La première gorgée de trappiste

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Il est 20h30, et la nuit vient de tomber sur Séoul. La journée a été tranquille, après deux semaines intenses, et ce moment de calme bienvenu est parfait pour savourer une Rochefort 8. Elle est à température, ses arômes sont pleinement développés, et le plaisir de la première gorgée fait rapidement place à une certaine volupté. Pour ce goût merveilleux, bien sûr, mais aussi pour les pensées qu’elle ravive : les copains, avec qui je l’ai partagée (et la repartagerai bientôt) de nombreuses fois ; des anecdotes de cette étape, mémorable, du Trappist Tour ; cette petite communauté, aux prises avec un géant industriel pour sauver une modeste source…

Un petit moment de félicité donc, qui laisse songeur, voire méditatif. Aujourd’hui, boire une de nos chères trappistes (ou, par extension, une excellente bière) est assez aisé et reste un plaisir simple. Mais en a-t-il toujours été ainsi ? La découverte n’aurait-elle pas été un petit choc ? En tout cas suffisant pour susciter une réflexion sur ce que nous buvons et le plaisir que nous en tirons ?

Un exemple tendant à le confirmer s’est produit récemment : un ami, d’une nature épicurienne et curieuse, m’a fait part de son désir de découvrir davantage la bière. Ni une ni deux, rendez-vous était pris peu après pour une première soirée de dégustation, une fois les canettes soigneusement sélectionnées. Et bien entendu, quelques trappistes faisaient partie du lot… La soirée commença sous les meilleurs auspices : Le défilé des flacons commença doucement, entrecoupé de commentaires, de questions, et de discussions diverses. Et tandis que le saucisson et le fromage disparaissaient, la gaieté allait croissant. Attention, nulle question d’ivresse ici, les quantités étant adaptées à une dégustation ! Par gaieté, j’entends bien sûr le bien-être lié à un moment de plaisir entre amis… La gaieté, donc, allait croissant, jusqu’à ce qu’il pose son nez, puis ses lèvres, sur un verre de Rochefort 10. Son expression est alors devenue plus grave, me faisant redouter un dégoût de sa part, puis, après un court silence, le verdict tomba :
« C’est vraiment délicieux, ça… ».

Et voilà la discussion relancée avec entrain ! Sur les arômes que l’on y détectait, sur l’influence de la température, sur le dépôt de levure, sur le label ATP, puis sur l’ABBET, les trappist tours, …etc (bien évidemment, je résume, car plein d’imbécilités ont été dites en même temps).

Bien entendu, des soirées de ce type se sont reproduites, et les suivantes sont en préparation. Et les effets ont été rapides chez cet ami en question ! Depuis, à chaque découverte d’une nouvelle bière, il prend un petit moment pour analyser le nez, les arômes, la texture,… Mais si cette étape « technique » peut être utile pour étayer un jugement, l’essentiel n’est pas là. Le plus important est bien sûr le plaisir, et cet ami connaît désormais ses préférences en matière de bières. Face à un choix multiple, il peut donc sélectionner avec plus de facilité celle qui le satisfera le plus. Revers de la médaille, il se plaint de plus en plus plus des jus de houblons locaux, à base de riz, et les délaisse plus facilement…

En conclusion, une consommation légèrement différente d’auparavant : plus critique, mais davantage centrée sur le plaisir…

Pour ma part, le premier « choc » trappiste est survenu il y a un peu plus de dix ans, alors qu’avec un groupe d’amis nous découvrions tout juste la bière. L’un d’entre eux travaillait alors en Belgique et rentrait presque tous les week-ends, en prenant soin de nous ravitailler en nouveautés… C’est à l’occasion d’un de ses retours que je découvris l’Orval, dont le caractère sec et bien amer m’a immédiatement séduit. Depuis, j’y reviens régulièrement avec beaucoup de plaisir, sans jamais m’en lasser, et elle a considérablement influencé mes dégustations : en effet, l’amertume est devenu pour moi un critère particulièrement important lorsque je goûte une petite nouvelle.

Évidemment, ces histoires de goûts restent très personnelles, et ce « choc » peut très bien se produire avec (presque) n’importe quelle bière. Mais le panel de saveurs offert par les trappistes étant maintenant assez large et qualitatif, cela facilite les rencontres…

Et vous ? Y’a-t-il une bière trappiste qui vous ait marqué lors de sa découverte ? Ou simplement que vous appréciez particulièrement ? N’hésitez pas à nous le raconter (vous pouvez envoyer vos récits à abbetrappiste@gmail.com) pour faire partager votre expérience à tous nos lecteurs !

A la vôtre !

Lhoist a répondu !

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Abbaye de Saint-Rémy, Rochefort, (CC Grentidrez Wikimedia)

Comme vous le savez sans doute déjà, ce n’est plus l’amour fou entre la brasserie de Notre Dame de Saint Rémy et l’entreprise Lhoist, à Rochefort. Dans notre précédent article à ce sujet, nous avons essayé de dresser un portrait le plus précis possible de la situation autour de la source Tridaine, mais malgré tout, quelques questions restaient en suspens. Après plusieurs mois sans nouvelles, on n’y croyait plus vraiment, mais certaines réponses nous sont aujourd’hui parvenues de la part du géologue de l’entreprise Lhoist !

