Quelle bière te fera passer l’hiver ?

trappistes

L’hiver arrive vite : déjà le changement d’heure et la dernière période scolaire avant la nouvelle année. On sent que les journées raccourcissent et que les températures baissent. On ressort son gros manteau. On pense peut-être déjà à Noël…

D’ailleurs, l’année dernière, nous vous avions proposé l’article Que boire avec une belle dinde ?. Cette année, faisons plus léger… Vous aimez les tests de l’été des magazines que vous trouvez chez le médecin ? Alors voici le test de l’hiver de l’Abbet.

Attention : ce test n’est basé sur aucune théorie psycho-scientifique.

1) Après le ski, tu préfères :

a. Une raclette accompagnée de pommes de terre et de charcuterie et arrosée d’un bon vin

b. Une tisane à l’eucalyptus et au dodo

c. Une orange, bien amère

2) Ton chalet à la montagne, il est plutôt :

a. dans une grosse station où les touristes viennent du monde entier

b. complètement paumé : seuls les connaisseurs peuvent le trouver

c. classé monument historique et entouré de ruines du XIe siècle

3) Ta compagne, cet hiver :

a. Elle sera blonde et belle, à la chevelure de princesse

b. Elle sera brune et avec du caractère

c. Ça sera une « fille facile », sans prise de tête

4) Ton compagnon, cet hiver :

a. Il sait ce qu’il veut

b. C’est un bon vivant (mais subtile quand même)

c. C’est un roots

5) Ta destination pour les vacances d’hiver, c’est plutôt :

a. En forêt : tu aimes les arbres et les sangliers

b. Dans un pays latin : tu veux du soleil

c. A la campagne : pas trop loin de la mer

6) Ton chanteur préféré :

a. Jacques Brel

b. Toto Cutugno

c. Dave

7) Dans sa hotte, le père noël aura :

a. Une bague en or : tu as toujours aimé le clinquant

b. Une vieille bague : pas forcément jolie mais qui a une histoire

c. Un pied d’eucalyptus : le père noël connaît ta passion pour la botanique

8) Ton occupation favorite pour passer l’hiver :

a. Du sports intensif : quand il fait froid, tu aimes transpirer. Attention : dans ce cas, il faut bien se désaltérer !

b. Des longues marches en extérieur : le froid ne te dérange pas à condition qu’après l’effort vienne le réconfort

c. Un peu de sport, de marche, de lecture… Tout ce qui me permet de garder une vie saine

9) Ton dessert au chocolat préféré :

a. Une forêt noire au chocolat intense

b. Un gâteau au chocolat amer

c. Une glace au chocolat pour rafraîchir le palais

tableau

Majorité de ♠ : Le choix « nature »

Apparemment, tu aimes la nature et les plantes. Cet hiver, il te faudra aller chercher ta bière du côté de l’Italie : la Tre Fontane et son goût relevé à l’eucalyptus. A moins que ce qui te plaise dans la nature, c’est le côté bio. Ta vie est saine. Tu fais des excès très mesurés. La seule bière trappiste bio, elle vient de Tilburg, c’est la Trappe puur.

Majorité de ♣ : Le choix « intense »

On peut dire que tu ne fais pas les choses à la légère. Tu aimes ce qui est fort et intense. Tu aimes vivre, en fait. Alors, nous te souhaitons de bien profiter de la vie cet hiver avec une bière forte et à caractère comme la Westvleteren 12 ou la Rochefort 10.

Majorité de ♥ : Le choix « complet »

Tu aimes ce qui est amer mais tu ne te contentes pas de cela. Tu regardes tout ! Absolument tout ce qu’il y a autour. Il te faut un beau design, une jolie robe, une histoire magique, une belle abbaye… Pas de doute, il te faut un Orval.

Majorité de ♦ : Le choix « léger »

Tu aimes la bière mais tu n’aimes pas quand elle est trop forte. A coup sûr, outre les bières trappistes, tu dois toujours préférer des bières légères ou même peut-être aromatisées. La bière, pour toi, c’est plutôt pour se désaltérer après un effort. Alors nous te conseillons La Trappe blanche ou la Chimay dorée.

