-Pierremont.

Mais l’activité cesse le 23 juin 1793. Les troupes révolutionnaires françaises y pénètrent et la mettent à sac. Les sept siècles d’histoire de l’abbaye d’Orval prennent alors fin.

Sans titre

Les intempéries, les « pillards » qui utilisent l’abbaye comme carrière de pierre transforment le lieu en ruines…non dénuées de charme !  Et, romantisme oblige, elles attirent au XIXe siècle des visiteurs célèbres, comme en témoigne le dessin ci-dessous, réalisé en 1862 par Victor Hugo exilé en Belgique (source BNF, Manuscrits NAF 13453, fol 28) :

Sans titre

En 1926, le propriétaire des lieux restitue le domaine à l’abbaye de la Grande Trappe, la reconstruction commence immédiatement.

L’abbaye de Sept-Fons (Auvergne) est alors à la recherche d’un lieu de retraite pour une partie de ses moines rentrant du Brésil où leur fondation  n’a pas été couronnée de succès. Dès 1926 le lieu lors est confié et les moines s’y installent en 1927.

Les 20 ans qui suivent ne sont qu’un immense chantier, financé par des ventes de timbres poste à surcharge, des appels aux dons, les tickets de visite des ruines de l’ancienne abbaye, les recettes d’une loterie organisée lors de l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1935…

La nécessité de trouver des sources de revenus réguliers s’impose également.

Un temps envisagée, la vente de l’eau de la source Mathilde est heureusement oubliée pour laisser place au brassage d’une première bière en 1931 dont l’objectif est uniquement de générer des fonds pour reconstruire les bâtiments. Et, détail surprenant, c’est avec des fonds laïcs que cette brasserie est bâtie. C’est la SA Brasserie d’Orval dont les 150 parts de 1000 francs sont souscrites par une dizaine «d’Amis d’Orval». Depuis 1987 toutes les actions ont été rachetées par l’abbaye.

Sans titre

La SA vise donc dès le départ des objectifs commerciaux et développe ses ventes à grande échelle. La bière d’Orval est la première bière trappiste distribuée à l’échelle nationale. La stratégie commerciale passe également par le dessin du verre calice et le flacon conique toujours utilisés.

Une exception toutefois pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Là encore l’occupant demande à ce que le titre alcoolique soit baissé à 1,5%, et, par pénuries de bouteilles brunes, la brasserie se rabat sur des bouteilles vertes, fort peu populaires. Retirées rapidement du marché elles ne servent alors qu’à contenir la bière de table jamais mise en bouteille auparavant. Voici née l’Orval vert…

Sans titre

Anecdote amusante, quand le professeur Declerck devient le conseiller d’Orval en 1952, il modernise la brasserie et renforce considérablement l’hygiène en instituant la désinfection complète des cuves.

Il provoque alors la disparition du Bierstein, un dépôt calcaire poreux qui permettait le développement de levures sauvages donnant son goût un peu aigrelet à la bière. La bière brassée n’est plus de l’Orval!

Il faudra fastidieusement rechercher qu’elles étaient ces levures pour pouvoir cette fois les réintroduire volontairement au breuvage et lui rendre ses qualités gustatives incomparables…

 

Peut-être le savez-vous, les capacités de production maximales sont aujourd’hui atteintes à Orval.

L’abbaye a refusé de délocaliser sa production (label ATP et conception du travail monacal obligent), la bière se fait donc parfois rare pour les amateurs du monde entier et toute publicité et recherche d’expansion a cessé depuis 2010, comme le développement des cafés «ambassadeurs Orval» d’ailleurs.

Piquons pour finir cette citation par Jef Van de Steen d’un article de l’Elseviers weekblad du 18 juillet 1959 : «Quelques bières d’abbaye, celles des trappistes et celle d’Orval (la mention Trappist Ale ne figure sur l’étiquette que depuis 1980) mènent l’humanité souffrante à l’état de grâce».

Sans titre

Plus léger, notre dîner laissait encore la part belle à la bière et au fromage d’Orval, et nous voici en route pour notre hébergement du soir, la Grange aux bois à Warcq, près de Charleville Mézières.

Malgré quelques imbroglios sur les chambres, ce fut un grand moment!

3 magnums de Rochefort 8 à la main, nous convions nos hôtes à un verre de l’amitié…qui ne fut pas le dernier de la soirée.

Rejoints par une fine équipe d’étudiants célébrant la fin des examens, guitares, ukulélé, chanson française et carnaval de Dunkerque se succédèrent une grande partie de la soirée et de la nuit, et les canettes de la Petite Brasserie Ardennaise (PBA) prirent le relai des flacons rochefortois trop vite épuisés.

Sans titre

Comment ne pas passer une formidable soirée en si bonne compagnie ? Encore mille mercis aux amis ardennais pour cet accueil exceptionnel.

 

C’est tout de même beaux et fringants que nous reprîmes la route lundi matin, attendus à midi pour déjeuner le Graal à la main. Et oui, c’est par Westvleteren que notre périple s’est achevé.