C’est donc un petit « complément d’enquête » que nous vous proposons aujourd’hui…

Là où Lhoist nous rassure

Dans le précédent article, trois points suscitaient une légère appréhension de notre part, sans être pour autant critiques : la turbidité de l’eau engendrée par l’approfondissement de la carrière, la formation d’un lac au fond de la carrière suite à de fortes précipitations, et, tout simplement, une fausse manipulation ou un accident lors des forages pouvant polluer la source. Tout d’abord, Lhoist nous a démontré que le risque de turbidité n’était pas plus important en profondeur qu’actuellement. Et au pire, elle peut être éliminée sans traitement chimique. Idem concernant le lac, puisqu’il ne pourrait se former que dans un concours de circonstances exceptionnelles. Concrètement, il faudrait une interruption totale du pompage pendant 2 mois de précipitations. Soit. C’est peu probable… Enfin, concernant les fausses manipulations, Lhoist nous a gentiment rappelé que ce sont des pros, qui n’en sont pas à leur premier carottage. Et il est vrai que lors de l’étude de faisabilité, des forages en profondeur, dont certains à proximité de la source Tridaine, se sont déroulés sans encombre.

Par conséquent, pas de problème de ce côté-là. En revanche, si on aborde des sujets plus importants, ça se corse un tantinet.

Le cas des sulfates

Point crucial pour la qualité et le goût de l’eau qui suscite les pires craintes de la part des moines, le soufre contenu dans la roche préoccupe également Lhoist. En effet, pour que sa qualité soit optimale, le calcaire qu’ils comptent extraire doit être le plus pauvre en soufre possible. On peut donc imaginer que leurs mesures ont été effectuées avec le plus grand soin. Comme le but n’est pas de vous surcharger de considérations chimiques ou géologiques, nous résumerons ici la situation. Pour les détails, nous vous invitons à consulter en annexe (le lien est ici) la réponse reçue (et sa critique par nos soins).

Que donnent ces mesures ? Eh bien tout simplement que la roche sous la nappe contient autant de soufre qu’au-dessus : l’écart est parfaitement négligeable, de l’ordre de 0,1%. Donc, en toute logique, l’eau captée en profondeur devrait contenir autant de sulfates qu’aujourd’hui. Cela paraît à première vue rassurant. Mais, et là nous vous renvoyons à l’annexe, cela amène les géologues à formuler une hypothèse sur l’origine des sulfates dans l’eau. Et si cette hypothèse explique bien certaines variations dans les mesures, elle ne les explique pas toutes, ce qui laisse supposer une inconnue supplémentaire : soit le processus de formation est plus complexe que celui supposé, soit il est différent. Une incertitude subsiste donc…

Et après ?

En admettant que la formation des sulfates soit correctement décrite, ne perdons pas de vue que cela ne concerne que le forage d’essai prévu dans la phase active de l’étude de faisabilité, et en aucun cas l’approfondissement de la carrière lui-même. Or, comme nous l’avons déjà spécifié dans notre dernier article, l’approfondissement pourrait modifier les processus d’infiltration de l’eau vers la nappe, ce qui soulève deux points, à notre avis, capitaux :

  • Le tamponnage des eaux pourrait être altéré ;

  • Les processus de dénitrification pourraient être modifiés, ce qui rend imprévisible la teneur en nitrates de l’eau captée.

Sur ces points précis, nous n’avons pas encore reçu de réponse, ce qui nous amène à la conclusion suivante : au vu des éléments dont nous disposons, la réversibilité des tests prévus ne peut être totalement garantie. Et, dans l’hypothèse où elle le serait, l’approfondissement lui-même soulève des problèmes trop importants et imprévisibles pour que son impact soit estimé comme nul sur l’eau de la nappe alimentant la source Tridaine.

Bon… Là, d’accord, l’impartialité en prend un coup. Cela dit, si des personnes de l’entreprise Lhoist, que nous remercions au passage pour les réponses déjà fournies, viennent à lire ces pages et estiment que nous sommes dans l’erreur, nous les invitons cordialement à nous répondre !

LE rebondissement !

Souvenez-vous : Le permis environnemental pour faire des forages d’essai en profondeur a été attribué à LHOIST S.A., puis annulé par le précédent ministre de l’environnement, Philippe Henry. L’entreprise LHOIST a donc saisi le Conseil d’Etat et demandé l’annulation de la décision ministérielle. Quelque mois plus tard, un deuxième recours a été déposé, pour annuler la création des zones de prévention autour de la source.

Et au mois de mars dernier, le Conseil d’Etat s’est prononcé sur ces deux points. Tout d’abord, la demande d’annulation d’établissement d’une zone de protection autour de la source a été rejetée. L’entreprise LHOIST a d’ailleurs été contrainte de verser une indemnité de 700 euros à la Région Wallonne. Ensuite, en ce qui concerne la requête d’annulation du retrait de permis, le Conseil d’Etat a décidé de… surseoir à la décision.

En d’autres termes, la situation n’a pas évolué de ce côté-là. Le rebondissement est ailleurs !

Mais il est de taille : LHOIST S.A. a demandé un nouveau permis, identique au précédent.