J’ai dégusté pour vous : la Tre Fontane !

abbet

Août, période des vacances, propice aux balades et aux découvertes. Aussi par une belle journée ensoleillée (mais oui !) me voici avec mon épouse sur ces chemins de découvertes et de détente en compagnie d’un couple d’amis.

Certes, le sud de la ville de Rome présente une beau but de sortie, surtout si après que vous ayez longé la via Acque Salvie se révèle devant vos yeux curieux l’abbaye de Tre Fontane qui fut élevée à partir du VIème siècle sur le lieu du martyre par décapitation de Saint Paul, au côté d’édifices plus anciens. La tradition rapporte que la tête de l’apôtre en tombant sur le sol aurait rebondi trois fois, faisant jaillir à chaque rebond une source d’où le nom de Tre Fontane resté jusqu’à nos jours. L’abbaye d’abord gréco arménienne, détruite par le feu au VIIIème siècle, reconstruite aussitôt vivra malgré d’importantes dotations notamment en 805 par Charlemagne une période de déclin et d’abandon telle qu’en 1080, le pape Grégoire VI, tout en confirmant les droits et possessions de l’abbaye, entreprend sa restauration et y fait venir des moines bénédictins de Cluny, alors à la pointe du renouveau monastique en Occident, pour y reprendre une vie monastique régulière. Les cisterciens resteront à l’abbaye jusqu’en 1808, date à laquelle les troupes de Napoléon spolient le monastère et provoquent de ce fait sa désertion par les moines cisterciens. Le pape Léon XIII visitant le monastère en 1826 déplora son abandon et le confia à la famille franciscaine mais ceux-ci ne relevèrent pas le monastère. Les bâtiments dégradés et devenus insalubres ne seront finalement rénovés qu’en 1867 grâce à un généreux mécène français : le comte de Maumigny. En 1867, le Pape Pie XII demande aux Franciscains de céder le monastère afin de le rendre aux cisterciens trappistes et y reconstitue par bulle du 21 avril 1868 une communauté d’au moins 14 moines. C’est la renaissance de Tre Fontane. Après 1870, les moines feront d’importants travaux de drainage des sols environnants pour assécher le sol plutôt marécageux et planteront de nombreux eucalyptus et autres plantes dans le but d’assainir l’air et de lutter contre la malaria. Enfin, en 2015, les moines qui commercialisent déjà de l’huile d’olive, du miel d’acacia, millefleurs et d’eucalyptus, un large choix de chocolats et des liqueurs, installent avec les conseils de l’Association Internationale Trappiste, une micro brasserie pour fabriquer une bière triple blonde titrant 8,5° aromatisée aux feuilles d’eucalyptus. Ils obtiennent le logo Authentic Trappist Product le 04 mai 2015 et leur bière devient de la sorte la 11ème bière authentique trappiste du monde !

Mais non, les chemins empruntés par notre susdit groupe ne nous emmenaient pas ce jour là sur les chemins romains (même si tous les chemins y mènent paraît-il !) mais vers la Belgique toute voisine pour nous y régaler d’abord des bières de l’abbaye Saint Sixtus de Westvleteren et terminer cette délicieuse journée autour d’un petit repas convivial dans un estaminet. Ce fut l’estaminet « Au nouveau saint Eloi » à Watou qui fit l’unanimité de notre choix. Là, quelle ne fut notre grande et joyeuse surprise en consultant la carte des boissons d’y trouver parmi la longue liste des bières belges, la quasi totalité des bières trappistes dont la Grégorius benno, la Nivard et la Spencer, mais surtout l’introuvable à ce jour : la Tre Fontane !