 

Westvleteren. Nous en avons déjà beaucoup parlé ici, mais pas de doute, quand on voit les sourires des visiteurs et le nombre d’entre eux posant fièrement cartons de bières en main pour la photo, on réalise qu’on n’est pas dans un lieu tout à fait commun, même si l’auberge d’In de Vrede n’a rien de très chaleureux depuis qu’elle a été rénovée. Mais bon, pour en savoir plus sur l’ancien troquet il faudra consulter Hervé et Jean-Pierre…

Sans titre

Le site de l’abbaye est donné au IXe siècle par un paysan aux moines de Sithiu, la future abbaye Saint Bertin de Saint-Omer! Voilà qui peut choquer, réunir dans la même phrase un site produisant l’une des meilleures bières du monde et un autre dont les productions brassicoles sont une insulte à la zythologie…

Les communautés religieuses se succèdent sur le site dédié à Saint-Sixte, qui se développe et se bâtit  sous l’impulsion d’une communauté d’ermites au XVIIe siècle. Mais l’empereur d’Autriche Joseph II fait fermer et raser Saint Sixte en 1784.

C’est un laïc, Jean-Baptiste Victoor, qui fonde en 1831 une nouvelle abbaye, accueillant alors des moines… de l’abbaye du Mont des Cats bien sûr!

Sans titre

En 1836, deux moines de Westmalle cette fois arrivent à Westvleteren. En 1850 ce sont des moines de Westvleteren qui cette fois quitteront les lieux pour aller fonder une communauté près de Chimay… avant que d’autres ne partent en 1860 pour le Canada. Cette communauté finira bien plus tard, en 1950, par s’implanter dans le Massachussetts, à Spencer…

Mais revenons à Saint Sixte.

Lors des travaux de construction, l’habitude est prise de verser deux verres de bière aux maçons dans la journée. Dépense lourde, puisque l’abbaye décide finalement de construire sa propre brasserie en 1839, très probablement sous les conseils avisés de Westmalle.

A partir de 1877 la brasserie devient une source de revenus pour l’abbaye qui vend une partie de sa production.

La première guerre mondiale va étonnamment contribuer à la prospérité de cette brasserie. Un cantonnement militaire et une cantine britannique installés à proximité font exploser la production!

La construction d’une nouvelle abbaye, l’ancienne étant vétuste, à partir de 1928 fait de l’augmentation des revenus de la brasserie une nécessité.

Aux 4, 6 et 8, vient s’ajouter une Westvleteren 12 en 1940.

Sans titre

Mais en 1945 l’abbé Girardus décide de cesser les activités commerciales de l’abbaye et de ne plus «brasser que pour leur propre usage, pour les clients du monastère et d’effectuer de temps en temps un brassin de bonne bière pour les parents et les bienfaiteurs». Décision approuvée par le conseil car paraissant plus dans l’esprit de l’ordre.

Regrettable pour les amateurs de bière, cette décision se comprend en effet au regard de l’engagement monastique. Aujourd’hui encore les moines de Westvleteren goûtent peu la frénésie qui entoure leur production et qui les éloigne de leur vie spirituelle en les réduisant souvent au seul rôle de brasseur…

Depuis lors la bière n’est plus vendue qu’aux seuls particuliers qui se rendent à l’abbaye et à l’auberge d’en face, propriété des pères.

Vous le savez sûrement, mais dans la foulée Evariste Deconinck, fromager du Refuge Notre-Dame de Saint Bernard à Watou obtient le droit de brasser selon la recette des moines et de commercialiser sa production. Vous ne lui trouvez pas un petit goût de Westvleteren 8 à la Saint Bernardus 12 ?

Sans titre

Et pourtant, malgré ces restrictions drastiques, dès 1960 déjà l’abbaye fait régulièrement face à la pénurie.

Si la production a été modernisée et accrue régulièrement depuis, le principe de vente n’a jamais changé, à l’exception des ventes de 2010 et 2012 pour financer la réfection de bâtiments monastiques.

L’engouement a été un peu maîtrisé depuis que la Westvleteren 12 a été élue plusieurs fois meilleure bière du monde par le site Ratebeer, distinction que semble t-il bien des amateurs lui décernaient déjà depuis des décennies.

Cette vente «au compte-goutte» contribue au mythe ! Elle nous fait ressentir une profonde satisfaction quand nos commandes arrivent à table, elle nous donne le sourire quand des caisses de 6 bouteilles sont en vente à la boutique et que nous repartons, comme ce lundi de Pentecôte et comme tous nos voisins, les bras chargés des précieux flacons…

 

Et nous voilà à la fin du voyage.

 

Certains ont découvert les sites voire les bières pour la première fois.

On peut affirmer qu’ils en sont rentrés réjouis!

D’autres revenaient sur des lieux et des breuvages connus.

Mais le plaisir fut de nouveau là!

Nous avons passé trois excellentes journées, grâce à la grande valeur des membres de notre groupe qui ont mis leurs qualités et leur bonne humeur au service de ce Trappist Tour 2016.

 

Nous repartirons!

En 2017 peut-être.

Différemment, en découvrant d’autres lieux, en s’efforçant de nous adapter aux impératifs de ceux qui aimeraient nous rejoindre mais n’ont pu être des nôtres cette année.

 

On a déjà hâte d’y être.

A bientôt sur la route!

Sans titre

Y a des trappistes dans le Ratebeer !

Sans titreEt voilà, les amateurs de bières du monde entier ont rendu leur verdict 2015.

Pardon ? Vous ne connaissez pas Ratebeer ?

Oups, une mise au point s’impose alors.

rate

Ratebeer, c’est un site Internet (www.ratebeer.com), lancé par Joe Tucker, un Californien, il y a près de 20 ans. Son principe est aujourd’hui simple : vous vous inscrivez et à chaque fois que vous dégustez une bière vous vous connectez pour la décrire et la noter.

Chaque bière se voit ainsi attribuer une note qui dépend du nombre d’évaluations, de celle reçue également par la brasserie, de l’expérience de la personne donnant la note (un nouveau membre compte moins que celui qui commente sa 100e bière sur le site).