La raison ? Fort simple : la loi a changé ! Auparavant, deux permis (d’urbanisme et d’environnement) étaient nécessaires en Wallonie. Mais au mois de mai, le président du Parlement Wallon, M. André Antoine, a réformé ce processus en mettant en place un permis unique, qui englobe les deux précédents. L’objectif de cette réforme est de simplifier les démarches de demandes de permis. Et si l’on se penche de plus près sur ces simplifications, deux points particuliers concernent notre affaire :

Premièrement, la procédure est simplifiée dans le cas où un permis est demandé pour étendre ou modifier une exploitation déjà existante. L’entreprise concernée ne fait alors pas la demande d’un permis complet, mais juste d’une annexe pour compléter le permis déjà existant. Rien ne garantit en revanche que les conditions d’obtention soient plus souples pour autant…

Deuxièmement, en cas de litige, et dans le cas où l’enjeu de l’exploitation est jugé d’importance régionale, le Parlement s’octroie la décision d’attribution du permis, afin d’éviter les recours au Conseil d’Etat ! Précisons qu’aucune extrapolation n’est faite ici, tout cela apparaît noir sur blanc dans le texte officiel. Et nul doute que l’exploitation de la carrière, avec ses 6 millions de recettes fiscales par an, peut être jugée importante pour la région…

Mais la réforme, et en particulier ce Permis Parlementaire (ou PeP), en a fait bondir plus d’un au Parlement, dont un ancien ministre aujourd’hui député, un certain… Philippe Henry ! La réaction ne s’est pas fait attendre, puisque son parti, le groupe Ecolo, a saisi – ça devient une manie – le Conseil d’Etat. Et si ce dernier a constaté, en juillet dernier, que la proposition était une violation d’une directive européenne de 2014, le Parlement examine actuellement «la possibilité d’utiliser un mécanisme d’exemption prévu par la directive ». En gros, le PeP est retiré du projet, mais le Parlement cherche la faille pour contourner le problème…

En bref…

Comme si la situation n’était pas assez compliquée comme ça, de nouvelles complications, purement juridiques cette fois, viennent corser le tout. Et les moines de Notre Dame de Saint Rémy, tout en campant sur leurs positions, ajoutent des remarques (détaillées ici et ) sur le nouveau permis en lui-même. L’affaire est donc très loin d’être terminée…

Quoi de mieux pour se vider la tête de ces soucis que d’ouvrir une petite bière trappiste ? De préférence une Rochefort, à déguster les doigts croisés…

En route pour le Trappist Tour 2017 !

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Cette année encore l’ABBET repart à la découverte des abbayes trappistes belges et néerlandaises.

Ce n’était pas forcément notre idée initiale mais nous réitérons la formule et le programme de l’an dernier, à la demande de nouveaux participants qui vont parfois faire un peu de route pour être des nôtres. Rappel de ce qui vous attend si vous sautez le pas et prenez place à bord de notre minibus…

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Le Trappist tour c’est quoi ?

Initié en 2014 et à l’origine de la naissance de l’ABBET, le Trappist tour c’est partir à la découverte de certaines abbayes trappistes entre amateurs ou néophytes et dans la bonne humeur !

Il se déroulera cette année les samedi 3, dimanche 4 et lundi 5 juin (jour férié) 2017.

Pour profiter au mieux de nos étapes nous avons choisi de nous rendre dans 6 abbayes trappistes, encore que nous ne pouvons pas souvent pénétrer les bâtiments monastiques. Nous visitons alors les lieux ouverts au public et les espaces de dégustation aménagés sur place.

Concrètement où allons nous ?

Le programme est le suivant.

Samedi 3 juin nous partons de Saint-Omer à 8h. Des étapes sont possibles pour embarquer tous les participants mais sans grand détour car notre programme est (très) dense !

Direction Westmalle, arrivée vers 11h. Dégustation de 2 bières et repas (une planche au choix) dans l’auberge en face de l’abbaye.

Puis départ à 13h30 pour Zundert où nous arrivons vers 14h00. Nous goûtons la bière dans une auberge après être allés voir l’abbaye et son magasin (pas d’espace de dégustation à l’abbaye).

Vers 15h30 nous reprenons la route pour Tilburg et l’abbaye de Koningshoeven (la Trappe). Arrivée vers 16h30, ce qui nous laisse 2 heures pour boire 3 Trappe au choix, visiter le magasin puis manger des sandwichs préparés par l’ABBET.

On reprend ensuite la route jusqu’à l’hébergement choisi.

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Dimanche 4 juin, départ 9h pour Rochefort. Arrivée 11h. Tour de l’abbaye, restauration et dégustation de bières en ville. Départ 14h30.

16h arrivée à Orval, visite des ruines de l’abbaye du XIIe siècle puis dégustation de bières (dont l’Orval vert) et restauration à la brasserie de l’ange gardien jouxtant l’abbaye.

Vers 20h30 départ pour l’hébergement à côté de Charleville Mézières

Lundi 5 juin, départ à 9h pour Westvleteren. Repas et dégustation de bières sur place.

Retour à St Omer vers 15h30, ce qui vous permet de ne pas rentrer trop tard si vous avez encore de la route.