C’est donc sans aucune hésitation que je déboursai les douze euros demandés pour me livrer à la réjouissante dégustation de ce rare breuvage. Bien que non spécialiste, j’ai apprécié d’abord sa couleur presque ambrée et la finesse de sa mousse. A l’odorat perce d’abord le parfum discret d’eucalyptus et un peu de levure mais ceci dans une douce fraicheur de verdeur. Au goût, pas de déception puisque l’on retrouve les promesses de l’odorat avec un bon équilibre d’eucalyptus, de houblon et de levure qui lui donne à la fois une certaine rondeur, une bonne tenue en bouche et, malgré son taux d’alcool, de la légèreté très rafraichissante, eucalyptus oblige. Il reste en bouche une bonne longueur de fraicheur et d’eucalyptus qui nous invite à y revenir ! Mais bon là, j’attendrai un peu vu le coût toutefois moins élevé que si j’avais dû me rendre à son abbaye d’origine pour en effectuer la dégustation. Selon les dégustateurs de l’association internationale trappiste, sa haute carbonatation offre une finale sèche agréable. Un arrière-goût légèrement sucré provient de la saveur apaisante d’eucalyptus qui nettoie et rafraîchit le palais. Cette bière qui donne l’impression d’être légère possède un corps bien rond. Sa haute teneur en alcool de 8,5% ajoute une sensation de chaleur. Alors, amis et membres de l’ABBET si vous ne supportez plus de n’avoir encore découvert toutes les bières trappistes, si vous voulez profiter de la dolce vita romaine sous nos cieux nordiques, vous savez maintenant comment et où combler tout vos manques à quelques kilomètres de chez nous en franchissant juste la frontière. Merci amis Belges !

Cergy-Pontoise et les trois fontaines

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Pour les habitants de Cergy-Pontoise, ce titre peut surprendre sur un site dédié à la bière trappiste car dans cette agglomération, tout le monde est déjà passé par ce centre commercial géant qui s’appelle les trois fontaines. Qu’on l’aime ou non, c’est inévitable ! Mais les amateurs de bières trappistes italophones comprendront rapidement qu’il ne s’agit pas de cela mais de la dernière bière trappiste (en date) : la Tre Fontane. On ne voit toujours pas le rapport… Patience !

Avant tout, un petit rappel des faits : en 2015, l’Italie devient le cinquième pays à avoir une bière trappiste et l’abbaye de Tre Fontane la onzième brasserie. La birra dei monaci obtient le logo Authentic Trappsist Product ! On pouvait se douter que les membres de l’ABBET chercheraient à la goûter au plus vite. Pas si facile que ça car pour la trouver, il faut chercher et savoir où chercher. Ils ont imaginé dans un premier temps se rendre en Belgique. Après tout, c’est le pays où la variété de bières vendues est la plus importante. Ils ont imaginé ensuite chercher en Italie puisque cette bière est italienne mais les occasions de se rendre dans cette contrée sont peu nombreuses. Finalement, c’est à Conflans-Sainte-Honorine, au bord de la Seine, à quelques kilomètres de Cergy, qu’on la trouve, car comme l’annonce la carte : « Ici, toutes les trappistes du Monde » ! Le patron n’étant pas là, je questionne le barman. Il me conte que s’ils ont la Tre fontane à la carte, c’est un hasard. En effet, ils allaient en Belgique chez leur fournisseur dans le but obstiné de trouver de la Spencer. Ils sont revenus avec la Spencer et la Tre fontane.

Tout cela, c’est bien beau mais la question que l’on se pose, c’est : « que vaut cette bière ? ». Évidemment, chacun se fera son avis mais une chose est sûre : elle ne laissera pas indifférent. Au visuel, rien de nouveau : une belle couleur or, déjà vue dans d’autres abbayes. Dans la bouche en revanche, c’est une découverte. Mes connaissances en italien sont limitées mais suffisantes pour traduire sur l’étiquette : « bière aromatisée à l’eucalyptus ». C’est peu commun ! Bien ronde, son goût est très prononcé et l’eucalyptus rend la bière particulière. On a l’impression d’être emporté par plusieurs saveurs successives avec la prédominance de l’eucalyptus et des épices. Personnellement, après une première gorgée qui m’a surpris et m’a fait hésiter, j’ai apprécié. L’arrière-goût sucré, voire caramélisé, est également très agréable. Seul hic : le prix. On le sait : « tout ce qui est rare est cher ». Ce bar le sait aussi puisque la Tre fontane est vendu à 9€ les 33cL. On espère donc voir cette bière se répandre.