Si son fondateur affirme ne pas chercher le profit, son site a une influence grandissante. 1,4 millions d’internautes s’y connectent chaque mois. Et qui a nommé la Wesvleteren XII meilleure bière du monde ? Et bien le classement Ratebeer.

Alors qu’on mette les choses au point tout de suite : il y a bien des critiques et des remises en cause à faire du classement général comme des classements particuliers.

Avant tout la surreprésentation des bières et des dégustations états-uniennes, qui tiennent à l’origine du site. Mais bon, comme c’est bel et bien une trappiste qui trône en haut du classement, on veut bien en parler ici.

Du classement général 2015 d’abord, tous styles de bières confondus.

Innovation

Cette année, Ratebeer a innové. Ils ont organisé un festival, une grosse soirée, et ils ont nommé 100 bières comme étant les meilleures du monde. Pourquoi pas. C’est plutôt malin, comme l’est ce principe de notation collective.

Parmi celles-ci (données par liste alphabétique), on trouve alors les Rochefort 8 et 10, ainsi que les Westvleteren 8 et XII. On notera tout de même la présence de 71 bières états-uniennes dans les 100…

Ensuite, si on cherche un classement plus précis, il faut chercher par catégorie. Rapide pour nous, puisque nos trappistes chéries ne figurent que dans une seule du classement 2015 : Belgian Style Strong Ales.

Côté trappistes

C’est la Wesvleteren XII qui obtient la médaille d’or et se classe numéro 1. Mais cette médaille est partagée avec la Rochefort 10 (2e), la Westvleteren 8 (3e) et, pour info, la Struise Pannepot reserva (brassée par De Struise Brouwers à Oostvleteren, ce qui ne s’invente pas !) ainsi que la Saint Bernardus 12. Soyons francs, ce classement provoque chez l’Abbet un début de pâmoison. Quelle belle liste…

Viennent ensuite, médaille d’argent, la Rochefort 8 (10e), puis médailles de bronze la Trappe Quadrupel (13e…derrière la Triple Karmeliet…y a des claques qui se perdent…) et la Chimay bleue (14e).

Un classement intrigant

Ce classement a de la gueule, les 15 bières proposées sont (presque) toutes d’excellentes factures.

Mais ensuite, plus rien ! Plus de bière trappiste dans les autres catégories. Et il faut bien reconnaître que du coup ces classements nous laissent très dubitatifs. Pourquoi? Parce que si on s’intéresse aux classements «en continu» que publie le site, on trouve bien plus de trappistes. Des exemples? D’accord. Cela vous évitera de fastidieuses recherches.

Le 1er février à midi (et oui, ça bouge !). Au classement général, la Wesvleteren XII occupe ce matin la 1ère place (note de 4.43 sur 5, 3529 avis). On opine du chef, néanmoins on ne peut s’empêcher d’y voir un «effet de mode». Pour être plus clair, la Westvleteren XII a contribué fortement à la médiatisation du site Ratebeer. Mise alors sur le devant de la scène, devenue «mythique», les internautes entretiennent cette notoriété renforcée par la rareté de ce breuvage. Mais nous validons, bien sûr !

On trouve ensuite dans ce classement la Rochefort 10 à la 12e place (4.30 sur 5), et la Wesvleteren 8 à la 32e place (4.22).

Dans la catégorie «Dubbel abbey», la Westmalle double se classe 2e, la Chimay rouge 4e, et la Trappe double 26e.

Catégorie «abbey triple» (1ère la triple karmeliet ! Ce qui peut nuancer la suite…) la Westmalle triple est 9e, la Chimay triple 13e, l’Achel blonde 26e. Cette dernière mention le confirme : n’accordez pas d’importance au classement de cette catégorie…

Dans les «Abbaye quadruple» la Westvleteren XII est 1ère, la Rochefort 10 2e, la Trappe quadruple Oak aged 20 (correspond au numéro de brassin de cette bière vieillie en fût) 3e, la 21 8e, la 22 9e, la 19 16e, l’Achel extra bruin est 7e, la Trappe quadruple 17e, la Trappe Quadrupel Quercus Eikenvat gelagerd Batch #1 36e (ça existe çà ???).

En catégorie «Belgian Ale» Orval est 1ère, la Westvleteren blonde 2e, la Trappe Isidor 45e

Chez les «Belgian strong Ale» la Westvleteren 8 est 1ère, la Rochefort 8 5e, la Chimay bleue 11e.

Parmi les blanches… On ne trouve aucune mention de la Trappe Witte.

Bref, jugements douteux, catégories mouvantes, absences criantes…mais tout de même quelques qualités.

D’abord, parcourir ce site est une leçon d’humilité.

Si vous avez l’impression de vous y connaître quand vous arrivez chez votre brasseur, les listes vertigineuses de breuvages maltés que recense Ratebeer.com vous renvoient à votre fragile condition de perpétuel novice en la matière.

Ensuite, passé l’éventuel abattement lié au constat précédent, il vous vient une furieuse envie de découvrir certaines brasseries qui semblent vraiment intéressantes.

Dans le cas du présent rédacteur : la Brasserie 3 fontaines (Belgique), la brasserie Dieu du ciel (Québec), la bière «Révolution au paradis» (brasserie le Paradis à Blainville sur l’eau, en Meurthe et Moselle) ou la «bavaisienne ambrée» de la brasserie Theillier, qui paraît meilleure qu’on ne l’imaginait.