Evidemment vers aurez remarqué que nous ne visitons ni Chimay ni Achel. C’est la durée du voyage et les horaires d’ouverture qui conditionnent ce choix. Nous n’avons ainsi pas opté pour Chimay car très connue et franchement pas très chaleureuse sur place, ni pour Achel car là aussi le site n’est pas transcendant, compliqué à intégrer à un parcours, et la bière ne ravit personne au sein de l’ABBET.

Comment nous déplaçons nous ?

Cette question sera réglée en fonction du nombre de participants.

Vraisemblablement comme l’an dernier en mini-bus (ou deux, ou trois… !) avec un membre de l’ABBET qui vous conduit de sites en sites. En bus 57 places si nous sommes très nombreux ! La location et les frais liés au voyage sont inclus dans le montant de celui-ci.

Où dormons-nous ?

Plusieurs choix s’offrent à vous. Le prix varie en conséquence. Le samedi soir sont possibles des chambres collectives en auberge de jeunesse à Westerloo, ou des chambres d’hôtels doubles à Herselt. Le dimanche soir moins de choix, sauf affluence importante nous prenons nos quartiers dans des chambres d’hôtes chez des amis membres de l’ABBET à Warcq près de Charleville Mézières.

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Justement, çà coûte combien ?

210€ si vous êtes choisissez la chambre collective le samedi et si vous êtes amis avec les copains de Charleville qui vous hébergent alors dans leur salon.

230€ si vous optez pour la chambre collective le samedi et la chambre d’hôte le dimanche.

250€ si vous souhaitez une chambre double le samedi et la chambre d’hôtes le dimanche.

Ce tarif comprend les déplacements avec chauffeur, les hébergements, les repas, la dégustation d’un certain nombre de bières sur place (3 par exemple à Koningshoeven sur les 8 possibles). Libre à vous ensuite de passer des commandes supplémentaires sur place à vos frais tant que vous restez joyeux et que vous gardez partiellement le contrôle de la situation ! Mais l’expérience prouve qu’avec les dégustations prévues et le temps imparti sur chaque site personne n’est mort de soif…

A noter que l’adhésion à l’ABBET (15€, valable 1 an) est un pré-requis indispensable pour pouvoir participer au Trappist Tour.

 

Comment je m’inscris ?

En nous contactant par mail à abbetrappiste@gmail.com, et ceci avant le 28 février 2017 afin que nous fassions les réservations nécessaires.

A cette même adresse nous répondrons également à toutes vos questions.

Alors n’hésitez plus, et embarquez pour un long week-end savoureux et chaleureux !

 

Ils l’ont fait en 2016 :

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« Nous y étions et nous pouvons vous assurer que c’était un week-end inoubliable ; les garçons nous ont concocté un séjour super ; tout avait été préparé de main de maître ; tout était prévu: le timing, les restos, les hôtels, les visites des abbayes avec commentaire, les dégustations (même si MJ ne boit pas de bière), et en prime une soirée top du top chez Cédric ; nous sommes prêts pour l’année prochaine si vous nous acceptez ; encore mille mercis à vous les garçons (à nos chauffeurs) » Jean-Pierre

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« Merci l’ABBET. Les bonnes humeurs constantes conjuguées des participants et celles recueillies chez nos divers hôtes m’ont fait du bien. J’en déduis par conséquent que consommer avec des acolytes sympathiques ce divin breuvage qu’est une bonne bière trappiste et aller sur des lieux qui rassemblent des personnes autour de cette boisson est une thérapie contre la morosité. La convivialité n’a jamais déserté les haltes que nous faisions, merci à chacune et chacun qui y ont contribué ! Outre ce bien-être humain, je porte désormais en moi des images de lieux découverts, en effet, déguster ces bières trappistes que sont Westmalle, La Trappe, Zundert, Rochefort, Orval et Westvleteren, ce n’est pas seulement tremper ses lèvres dans un liquide aux saveurs toujours étonnantes et diverses, mais c’est tremper aussi dans une culture, un savoir faire au cœur d’un environnement typique et souvent séduisant ! » Lydia

 

Quelle bière te fera passer l’hiver ?

trappistes

L’hiver arrive vite : déjà le changement d’heure et la dernière période scolaire avant la nouvelle année. On sent que les journées raccourcissent et que les températures baissent. On ressort son gros manteau. On pense peut-être déjà à Noël…

D’ailleurs, l’année dernière, nous vous avions proposé l’article Que boire avec une belle dinde ?. Cette année, faisons plus léger… Vous aimez les tests de l’été des magazines que vous trouvez chez le médecin ? Alors voici le test de l’hiver de l’Abbet.

Attention : ce test n’est basé sur aucune théorie psycho-scientifique.