Y a des trappistes dans le Ratebeer !

Sans titreEt voilà, les amateurs de bières du monde entier ont rendu leur verdict 2015.

Pardon ? Vous ne connaissez pas Ratebeer ?

Oups, une mise au point s’impose alors.

rate

Ratebeer, c’est un site Internet (www.ratebeer.com), lancé par Joe Tucker, un Californien, il y a près de 20 ans. Son principe est aujourd’hui simple : vous vous inscrivez et à chaque fois que vous dégustez une bière vous vous connectez pour la décrire et la noter.

Chaque bière se voit ainsi attribuer une note qui dépend du nombre d’évaluations, de celle reçue également par la brasserie, de l’expérience de la personne donnant la note (un nouveau membre compte moins que celui qui commente sa 100e bière sur le site).

Si son fondateur affirme ne pas chercher le profit, son site a une influence grandissante. 1,4 millions d’internautes s’y connectent chaque mois. Et qui a nommé la Wesvleteren XII meilleure bière du monde ? Et bien le classement Ratebeer.

Alors qu’on mette les choses au point tout de suite : il y a bien des critiques et des remises en cause à faire du classement général comme des classements particuliers.

Avant tout la surreprésentation des bières et des dégustations états-uniennes, qui tiennent à l’origine du site. Mais bon, comme c’est bel et bien une trappiste qui trône en haut du classement, on veut bien en parler ici.

Du classement général 2015 d’abord, tous styles de bières confondus.

Innovation

Cette année, Ratebeer a innové. Ils ont organisé un festival, une grosse soirée, et ils ont nommé 100 bières comme étant les meilleures du monde. Pourquoi pas. C’est plutôt malin, comme l’est ce principe de notation collective.

Parmi celles-ci (données par liste alphabétique), on trouve alors les Rochefort 8 et 10, ainsi que les Westvleteren 8 et XII. On notera tout de même la présence de 71 bières états-uniennes dans les 100…

Ensuite, si on cherche un classement plus précis, il faut chercher par catégorie. Rapide pour nous, puisque nos trappistes chéries ne figurent que dans une seule du classement 2015 : Belgian Style Strong Ales.

Côté trappistes

C’est la Wesvleteren XII qui obtient la médaille d’or et se classe numéro 1. Mais cette médaille est partagée avec la Rochefort 10 (2e), la Westvleteren 8 (3e) et, pour info, la Struise Pannepot reserva (brassée par De Struise Brouwers à Oostvleteren, ce qui ne s’invente pas !) ainsi que la Saint Bernardus 12. Soyons francs, ce classement provoque chez l’Abbet un début de pâmoison. Quelle belle liste…

Viennent ensuite, médaille d’argent, la Rochefort 8 (10e), puis médailles de bronze la Trappe Quadrupel (13e…derrière la Triple Karmeliet…y a des claques qui se perdent…) et la Chimay bleue (14e).

Un classement intrigant

Ce classement a de la gueule, les 15 bières proposées sont (presque) toutes d’excellentes factures.

Mais ensuite, plus rien ! Plus de bière trappiste dans les autres catégories. Et il faut bien reconnaître que du coup ces classements nous laissent très dubitatifs. Pourquoi? Parce que si on s’intéresse aux classements «en continu» que publie le site, on trouve bien plus de trappistes. Des exemples? D’accord. Cela vous évitera de fastidieuses recherches.

Le 1er février à midi (et oui, ça bouge !). Au classement général, la Wesvleteren XII occupe ce matin la 1ère place (note de 4.43 sur 5, 3529 avis). On opine du chef, néanmoins on ne peut s’empêcher d’y voir un «effet de mode». Pour être plus clair, la Westvleteren XII a contribué fortement à la médiatisation du site Ratebeer. Mise alors sur le devant de la scène, devenue «mythique», les internautes entretiennent cette notoriété renforcée par la rareté de ce breuvage. Mais nous validons, bien sûr !