Vous l’aurez donc compris, les classements de Ratebeer sont indicatifs. Mais ils donnent envie de découvrir des bières, et ça, ça nous plaît.

Participez au Trappist tour 2016 !

Affiche Trappist Tour 2016-page-001

Le Trappist tour c’est quoi ?

Initié en 2014 et à l’origine de la naissance de l’ABBET, le Trappist tour c’est partir à la découverte de certaines abbayes trappistes entre amateurs ou néophytes et dans la bonne humeur !

Il se déroulera cette année les samedi 14, dimanche 15 et lundi 16 mai (jour férié) 2016.

Pour profiter au mieux de nos étapes nous avons choisi cette année de nous rendre dans 6 abbayes trappistes, encore que nous ne pouvons pas souvent pénétrer les bâtiments monastiques. Nous visitons alors les lieux ouverts au public et les espaces de dégustation aménagés sur place.

Concrètement où allons nous ?

Le programme prévisionnel est le suivant.

Samedi 14 mai nous partons de Saint-Omer à 8h. Des étapes sont possibles pour embarquer tous les participants mais sans grand détour car notre programme est dense !

Direction Westmalle, arrivée vers 11h. Dégustation des 2 bières produites et repas dans l’auberge en face de l’abbaye.

Puis départ à 13h30 pour Zundert où nous arrivons vers 14h30. On boit 1 bière en ville après être allés voir l’abbaye et son magasin (pas d’espace de dégustation à l’abbaye).

Vers 15h30 nous reprenons la route pour Tilburg et l’abbaye de Koningshoeven (la Trappe). Arrivée vers 16h30, ce qui nous laisse 2 heures pour boire 3 Trappe au choix, visiter le magasin puis manger des sandwichs préparés par l’ABBET.

On reprend ensuite la route jusqu’à l’hébergement choisi.

Dimanche 15 mai, départ 9h pour Rochefort. Arrivée 11h. Tour de l’abbaye, restauration et dégustation de bières en ville. Départ 14h30.

16h arrivée à Orval, visite des ruines de l’abbaye du XIIe siècle puis dégustation de bières (dont l’Orval vert) et restauration à la brasserie de l’ange gardien jouxtant l’abbaye.

Vers 20h30 départ pour l’hébergement retenu.

Lundi 16 mai, départ à 9h pour Westvleteren. Repas et dégustation de bières sur place.

Retour à St Omer vers 16h, ce qui vous permet de ne pas rentrer trop tard si vous avez encore de la route.

Evidemment vers aurez remarqué que nous ne visitons ni Chimay ni Achel. La 1ère sera l’objet d’une sortie en octobre, la seconde nous plaît peu et l’espace d’accueil sur place manque de chaleur.

Comment nous déplaçons nous ?

Cette question sera réglée en fonction du nombre de participants.

L’idéal est un mini-bus avec un membre de l’ABBET qui vous conduit de sites en sites. 2 mini-bus si nous sommes nombreux. Un bus 57 places si nous sommes très nombreux ! La location et les frais liés au voyage sont inclus dans le montant de celui-ci.

Où dormons-nous ?

Là encore la réponse pourra évoluer en fonction des participants. Nous partons pour l’heure sur des chambres collectives en auberge de jeunesse à Westerloo et Bouillon en Belgique. Mais si vous préférez tous réduire les frais en campant ou améliorer votre confort en prenant des chambres individuelles c’est possible ! Par contre le tarif évoluera en fonction de vos choix. N’hésitez pas à nous les faire connaître.

Justement, çà coûte combien ?

Au moins 200€. Comprenant les déplacements avec chauffeur, les hébergements, les repas, la dégustation d’un certain nombre de bières sur place (3 par exemple à Koningshoeven sur les 8 possibles). Libre à vous ensuite de passer des commandes supplémentaires sur place à vos frais tant que vous restez joyeux et que vous gardez partiellement le contrôle de la situation !

Ce tarif ne pourra être fixé définitivement qu’une fois les inscriptions closes.

Comment je m’inscris ? En nous contactant par mail à abbetrappiste@gmail.com, et ceci avant le 29 février afin que nous fassions les réservations nécessaires !

A cette même adresse nous répondrons évidemment également à toutes vos questions.

On vous attend !

Dix questions à Jef Van den Steen

livre JVDS

Il est l’un des seuls experts en bière trappiste au monde. L’auteur belge Jef Van den Steen, dont l’ouvrage Les trappistes (éd. Racine, 2015) est une référence dans le domaine, a accepté de répondre aux questions de l’Abbet.

Vous êtes l’expert le plus reconnu dans le domaine des bières trappistes. Comment vous est venue cette passion ?

Pour comprendre mon parcours, il faut faire un bond à l’époque où je n’avais encore que 14 ans. J’étais musicien dans un groupe et nous voyagions partout en Flandre. A chaque concert, je découvrais des bières que je ne connaissais pas et je me posais des questions : Pourquoi telle bière a cette couleur ? Pourquoi son degré d’alcool est plus élevé ? Pourquoi celle-ci est amère ? Mais je n’avais pas encore la réponse. Je suis ensuite devenu mathématicien. Ça peut paraître étonnant, mais ça a un lien avec la bière. Tous les gens qui ont un esprit scientifique se posent des questions. On essaie de trouver la réponse. Moi, j’ai tenté de répondre à mes interrogations sur la bière.

Pourquoi les bières trappistes uniquement ?