1) Après le ski, tu préfères :

a. Une raclette accompagnée de pommes de terre et de charcuterie et arrosée d’un bon vin

b. Une tisane à l’eucalyptus et au dodo

c. Une orange, bien amère

2) Ton chalet à la montagne, il est plutôt :

a. dans une grosse station où les touristes viennent du monde entier

b. complètement paumé : seuls les connaisseurs peuvent le trouver

c. classé monument historique et entouré de ruines du XIe siècle

3) Ta compagne, cet hiver :

a. Elle sera blonde et belle, à la chevelure de princesse

b. Elle sera brune et avec du caractère

c. Ça sera une « fille facile », sans prise de tête

4) Ton compagnon, cet hiver :

a. Il sait ce qu’il veut

b. C’est un bon vivant (mais subtile quand même)

c. C’est un roots

5) Ta destination pour les vacances d’hiver, c’est plutôt :

a. En forêt : tu aimes les arbres et les sangliers

b. Dans un pays latin : tu veux du soleil

c. A la campagne : pas trop loin de la mer

6) Ton chanteur préféré :

a. Jacques Brel

b. Toto Cutugno

c. Dave

7) Dans sa hotte, le père noël aura :

a. Une bague en or : tu as toujours aimé le clinquant

b. Une vieille bague : pas forcément jolie mais qui a une histoire

c. Un pied d’eucalyptus : le père noël connaît ta passion pour la botanique

8) Ton occupation favorite pour passer l’hiver :

a. Du sports intensif : quand il fait froid, tu aimes transpirer. Attention : dans ce cas, il faut bien se désaltérer !

b. Des longues marches en extérieur : le froid ne te dérange pas à condition qu’après l’effort vienne le réconfort

c. Un peu de sport, de marche, de lecture… Tout ce qui me permet de garder une vie saine

9) Ton dessert au chocolat préféré :

a. Une forêt noire au chocolat intense

b. Un gâteau au chocolat amer

c. Une glace au chocolat pour rafraîchir le palais

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Majorité de ♠ : Le choix « nature »

Apparemment, tu aimes la nature et les plantes. Cet hiver, il te faudra aller chercher ta bière du côté de l’Italie : la Tre Fontane et son goût relevé à l’eucalyptus. A moins que ce qui te plaise dans la nature, c’est le côté bio. Ta vie est saine. Tu fais des excès très mesurés. La seule bière trappiste bio, elle vient de Tilburg, c’est la Trappe puur.

Majorité de ♣ : Le choix « intense »

On peut dire que tu ne fais pas les choses à la légère. Tu aimes ce qui est fort et intense. Tu aimes vivre, en fait. Alors, nous te souhaitons de bien profiter de la vie cet hiver avec une bière forte et à caractère comme la Westvleteren 12 ou la Rochefort 10.

Majorité de ♥ : Le choix « complet »

Tu aimes ce qui est amer mais tu ne te contentes pas de cela. Tu regardes tout ! Absolument tout ce qu’il y a autour. Il te faut un beau design, une jolie robe, une histoire magique, une belle abbaye… Pas de doute, il te faut un Orval.

Majorité de ♦ : Le choix « léger »

Tu aimes la bière mais tu n’aimes pas quand elle est trop forte. A coup sûr, outre les bières trappistes, tu dois toujours préférer des bières légères ou même peut-être aromatisées. La bière, pour toi, c’est plutôt pour se désaltérer après un effort. Alors nous te conseillons La Trappe blanche ou la Chimay dorée.

C’était le Trappist tour 2016 !

Le premier Trappist tour, en 2014, était à l’origine de la fondation de l’ABBET. Nous rêvions alors de réitérer l’expérience, d’ouvrir notre groupe, de rattraper nos oublis (Zundert!). Et bien voilà chose faite, et très bien même!
Le cru 2016 aura été brillant, placé plus que jamais sous le signe de l’amitié et des tournées qui rendent heureux. Retour ici en photos sur ce joli week-end prolongé pendant lequel, si nous n’avons jamais connu la soif, nous n’avons également jamais manqué une occasion de nous instruire…

LA BELGIQUE

Lydia, Marie-Jo et Dominique

Lydia, Marie-Jo et Dominique

Et hop! Nous voilà embarqués dans notre minibus décoré aux couleurs de l’ABBET, direction Westmalle où les choses sérieuses commencent. Si la perspective de déguster la Westmalle extra, vendue uniquement sur place, est excitante, nous
tenons d’abord à faire découvrir à tous, au fil des abbayes, l’histoire des lieux et la genèse des productions brassicoles.
C’est Manu qui a d’abord potassé Jef Van den Steen sur la route (Les Trappistes, bières de tradition, éditions Racine, 2015 – toutes les informations relatives aux abbayes sont tirées ici de cet ouvrage).
Manu à Westmalle