On trouve ensuite dans ce classement la Rochefort 10 à la 12e place (4.30 sur 5), et la Wesvleteren 8 à la 32e place (4.22).

Dans la catégorie «Dubbel abbey», la Westmalle double se classe 2e, la Chimay rouge 4e, et la Trappe double 26e.

Catégorie «abbey triple» (1ère la triple karmeliet ! Ce qui peut nuancer la suite…) la Westmalle triple est 9e, la Chimay triple 13e, l’Achel blonde 26e. Cette dernière mention le confirme : n’accordez pas d’importance au classement de cette catégorie…

Dans les «Abbaye quadruple» la Westvleteren XII est 1ère, la Rochefort 10 2e, la Trappe quadruple Oak aged 20 (correspond au numéro de brassin de cette bière vieillie en fût) 3e, la 21 8e, la 22 9e, la 19 16e, l’Achel extra bruin est 7e, la Trappe quadruple 17e, la Trappe Quadrupel Quercus Eikenvat gelagerd Batch #1 36e (ça existe çà ???).

En catégorie «Belgian Ale» Orval est 1ère, la Westvleteren blonde 2e, la Trappe Isidor 45e

Chez les «Belgian strong Ale» la Westvleteren 8 est 1ère, la Rochefort 8 5e, la Chimay bleue 11e.

Parmi les blanches… On ne trouve aucune mention de la Trappe Witte.

Bref, jugements douteux, catégories mouvantes, absences criantes…mais tout de même quelques qualités.

D’abord, parcourir ce site est une leçon d’humilité.

Si vous avez l’impression de vous y connaître quand vous arrivez chez votre brasseur, les listes vertigineuses de breuvages maltés que recense Ratebeer.com vous renvoient à votre fragile condition de perpétuel novice en la matière.

Ensuite, passé l’éventuel abattement lié au constat précédent, il vous vient une furieuse envie de découvrir certaines brasseries qui semblent vraiment intéressantes.

Dans le cas du présent rédacteur : la Brasserie 3 fontaines (Belgique), la brasserie Dieu du ciel (Québec), la bière «Révolution au paradis» (brasserie le Paradis à Blainville sur l’eau, en Meurthe et Moselle) ou la «bavaisienne ambrée» de la brasserie Theillier, qui paraît meilleure qu’on ne l’imaginait.

Vous l’aurez donc compris, les classements de Ratebeer sont indicatifs. Mais ils donnent envie de découvrir des bières, et ça, ça nous plaît.

Dix questions à Jef Van den Steen

livre JVDS

Il est l’un des seuls experts en bière trappiste au monde. L’auteur belge Jef Van den Steen, dont l’ouvrage Les trappistes (éd. Racine, 2015) est une référence dans le domaine, a accepté de répondre aux questions de l’Abbet.

Vous êtes l’expert le plus reconnu dans le domaine des bières trappistes. Comment vous est venue cette passion ?

Pour comprendre mon parcours, il faut faire un bond à l’époque où je n’avais encore que 14 ans. J’étais musicien dans un groupe et nous voyagions partout en Flandre. A chaque concert, je découvrais des bières que je ne connaissais pas et je me posais des questions : Pourquoi telle bière a cette couleur ? Pourquoi son degré d’alcool est plus élevé ? Pourquoi celle-ci est amère ? Mais je n’avais pas encore la réponse. Je suis ensuite devenu mathématicien. Ça peut paraître étonnant, mais ça a un lien avec la bière. Tous les gens qui ont un esprit scientifique se posent des questions. On essaie de trouver la réponse. Moi, j’ai tenté de répondre à mes interrogations sur la bière.

Pourquoi les bières trappistes uniquement ?