Je suis devenu chercheur sans avoir l’intention d’écrire. Dans les années 80, une grande exposition sur Saint Benoît s’est tenue à Gand (Belgique). Il est le fondateur de l’ordre des Bénédictins. L’exposition abordait l’art brassicole des moines, qui existe depuis le IXe siècle. C’est là que j’ai vraiment commencé à collecter des données sur les abbayes, et donc, sur les bières trappistes. Le vrai problème était alors d’entrer dans les abbayes. J’ai eu la chance d’avoir un ami qui est devenu frère à Westvleteren. Il se sentait un peu seul et m’a proposé de venir lui rendre visite. Il a dû mentir pour me faire entrer, en disant que j’étais son cousin. C’est comme ça que j’ai pu visiter la très secrète abbaye, ainsi que sa brasserie. J’en ai fait mon premier article.

Comment en êtes vous venu à écrire sur le sujet ?

Les livres, c’est venu plus tard, avec l’année de la bière, en 1986. Une maison d’édition m’a demandé d’écrire, de donner des conférences et d’animer des soirées. Le premier ouvrage est sorti en 2001, alors qu’il n’y avait que six ou sept trappistes. Désormais, on en compte 11 dans le monde. Et je sais qu’il y en aura deux-trois autres dans quelques années. Mais je ne dirai pas lesquelles.

Que pensez-vous de l’augmentation du nombre d’abbayes trappistes ? Est-ce positif ?

Tout d’abord, il faut comprendre qu’il y a deux grandes différences entre les trappistes. Il y a les Belges, et les autres. Les abbayes belges tirent de leurs brasseries la majeure partie de leurs revenus. Elles gagnent leur argent avec la bière, point final. Pour les nouvelles abbayes trappistes, la bière n’est qu’une aide. Toutes ont d’autres commerces. En Autriche, les moines vivent du bois. Mais comme le nombre de moines diminue, et que leur moyenne d’âge est vieillissante, ils ont besoin d’aide pour couper ce bois, et donc de payer ces personnes. La bière sert à financer cette aide. C’est pareil aux Etats-Unis, où l’abbaye est spécialisée dans les confitures, ainsi qu’en Italie, où Tre Fontane crée des produits à base d’eucalyptus. Contrairement aux anciennes abbayes, qui se trouvent en Belgique, les nouvelles ne tirent pas leur revenu principal dans la bière.

Comment définissez-vous une bière trappiste ?

L’Association internationale trappiste (AIT) est propriétaire du logo.Quand une abbaye veut obtenir ce logo, elle doit le commander. C’est une indication géographique protégée, comme pour le vin. Pour être reconnue trappiste, une bière doit être brassée entre les murs de l’abbaye qui la produit, par des moines et sous leur direction, et les revenus doivent servir à entretenir l’abbaye, aider les autres abbayes et servir aux bonnes œuvres. L’AIT effectue un contrôle qualité sur l’abbaye trappiste, mais aussi sur les abbayes qui aident les autres.

Que voulez-vous dire par «aider les autres» ?

Les moines de l’abbaye de Spencer, près de la frontière canadienne aux Etats-Unis, ont appris à brasser chez Chimay, où les moines parlaient français. Zundert, où les moines parlent le néerlandais, ont appris cette technique dans l’abbaye de Westmalle. Les Belges aident les autres moines pour que la qualité soit toujours la meilleure possible.

Pensez-vous que toutes les trappistes, y compris Chimay où les moines ne produisent plus eux-mêmes la bière, respectent la tradition ?

Tout est en ordre. La bière de l’abbaye du Mont des Cats (dans le Nord) est la seule exception : elle est brassée par Chimay, mais les revenus ne sont pas pour Chimay. C’est une aide. Au lieu de donner de l’argent – ce qui ne suffit jamais, puisque quand on donne une fois, on devra redonner un jour – Chimay donne la bière à l’abbaye du Mont des Cats pour qu’elle la vende. Mais l’abbaye brassée au Mont des Cats n’a pas le logo de l’AIT. Par ailleurs, la bière n’a pas toujours été brassée uniquement par des moines. Il y a 1000 ans déjà, on recourrait à des laïcs pour certaines tâches. Aujourd’hui, pour faire de la bière en Belgique, il faut être ingénieur brasseur, un diplôme que tous les moines n’ont pas. Seules trois abbayes trappistes produisent une bière entièrement réalisée par des moines : Westvleteren, Spencer et Zundert.

Que pensez-vous de leur goût ?

Les abbayes produisent pour les locaux. En Autriche, par exemple, le goût des bières est différent de ce qu’aiment les Belges, de ce dont ils ont l’habitude. Ce qui est normal. Idem en Italie, où les moines ont ajouté de l’eucalyptus dans leur bière. La qualité est la même, mais le goût est différent.

Westvleteren a plusieurs fois obtenu la première place au classement des meilleures bières du monde. Est-ce que ça change quelque chose ?

Si la brasserie était commerciale, ça aurait changé beaucoup de choses. Mais ce n’est pas le cas de Westvleteren, où les moines brassent uniquement pour eux, et eux-mêmes. Depuis 40 ans, elle produit chaque année 4 850 hectolitres. Pas un de plus. S’ils voulaient tripler la production, ils vendraient tout. Mais ce n’est pas leur but. La seule chose qui change, c’est qu’il faut attendre pour pouvoir la déguster, et être patient.

Quelle est votre trappiste préférée ?