Manu à Westmalle

Les premiers moines «trappistes» de Westmalle s’y installent le 6 juin 1794… Mais y restent bien peu!
Nous précisons tout de suite ici que, par souci de compréhension, nous désignons ces moines comme «trappistes» bien que la fondation officielle de «l’ordre cistercien de la stricte observance» ne date que de 1892. En effet, dès le tout début du XVIIe siècle, d’abord à l’abbaye de la Charmoye en Champagne puis rapidement dans d’autres monastères, une réforme de l’ordre cistercien débute, lui reprochant de s’être à son tour
relâché depuis sa fondation par Robert de Molesmes en 1098.
Cette réforme, d’abord nommée «ordre de l’étroite observance» prend des formes multiples avant d’être unifiée dans l’ordre trappiste que nous connaissons aujourd’hui.
S’ils ne sont donc pas encore trappistes, les religieux de Westmalle, comme ceux des autres abbayes citées ci-après, suivent déjà cette réforme souhaitant retrouver la pureté originelle de la règle de St Benoît…
Mais trêve d’érudition, revenons à nos moines! Originaires de l’abbaye Notre-Dame de la Trappe à Val-Sainte (Suisse actuelle), ils ne s’attardent donc pas dans les lieux car ils
fuient 10 jours plus tard l’avancée des troupes révolutionnaires françaises en Belgique.
Ils reviennent à Westmalle en 1802. C’est l’Empire de Napoléon Ier qui confisquera alors leurs biens en 1811, que les moines réintégreront en 1814. Reconnue officiellement par la monarchie néerlandaise en 1822, érigée en abbaye en 1836, puis reconnue en 1842 comme personne juridique à part entière, la communauté commence alors son développement.
Lorsqu’en 1836 les moines trappistes de Westmalle se voient contraints par décision papale d’adopter les constitutions de l’abbé de Rancé (un des réformateurs évoqués ci-dessus), ils obtiennent le droit de boire la boisson régionale du peuple. Les voilà alors
se régalant de lait écrémé, de lait battu…quel bonheur! Mais rassurez vous, bière, et même vin en cas de nécessité sont de même autorisés.
Et comme la règle bénédictine stipule que les ateliers de travail doivent se trouver à l’intérieur de l’enclos monastique pour assurer le travail manuel des moines et éviter l’oisiveté, la première pierre de la brasserie de Westmalle est posée dès août 1836.
Westmalle

Westmalle

Le 10 décembre 1836, les moines dégustent leur première bière, une brune servie comme bière de table au réfectoire et uniquement réservée aux moines.

Pas question à la base de vendre cette boisson. C’est même sur la production et  commercialisation de vin que misent alors les moines campinois! Primée à plusieurs reprises au XIXe siècle, la production viticole décline et est stoppée avant la première guerre mondiale.

La production brassicole évolue alors, et le 1er juin 1861 a lieu la première vente de bière à l’abbaye de Westmalle, une brune, même s’il est avéré que les moines brassent également une blanche qu’ils servent à leur table.

La brasserie apporte une part de plus en plus importante des revenus de l’abbaye. La reconstruction de 1895-1900 lui accorde une place importante, une voie de chemin de fer construite à cette occasion reste ensuite en activité pour acheminer les livraisons à la brasserie.

Olivier, Nico, Lydia et Marie-Jo

Olivier, Nico, Lydia et Marie-Jo

En octobre 1914 la guerre vient pourtant porter un coup d’arrêt à cette expansion.

La tour de l’abbaye est dynamitée pour que les Allemands n’y installent pas de poste d’observation, les moines s’enfuient, pour l’essentiel à… Zundert.

En 1918 les Allemands démantèlent la brasserie pour récupérer les métaux dont la pénurie est alors forte suite au blocus franco-britannique.

Elle est remise en route en 1922, on produit déjà une Extra pur-orge ainsi qu’une Double brune.

En 1933 l’appellation «trappiste» est déposée pour désigner la bière brassée à l’abbaye de Westmalle.

C’est également en 1931 qu’une nouveauté «révolutionne» l’univers de la bière. Une nouvelle blonde, baptisée «Triple» commence à être produite. Elle est officiellement lancée en 1934, et représente aujourd’hui plus de 70% de la production de la brasserie.

129 000 hectolitres de bière de Westmalle ont été brassés en 2013. Actuellement les moines siègent au conseil d’administration de la société coopérative gérant la brasserie mais, comme partout, ils ne participent plus directement à sa production.

Westmalle

Viens alors le temps de nos premières bières du week-end au Trappisten Cafe. Westmalle extra donc qui remporte un franc succès, Westmalle Dubbel et Tripel bien sûr, mais également Westmalle «moitié-moitié». Nous avons d’abord cru à une mauvaise traduction du flamand et beaucoup rit en imaginant ce qui nous paraissait un vrai sacrilège! Mais non, cela existe réellement. Une demi-bouteille de Westmalle triple que l’on complète de Westmalle double tirée au fût, en s’appliquant bien à ce que la mousse reste blanche. Vaut surtout pour la jolie couleur du verre… Mais on vous l’a dit, nous ne perdrons jamais une occasion de nous instruire lors de ce week-end.

LES PAYS-BAS

Et, tels les premiers moines de Westmalle, mais sans fuir nous concernant car cette première halte paraît déjà fort sympathique à l’ensemble du groupe, c’est la route de Zundert que nous prenons ensuite.

Zundert

Zundert

Pour les « historiques » du tour 2014 c’est l’occasion de rattraper un oubli. Nous n’avions pas réalisé que l’abbaye venait de se voir décerner le label ATP en décembre 2013.

Le cadre est vraiment joli, et l’accueil chaleureux. Mais nous en étions déjà persuadés au vu des échanges mails que nous avions eu avec les responsables de la brasserie l’année écoulée.

Zundert

On retrouve à Zundert les mêmes éléments historiques que dans beaucoup des abbayes trappistes visitées.

La Révolution française puis les gouvernements anticléricaux que connaît la France au XIXe siècle font peser de lourdes menaces sur les communautés monastiques et notamment, pour celles qui nous intéressent ici, sur l’abbaye Sainte-Marie du Mont, mieux connue sous le nom de Mont des Cats.