Je suis devenu chercheur sans avoir l’intention d’écrire. Dans les années 80, une grande exposition sur Saint Benoît s’est tenue à Gand (Belgique). Il est le fondateur de l’ordre des Bénédictins. L’exposition abordait l’art brassicole des moines, qui existe depuis le IXe siècle. C’est là que j’ai vraiment commencé à collecter des données sur les abbayes, et donc, sur les bières trappistes. Le vrai problème était alors d’entrer dans les abbayes. J’ai eu la chance d’avoir un ami qui est devenu frère à Westvleteren. Il se sentait un peu seul et m’a proposé de venir lui rendre visite. Il a dû mentir pour me faire entrer, en disant que j’étais son cousin. C’est comme ça que j’ai pu visiter la très secrète abbaye, ainsi que sa brasserie. J’en ai fait mon premier article.

Comment en êtes vous venu à écrire sur le sujet ?

Les livres, c’est venu plus tard, avec l’année de la bière, en 1986. Une maison d’édition m’a demandé d’écrire, de donner des conférences et d’animer des soirées. Le premier ouvrage est sorti en 2001, alors qu’il n’y avait que six ou sept trappistes. Désormais, on en compte 11 dans le monde. Et je sais qu’il y en aura deux-trois autres dans quelques années. Mais je ne dirai pas lesquelles.

Que pensez-vous de l’augmentation du nombre d’abbayes trappistes ? Est-ce positif ?

Tout d’abord, il faut comprendre qu’il y a deux grandes différences entre les trappistes. Il y a les Belges, et les autres. Les abbayes belges tirent de leurs brasseries la majeure partie de leurs revenus. Elles gagnent leur argent avec la bière, point final. Pour les nouvelles abbayes trappistes, la bière n’est qu’une aide. Toutes ont d’autres commerces. En Autriche, les moines vivent du bois. Mais comme le nombre de moines diminue, et que leur moyenne d’âge est vieillissante, ils ont besoin d’aide pour couper ce bois, et donc de payer ces personnes. La bière sert à financer cette aide. C’est pareil aux Etats-Unis, où l’abbaye est spécialisée dans les confitures, ainsi qu’en Italie, où Tre Fontane crée des produits à base d’eucalyptus. Contrairement aux anciennes abbayes, qui se trouvent en Belgique, les nouvelles ne tirent pas leur revenu principal dans la bière.

Comment définissez-vous une bière trappiste ?

L’Association internationale trappiste (AIT) est propriétaire du logo.Quand une abbaye veut obtenir ce logo, elle doit le commander. C’est une indication géographique protégée, comme pour le vin. Pour être reconnue trappiste, une bière doit être brassée entre les murs de l’abbaye qui la produit, par des moines et sous leur direction, et les revenus doivent servir à entretenir l’abbaye, aider les autres abbayes et servir aux bonnes œuvres. L’AIT effectue un contrôle qualité sur l’abbaye trappiste, mais aussi sur les abbayes qui aident les autres.

Que voulez-vous dire par «aider les autres» ?

Les moines de l’abbaye de Spencer, près de la frontière canadienne aux Etats-Unis, ont appris à brasser chez Chimay, où les moines parlaient français. Zundert, où les moines parlent le néerlandais, ont appris cette technique dans l’abbaye de Westmalle. Les Belges aident les autres moines pour que la qualité soit toujours la meilleure possible.

Pensez-vous que toutes les trappistes, y compris Chimay où les moines ne produisent plus eux-mêmes la bière, respectent la tradition ?

Tout est en ordre. La bière de l’abbaye du Mont des Cats (dans le Nord) est la seule exception : elle est brassée par Chimay, mais les revenus ne sont pas pour Chimay. C’est une aide. Au lieu de donner de l’argent – ce qui ne suffit jamais, puisque quand on donne une fois, on devra redonner un jour – Chimay donne la bière à l’abbaye du Mont des Cats pour qu’elle la vende. Mais l’abbaye brassée au Mont des Cats n’a pas le logo de l’AIT. Par ailleurs, la bière n’a pas toujours été brassée uniquement par des moines. Il y a 1000 ans déjà, on recourrait à des laïcs pour certaines tâches. Aujourd’hui, pour faire de la bière en Belgique, il faut être ingénieur brasseur, un diplôme que tous les moines n’ont pas. Seules trois abbayes trappistes produisent une bière entièrement réalisée par des moines : Westvleteren, Spencer et Zundert.

Que pensez-vous de leur goût ?