Je ne peux pas répondre à cette question, ce sont des amis aujourd’hui. Par contre, tout dépend du temps, et par temps, je veux dire matin ou soir, été ou hiver. A l’apéro, par exemple, j’aime mieux déguster une bière amère, telles qu’un Orval. Une bière pas trop forte. Le soir, par contre, près du feu, ce sera plutôt une Westvleteren 12 ou une Rocherfort 10.

Vous êtes des champions !

podium-1060918_640Voilà 24 jours que vous êtes plusieurs à relever quotidiennement le défi des devinettes de notre calendrier de l’avant trappiste. Bravo !

Vous avez joué parfois au «feeling», vous avez parfois écumé les sites spécialisés, vous êtes même parfois revenus plusieurs jours après sur des réponses qui ne vous satisfaisiez pas. Double bravo !

Vous avez été ponctuels au rendez-vous, vous avez joué occasionnellement, vous avez cherché les réponses mais n’avez pas eu le temps ou le courage de nous les soumettre. Bravo quand même !

Vous avez argumenté vos réponses, vous avez indiqué le raisonnement qui vous y amenez, vous n’avez même pas hésité à nous reprocher imprécisions et tournures discutables. Encore bravo !

Nous avons pris plaisir à vous lire comme à vous proposer nos questions, vous comme nous avons saisi cette occasion pour peaufiner nos connaissances de ces breuvages remarquables et, nous le savons, en avons tous profité pour découvrir ou redécouvrir certaines de ces  bières un peu méconnues.

Alors certes, personne n’a réussi de sans faute, mais vos résultats sont plus qu’honorables et  nous vous remercions d’avoir partagé ce moment avec l’Abbet pendant ce mois de décembre.
Voici donc nos réponses :
1er décembre

Bière brassée au Pays-Bas, je suis une trappiste légère. Pour mon brassage, les moines utilisent des ingrédients de haute qualité et biologiques. Issue d’une culture biologique d’un houblon acheté directement auprès des agriculteurs, je suis certifiée SKAL. Je suis la Trappe Puur.

2 décembre

Initialement bière de Noël, j’apparais en 1956. Mon succès pousse la communauté monastique à finalement poursuivre ma fabrication toute l’année. Je deviens alors la deuxième bière brassée par l’abbaye. Je suis la Chimay bleue.

3 décembre

Titrant 6,9°, je présente dans mon verre une mousse aussi dense que la neige qui couvre souvent mon pays natal. Mon nom rend hommage à un des pères abbés, à l’initiative entre autre de la fresque «Les neuf chœurs d’anges avec leur reine Marie», qui orne la coupole de l’église de mon monastère. Je suis l’Engelszell Benno.

4 décembre

Même si le sucre candy figure dans ma recette, mon amertume me rend unique au sein des bières trappistes. On apprécie autant mes arômes que le flacon qui les préserve. Bière hermaphrodite, on me commande au masculin comme au féminin. Je suis l’Orval.

 5 décembre

Breuvage rare et remarquable, je ne me distingue de mes deux consœurs que grâce à ma capsule bleue claire. Je suis la Westvleteren 8.

6 décembre

S’il est bien indiqué «bière trappiste» sur mon étiquette, inutile toutefois d’y chercher le logo ATP. Je suis la Mont des Cats.

7 décembre

Ma petite sœur titrant 5° ne se boit qu’à l’abbaye. Je partage sa couleur mais affiche 8° sur mon étiquette blanche et beige. Je suis l’Achel blonde.

8 décembre

Je commence à peine à apparaître dans les boutiques spécialisées mais mon arrivée épargne aux amateurs la traversée des océans pour venir à ma rencontre. Je suis la Spencer.

9 décembre

Si Orval a sa truite moi j’ai mon oiseau huppé sur l’étiquette. Je suis la Zundert.

 10 décembre

Contrairement à ma grande sœur, plus célèbre, je ne suis fermentée qu’une fois, et mon nom est dû à la bouteille qui me contenait jadis. Je suis l’Orval vert.

11 décembre

Les hommes pensent probablement à mon pays comme celui des brunes piquantes ayant beaucoup de caractère. Mais je suis blonde ! Je suis la Tre Fontane.

12 décembre

Parmi mes sœurs, je suis la première à avoir été vendue. C’est donc en toute légitimité que je me nomme parfois «première». Je suis la Chimay rouge.

13 décembre

Apparue en 2009, je suis la seule de mes sœurs à porter le nom d’un brasseur, dont on fêtait cette année là le 125ème anniversaire. Je suis la Trappe Isidor.

14 décembre

Plusieurs fois reconnue comme la meilleure bière du monde, je suis aussi la seule de mes sœurs à m’être vendue temporairement pour sortir mon abbaye d’une crise financière. Je suis la Westvleteren 12.

15 décembre

Je suis aussi une bière brune. Je suis aussi apparue initialement comme bière de Noël. Je viens aussi des Ardennes. Mais je ne suis pas la bière de la devinette du 2 décembre. Je suis la Rochefort 8.

16 décembre

Je viens d’une abbaye trappiste qui brasse depuis 1836. C’est elle qui invente mon «type» de bière ce qui me vaut le surnom de «mère de toutes les triples» même si la finesse de mes bulles me valurent également l’autre surnom de «champagne campinois». Je suis la Westmalle triple.

17 décembre

On me surnomme «la Merveille», ce qui n’est pas usurpé. Je suis la Rochefort 10.

18 décembre

Avant que Scourmont ne fasse de même, j’étais la seule bière trappiste vieillie en barriques de bois. Je suis la Trappe Quadrupel Oak aged.

19 décembre

Longtemps réservée aux seuls moines de l’abbaye, on peut dorénavant venir me chercher sur place quelques heures par semaine. Je suis la Westmalle extra.