Ainsi en 1899 l’abbé de Koningshoeven (à Tilburg, qui brasse aujourd’hui la Trappe pour ceux qui commencent à être perdus…), abbaye «fille» du Mont des Cats, fonde un monastère à Zundert destiné à abriter les moines français en cas d’expulsion : Maria Toevlucht, que l’on traduit par… Refuge Marie.

L’abbaye dispose d’une terre pauvre, difficile à valoriser, et ne connaît son essor qu’après la première guerre mondiale.

Malgré ses liens avec Koningshoeven et Westmalle, elle ne brasse alors pas. Pire, les moines sont même à l’eau ou au cidre. Finalement compréhensible si on se rappelle que la première abbaye réellement trappiste est celle de la Grande Trappe basée en Normandie…

L’abbaye vit au XXe siècle du travail de la terre : vaches laitières, céréales, haricots, pommes de terre, poules, viande bovine… Mais la communauté vieillit et en 2008 elle lance une profonde réflexion sur son avenir.

L’exemple des abbayes voisines fait alors ressortir qu’une brasserie peut apporter des ressources importantes au monastère, sans constituer une charge de travail trop lourde.

Un hangar délaissé est de fait aménagé en brasserie et le style est choisi, une bière originale, se distinguant de ses consœurs trappistes. 9 brassages et de nombreuses dégustations permettent l’élaboration de la bière actuelle, amère et épicée, qui obtient très rapidement le logo ATP le 10 décembre 2013. Deux moines participent ici au brassage de la bière.

Nico et Lydia

Nico et Lydia

Pas d’espace de dégustation à l’abbaye. La bière, destinée essentiellement au marché belge et néerlandais, est servie dans les différents cafés de la région. C’est à quelques centaines de mètres du monastère que nous avons trouvé notre bonheur, dans une ambiance un peu surannée mais bien plus conviviale que beaucoup des espaces trop modernes aménagés dans la plupart des abbayes…

Une  bière de Zundert, servie dans son joli verre, en guise de digestif donc, et nous reprenons la route pour sa grande sœur néerlandaise, l’abbaye de Koningshoeven à Tilburg.

Ceux qui ont suivi ont déjà compris que les liens entre abbayes trappistes sont nombreux et que les mêmes noms reviennent donc fréquemment dans leur histoire.

Vous vous souvenez ainsi que les moines du Mont des Cats, craignant leur expulsion de France, avaient, via Koningshoeven, participé à la fondation de Zundert.

Si vous l’avez oublié reprenez plus haut, en prenant des notes, et soyez attentifs bon sang!

 

Donc, avant de fonder Zundert, les moines du Mont des Cats qui craignent pour leur survie depuis la fin du XVIIIe siècle avaient déjà fondé un monastère aux Pays-Bas, près de Tilburg, l’abbaye de Koningshoeven (les «fermes du roi», car implantée sur une ancienne métairie fondée par le futur roi Guillaume II en 1834).

L’année 1881 est l’année officielle de fondation de cette abbaye. Si elle n’abrite finalement pas les moines français qui échappent à l’exil, elle connaît sa propre expansion.

Mais comme chez sa voisine précédente le sol est pauvre. La décision de brasser est par contre bien plus rapide (et pour cause, le père Nivard, premier supérieur de l’abbaye, est né dans une famille de brasseurs à Munich). Dès 1886 un premier brassin réussi sort des cuves néerlandaises.

Pourtant, sans vouloir trop noircir le tableau, Koningshoeven va connaître un long siècle de turpitudes brassicoles, produisant longtemps des breuvages très médiocres pour d’autres comme pour elle, préoccupée constamment par sa survie.

C’est en effet vers des bières de basse fermentation (Munich vous disait-on…) que l’abbaye se tourne sous l’appellation de la brasserie «De Schaapskooi» (la bergerie).

Parmi les déboires ou productions peu glorieuses, indiquons ainsi que la cuvée destinée à l’Exposition Universelle d’Anvers en 1895 s’est avérée imbuvable, que de la limonade est produite entre 1951 et 1969 pour gonfler la trésorerie, qu’en 1952 la brasserie signe un contrat avec De Spar, une chaîne de supermarchés vendant de la bière à prix réduits pour qui elle brasse une brune sucrée à 3,5% et une Pils à 5%…

La brasserie cherche également à recruter des clients sous contrat. En 1969 elle possède ainsi plus de cent cafés dans tout le Brabant tenus d’acheter ses produits.

Mais en 1969 la brasserie est tout de même exsangue. Elle tombe alors sous la coupe du groupe belge Artois qui s’avère surtout intéressé par les cafés sous contrat…

La brasserie De Schaapskooi  sert alors à brasser des sous marques. A partir de 1976 elle est même arrêtée et les locaux ne servent plus que de dépôt.

Le contrat avec Artois est rompu en 1979, les installations de la brasserie commencent à être démantelées, mais c’est de cette quasi disparition que va renaître une production (enfin) de qualité.

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Car les moines décident de racheter une partie des installations et la brasserie survit.

En parallèle une vraie réflexion est menée sur le marché de la bière et la communauté relève l’engouement des consommateurs pour les bières spéciales.

Si les réticences des moines novices, rechignant à brasser eux qui ne sont pas entrés dans les ordres dans ce but, doivent d’abord être surmontées en promettant de limiter la production comme chez Westvleteren, les premiers brassins sont produits dès 1980.