Les abbayes produisent pour les locaux. En Autriche, par exemple, le goût des bières est différent de ce qu’aiment les Belges, de ce dont ils ont l’habitude. Ce qui est normal. Idem en Italie, où les moines ont ajouté de l’eucalyptus dans leur bière. La qualité est la même, mais le goût est différent.

Westvleteren a plusieurs fois obtenu la première place au classement des meilleures bières du monde. Est-ce que ça change quelque chose ?

Si la brasserie était commerciale, ça aurait changé beaucoup de choses. Mais ce n’est pas le cas de Westvleteren, où les moines brassent uniquement pour eux, et eux-mêmes. Depuis 40 ans, elle produit chaque année 4 850 hectolitres. Pas un de plus. S’ils voulaient tripler la production, ils vendraient tout. Mais ce n’est pas leur but. La seule chose qui change, c’est qu’il faut attendre pour pouvoir la déguster, et être patient.

Quelle est votre trappiste préférée ?

Je ne peux pas répondre à cette question, ce sont des amis aujourd’hui. Par contre, tout dépend du temps, et par temps, je veux dire matin ou soir, été ou hiver. A l’apéro, par exemple, j’aime mieux déguster une bière amère, telles qu’un Orval. Une bière pas trop forte. Le soir, par contre, près du feu, ce sera plutôt une Westvleteren 12 ou une Rocherfort 10.

Vous êtes des champions !

podium-1060918_640Voilà 24 jours que vous êtes plusieurs à relever quotidiennement le défi des devinettes de notre calendrier de l’avant trappiste. Bravo !

Vous avez joué parfois au «feeling», vous avez parfois écumé les sites spécialisés, vous êtes même parfois revenus plusieurs jours après sur des réponses qui ne vous satisfaisiez pas. Double bravo !

Vous avez été ponctuels au rendez-vous, vous avez joué occasionnellement, vous avez cherché les réponses mais n’avez pas eu le temps ou le courage de nous les soumettre. Bravo quand même !

Vous avez argumenté vos réponses, vous avez indiqué le raisonnement qui vous y amenez, vous n’avez même pas hésité à nous reprocher imprécisions et tournures discutables. Encore bravo !

Nous avons pris plaisir à vous lire comme à vous proposer nos questions, vous comme nous avons saisi cette occasion pour peaufiner nos connaissances de ces breuvages remarquables et, nous le savons, en avons tous profité pour découvrir ou redécouvrir certaines de ces  bières un peu méconnues.

Alors certes, personne n’a réussi de sans faute, mais vos résultats sont plus qu’honorables et  nous vous remercions d’avoir partagé ce moment avec l’Abbet pendant ce mois de décembre.
Voici donc nos réponses :
1er décembre

Bière brassée au Pays-Bas, je suis une trappiste légère. Pour mon brassage, les moines utilisent des ingrédients de haute qualité et biologiques. Issue d’une culture biologique d’un houblon acheté directement auprès des agriculteurs, je suis certifiée SKAL. Je suis la Trappe Puur.

2 décembre

Initialement bière de Noël, j’apparais en 1956. Mon succès pousse la communauté monastique à finalement poursuivre ma fabrication toute l’année. Je deviens alors la deuxième bière brassée par l’abbaye. Je suis la Chimay bleue.

3 décembre

Titrant 6,9°, je présente dans mon verre une mousse aussi dense que la neige qui couvre souvent mon pays natal. Mon nom rend hommage à un des pères abbés, à l’initiative entre autre de la fresque «Les neuf chœurs d’anges avec leur reine Marie», qui orne la coupole de l’église de mon monastère. Je suis l’Engelszell Benno.

4 décembre

Même si le sucre candy figure dans ma recette, mon amertume me rend unique au sein des bières trappistes. On apprécie autant mes arômes que le flacon qui les préserve. Bière hermaphrodite, on me commande au masculin comme au féminin. Je suis l’Orval.

 5 décembre

Breuvage rare et remarquable, je ne me distingue de mes deux consœurs que grâce à ma capsule bleue claire. Je suis la Westvleteren 8.