20 décembre

Née en 1926, je ne suis peut-être plus toute jeune, mais encore naturellement brune, assez ronde et pleine de vivacité. Tends-moi tes lèvres, j’y laisserai une mousse crémeuse, et tu seras conquis par ma légèreté (7°). Je suis la Westmalle Dubbel.

21 décembre

C’est bien ma saveur qui est dû au houblon saphir et non ma couleur, pourtant unique… Je suis la Trappe Witte.

22 décembre

L’anagramme de mon nom est un synonyme de bateau. Je viens pourtant d’un pays sans côte. Je suis l’Engelszell Nivard.

23 décembre

Pendant des décennies, je menais une existence paisible dans une abbaye belge.  On m’a ensuite mise sous pression pour que je me livre aux visiteurs, et c’est en cédant à une nouvelle pression, commerciale cette fois, que je me vends maintenant à tous. Je suis la Chimay dorée.

24 décembre

Bière la moins vendue par l’Abbet lors de la soirée du 21 novembre, je gagne pourtant à être goûtée ! La preuve, j’ai remporté la médaille de bronze dans ma catégorie aux European Beer Star Award du mois dernier. Je suis la Trappe Dubbel.
Vous avez calculé votre score ?

Nous aussi !

On vous communique donc les résultats dans l’après-midi, après la sieste digestive 😉

Que boire avec une belle dinde ?

2133633107_f7aa95722a_oVous l’aurez compris, nous allons bien sûr parler de réveillon. Et, plus spécifiquement, des bières trappistes qui pourraient accompagner finement un menu de Noël. Mais en préambule, il convient de préciser deux points.

Premièrement, d’après certains, oui, il peut sembler bizarre de réveillonner à la bière. Il existe pourtant de nombreuses recettes à base de bière, en particulier dans le nord de la France, en Belgique, et dans plusieurs pays d’Europe de l’est. Mais, dans cette même culture européenne, lorsqu’il s’agit de boire, la bière n’a généralement pas la même «élégance» à table que le vin. D’autant plus que certaines alliances sont souvent toutes trouvées, du style foie gras/blanc liquoreux, ou bûche/champagne. Ce débat a d’ailleurs régulièrement lieu au sein de l’Abbet, et est très loin d’être conclu. Peut-être le lançons-nous à chaque fois inconsciemment, juste parce que nos fins de débat sont souvent drôles… Mais nous digressons. Tout cela pour dire que les lignes qui vont suivre sont liées au point de vue suivant : que dans la bière comme dans le vin, il y a de grands produits, variés, fins, preuves d’un magnifique savoir-faire, comme de sombres bouses, et qu’à ce titre la bière a autant sa place à table que le vin. Et qu’il est absurde (avis personnel) de passer pour un plouc si l’on se délecte d’une Rochefort 8 en mangeant, tout simplement parce que c’est aussi grandiose qu’un bon Pommard. Le Pommard a été cité au hasard, mais si des viticulteurs de Château-Yquem ou Petrus se sentent offensés et veulent nous envoyer quelques caisses pour en discuter, qu’ils le fassent sans hésiter.

Ensuite, lorsqu’une alliance entre un mets et une trappiste est proposée, le but est évidemment de mettre en exergue les qualités gustatives de chacun des deux. Et pour cela, il convient soit d’opposer des saveurs pour qu’elles se complémentent, soit, à l’inverse, de les marier. Pas de souci là-dessus, la diversité offerte par les trappistes le permet aisément : par exemple, une légère acidité rendra plus digeste un plat gras, une effervescence ou une amertume fine reposeront le palais d’une saveur trop puissante, et un caractère rond fera ressortir un bon équilibre d’arômes. De plus, le mets et la bière devront être, en termes de saveurs, d’intensités assez proches, afin qu’aucun des deux n’éclipse l’autre.

Nous disions donc un menu de Noël courant: difficile d’échapper au foie gras, aux huîtres, ou au saumon fumé, à une volaille ou un gibier, et, après le fromage, à la fameuse bûche.

Nous voilà donc partis sur les entrées. Petite contrainte supplémentaire ici par rapport à la suite du menu, il est assez judicieux de ne se focaliser que sur des bières assez légères. En effet, une bière trop forte en début de repas risquerait de saturer les papilles d’entrée de jeu… Profitons-en pour signaler que cette raison, valable également pour toute autre boisson, explique en partie qu’aujourd’hui, on revient si fréquemment sur l’alliance entre foie gras et Sauternes : jusqu’au début du XXe siècle, le foie gras était généralement servi en entremets et non en entrée, et rien ne s’opposait donc à l’accompagner d’un vin si liquoreux, dont le sucre persiste longtemps en bouche.

Le foie gras, donc…

Comme dit plus haut, il est intéressant de compenser le côté gras du foie par une bière avec une légère acidité. De plus, il se marie également très bien avec des notes sucrées. Il est d’ailleurs courant de le servir avec un chutney, une confiture, ou des fruits frais, ou encore d’y incorporer de l’armagnac avant la cuisson.

Suggestion : une Chimay dorée ! Des arômes de zeste d’orange, un côté malté qui s’accorde avec le pain, toasté ou non, la toute petite acidité susmentionnée, et une mousse crémeuse qui rappelle la texture fondante.

Dans le cas où le foie gras est poêlé, la donne change un peu. Déjà parce qu’il est tiède et légèrement caramélisé, d’où la nécessité d’une bière plus intense, ensuite car la graisse est en grande partie fondue, et l’acidité devient moins nécessaire.