6 décembre

S’il est bien indiqué «bière trappiste» sur mon étiquette, inutile toutefois d’y chercher le logo ATP. Je suis la Mont des Cats.

7 décembre

Ma petite sœur titrant 5° ne se boit qu’à l’abbaye. Je partage sa couleur mais affiche 8° sur mon étiquette blanche et beige. Je suis l’Achel blonde.

8 décembre

Je commence à peine à apparaître dans les boutiques spécialisées mais mon arrivée épargne aux amateurs la traversée des océans pour venir à ma rencontre. Je suis la Spencer.

9 décembre

Si Orval a sa truite moi j’ai mon oiseau huppé sur l’étiquette. Je suis la Zundert.

 10 décembre

Contrairement à ma grande sœur, plus célèbre, je ne suis fermentée qu’une fois, et mon nom est dû à la bouteille qui me contenait jadis. Je suis l’Orval vert.

11 décembre

Les hommes pensent probablement à mon pays comme celui des brunes piquantes ayant beaucoup de caractère. Mais je suis blonde ! Je suis la Tre Fontane.

12 décembre

Parmi mes sœurs, je suis la première à avoir été vendue. C’est donc en toute légitimité que je me nomme parfois «première». Je suis la Chimay rouge.

13 décembre

Apparue en 2009, je suis la seule de mes sœurs à porter le nom d’un brasseur, dont on fêtait cette année là le 125ème anniversaire. Je suis la Trappe Isidor.

14 décembre

Plusieurs fois reconnue comme la meilleure bière du monde, je suis aussi la seule de mes sœurs à m’être vendue temporairement pour sortir mon abbaye d’une crise financière. Je suis la Westvleteren 12.

15 décembre

Je suis aussi une bière brune. Je suis aussi apparue initialement comme bière de Noël. Je viens aussi des Ardennes. Mais je ne suis pas la bière de la devinette du 2 décembre. Je suis la Rochefort 8.

16 décembre

Je viens d’une abbaye trappiste qui brasse depuis 1836. C’est elle qui invente mon «type» de bière ce qui me vaut le surnom de «mère de toutes les triples» même si la finesse de mes bulles me valurent également l’autre surnom de «champagne campinois». Je suis la Westmalle triple.

17 décembre

On me surnomme «la Merveille», ce qui n’est pas usurpé. Je suis la Rochefort 10.

18 décembre

Avant que Scourmont ne fasse de même, j’étais la seule bière trappiste vieillie en barriques de bois. Je suis la Trappe Quadrupel Oak aged.

19 décembre

Longtemps réservée aux seuls moines de l’abbaye, on peut dorénavant venir me chercher sur place quelques heures par semaine. Je suis la Westmalle extra.

20 décembre

Née en 1926, je ne suis peut-être plus toute jeune, mais encore naturellement brune, assez ronde et pleine de vivacité. Tends-moi tes lèvres, j’y laisserai une mousse crémeuse, et tu seras conquis par ma légèreté (7°). Je suis la Westmalle Dubbel.

21 décembre

C’est bien ma saveur qui est dû au houblon saphir et non ma couleur, pourtant unique… Je suis la Trappe Witte.

22 décembre

L’anagramme de mon nom est un synonyme de bateau. Je viens pourtant d’un pays sans côte. Je suis l’Engelszell Nivard.

23 décembre

Pendant des décennies, je menais une existence paisible dans une abbaye belge.  On m’a ensuite mise sous pression pour que je me livre aux visiteurs, et c’est en cédant à une nouvelle pression, commerciale cette fois, que je me vends maintenant à tous. Je suis la Chimay dorée.

24 décembre

Bière la moins vendue par l’Abbet lors de la soirée du 21 novembre, je gagne pourtant à être goûtée ! La preuve, j’ai remporté la médaille de bronze dans ma catégorie aux European Beer Star Award du mois dernier. Je suis la Trappe Dubbel.
Vous avez calculé votre score ?

Nous aussi !

On vous communique donc les résultats dans l’après-midi, après la sieste digestive 😉