Suggestion : une Westmalle double ! Des arômes épicés, fruités, présents sans être envahissants, et on reste sur une structure crémeuse…

Les huîtres

Cas un peu plus délicat que les fruits de mer. La dominante iodée amène plus spontanément à lui opposer une saveur qu’à lui en associer, à moins de lorgner sur les bières à l’eau de mer. Mais soyons sérieux. D’habitude, les malts torréfiés d’une stout permettent de soutenir le côté iodé sans le masquer. Or, aucune trappiste ne correspond réellement à une stout. On pourrait éventuellement s’en approcher légèrement avec une Trappe Bockbier, mais celle-ci est probablement trop intense pour une mise en bouche. On lui préfèrera donc une bière légère, dont les malts doivent être suffisamment discrets pour ne pas nuire au caractère iodé.

Suggestion : une Trappe Witte ! Coup de bol, la pointe d’agrumes s’associe bien à l’iode.

Le saumon fumé

Par contre, pour accompagner le saumon, aucune hésitation ! Qu’il soit nature, au citron, à l’aneth, à la crème fraîche, à la vanille (euh non, pas à la vanille), l’idéal est une blanche aux notes d’agrume. De préférence de type citronné, qui se mariera bien (évidemment) avec le citron, ou qui équilibrera le gras de la crème.

Suggestion : Pareil, une Trappe Witte. Il faut reconnaître qu’on n‘a pas non plus tellement de choix en blanches parmi les bières trappistes… Heureusement qu’elle est bonne !

D’habitude, à ce moment du réveillon, il est rare d’avoir encore faim si l’on s’est fait piéger (comme souvent), par un apéritif estimé pour deux cents personnes… Pas grave, on continue quand même :

La dinde !

Et même la volaille en général : chapon, poularde, pintade, la liste est longue. Bien préparée, elle n’est pas asséchée par la cuisson et reste donc assez grasse, moelleuse, et la peau est grillée juste ce qu’il faut pour être finement craquante. La chair est douce en goût, fondante, et supporte bien un léger sucré salé.

Suggestion : Une Trappe Isid’or : des malts caramélisés et une mousse crémeuse, une pointe d’acidité et une bonne présence en bouche qui rendent l’ensemble plus qu’harmonieux, en particulier en présence de marrons.

La pièce de gibier

Sortons l’artillerie lourde : si la bière est trop discrète, le gibier, très fort, va la rendre totalement insipide. Il faut donc un arôme puissant, tout en tenant compte de l’éventuelle… « aigre-douceur », même si le terme ne paraît pas correct (si cette fois c’est l’Académie Française qui se sent offensée, pas la peine de nous envoyer de dictionnaires pour autant, merci). En effet, les gibiers type sanglier, biche, cerf sont souvent préparés avec des fruits comme la prune, ou en sauces à base de vin. On pourrait donc songer à une bière vineuse, mais on a alors souvent affaire à des bières de type lambic (ou approchant), qui ne seront pas suffisamment intenses. Il est plus judicieux de se tourner vers un caractère plus rond et bien présent en bouche. Voyons voir, y’a-t-il parmi les trappistes des bières rondes et puissantes ?

Suggestion(s) : Une Chimay, bleue ou rouge, ou une Rochefort : 8 si le gibier n’est pas trop fort (marcassin) ou bien 10 (cerf, sanglier) ! Ou pourquoi pas une Zundert ?

Le fromage

Alors là, c’est la tuile… Autant les saveurs des trappistes sont très diverses, autant celles des fromages sont pléthoriques ! Impossible de trouver une bière qui irait bien avec à la fois un roquefort, un vacherin et une mimolette… La bière à choisir dépend donc complètement du plateau ! Avec encore une fois les mêmes « règles » d’association ou d’opposition : par exemple, une Westmalle Extra ira très bien avec un chèvre frais grâce aux notes de miel, un Saint-Nectaire ou un Comté avec une Westmalle double, ou un Babybel avec une Achel tiède.

Suggestion : Un plateau de fromages trappistes, avec leurs bières respectives ! Ou alors, passer les quelques jours qui précèdent le réveillon à faire des tests…

Là, ça y est. Si tout va bien, vous n’en pouvez plus. Et pourtant, arrive alors….

La bûche!

Traditionnellement, elle est à base de marrons et de chocolat, et comporte très souvent de la crème glacée. Avec une saveur aussi puissante que le chocolat, en plus du côté glacé, il faudra s’orienter sur une bière bien charpentée, aux arômes de cacao. Deux possibilités s’imposent…

Suggestion(s) : Une Rochefort 10, transition parfaite vers un petit café avec ou sans mignardises, ou une Trappe Quadruple, qui pourra à elle seule conclure le repas.

Enfin, si vous êtes adeptes des fins de réveillon avec les treize desserts ou les mendiants, donc à base de fruits secs et/ou de pâte d’amande, il reste une dernière association possible. Le nez fruité et la fin de bouche sur le miel et l’amande d’une Westvleteren 12 vont offriront un petit feu d’artifice final, à côté duquel il serait dommage de passer… Mais si vous n’avez absolument plus faim et que vous voulez juste boire un coup, ça marche aussi…

Bien entendu, ne perdons pas de vue qu’il ne s’agit ici que de propositions. D’autres alliances sont sans aucun doute possible, et sont, avant tout, une histoire de goût. Et pour éviter les fautes de goût, rien ne vaut une bonne préparation… Donc, à la vôtre !