Changement majeur : on passe à la fermentation haute en produisant une bière nommée La Trappe, appellation existant déjà depuis 1958.

Il est d’abord difficile de convaincre les consommateurs, associant la production aux Pils de mauvaise qualité… et la brasserie recommence à brasser pour d’autres, y compris pour Chimay entre 1986 et 1992, mais aussi pour Heineken pendant 10 ans.

Malgré le label ATP obtenu en 1997, les moines de Koningshoeven signent une convention de collaboration avec Bavaria en 1998, entraînant le retrait du label ATP jusque 2005.

Depuis des moines travaillent plusieurs heures par semaine à la brasserie. Le brassage proprement dit est confié à la Bierbrouwerij De Koningshoeven BV, une filiale indépendante à 100% de Bavaria. Il faut avouer qu’on saisit assez mal les liens entre Bavaria et l’abbaye, même en lisant Jef Van de Steen.

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Disons que ce partenariat s’inscrit dans une longue tradition de l’abbaye pour trouver des débouchés et assurer son existence, ce qui n’en fait pas la plus « pure » des trappistes, mais nous permet de savourer quelques breuvages de qualité parmi le large choix à la pression dans le « local de dégustation » jouxtant l’abbaye. Mention spéciale pour la Trappe Quadrupel, qui fête ses 25 ans cette année et que nous classons à l’ABBET parmi nos trappistes préférées.

Hervé

Sans faire honneur à toute la carte, cette étape entretient la bonne ambiance dans notre groupe ! Après un passage par la riche boutique de l’abbaye et un pique-nique entre les gouttes, c’est en chansons que se fait la route jusqu’à nos hôtels respectifs, à Herselt pour Didier, Lydia, Dominique, Hervé, Marie-Jo et Jean-Pierre, à Westerloo pour Nico, Manu, Oliv et Max.

Si les premiers ont loué le confort des chambres et la qualité du petit-déjeuner, les seconds se sont appliqués à découvrir la gamme intégrale des bières Tongerlo brassées à 2km de leur auberge. Infidélité passagère aux bières trappistes qui ne les laissa que très moyennement convaincus mais permis des fous rires mémorables dont ils vous reparleront à l’occasion…

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DE NOUVEAU LA BELGIQUE

Et nous revoilà donc en Belgique, où la trappiste sera désormais présente dans nos verres et nos assiettes!

Symbole de cette plongée dans la gastronomie locale, notre première étape dans la jolie ville de Rochefort où le restaurant la Gourmandise nous a concocté un alléchant menu à base de Trappiste Rochefort.

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Mais notre découverte avait commencé un peu plus tôt dans la matinée, en nous rendant bien entendu à l’abbaye Saint Rémy.

Elle est aussi belle et le cadre aussi plaisant que sa bière est savoureuse.

Fondée par des moniales au XIIIe siècle, l’abbaye Notre Dame de Saint Rémy (ce dernier patronyme renvoyant en fait au nom de l’église paroissiale du village voisin de Falen, disparue en 1660) voit au milieu du XVe siècle ses moniales s’éloigner fortement de l’idéal bénédictin et accumuler les dettes.

L’ordre de Cîteaux décide alors en 1464 d’implanter à Rochefort une communauté masculine, gage de rigueur ( !) et les religieuses partent à Félipré.

La Révolution française a détruit une partie des archives de l’abbaye, on sait toutefois qu’en 1595 on y brasse déjà à coup sûr. Mais pas encore de bière trappiste vous vous en doutez !

L a Révolution ruine et détruit l’abbaye, vendue comme bien national en 1805.

Après avoir connu plusieurs propriétaires, elle est achetée en 1886 par Victor Seny, aumônier de l’armée à la retraite qui rêve de fonder une abbaye et d’en devenir abbé.

Les moines d’Achel se laissent séduire et la nouvelle abbaye est fondée en 1887.

Au début du XXe siècle le travail manuel reprend, les moines produisant notamment du fromage et du pain. Mais les moines d’Achel brassent, et ils comptent bien faire de même à Rochefort!

S’ils se fournissent d’abord chez les abbayes voisines (chez Chimay notamment, dont la bière est destinée aux patients de l’abbaye afin qu’ils reprennent des forces!) les premiers brassins, médiocres, inégaux et très artisanaux, commencent à être bus en 1899.

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En 1911, la production commence à s’améliorer et les premières brunes de Rochefort apparaissent.

La guerre ne compromet pas la production, du moins jusqu’en 1917, date à laquelle l’occupant allemand interdit les bières titrant plus de 3%. Elus pour «civiliser le monde» disait le Kaïser… mouais mouais…

La brasserie connaît un grand essor dans les années 1920.

En 1924, le père abbé reçoit la croix de l’agriculture et remercie les moines de leurs efforts en leur distribuant «deux œufs, un cigare, et une bouteille de la meilleure bière».

La brasserie continue à tourner également pendant la Seconde Guerre Mondiale, même si le malt est parfois remplacé par des betteraves broyées et séchées!

Elle occupe ensuite une part de plus en plus importante des revenus de l’abbaye.

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La Rochefort «merveille» apparaît en 1950, mais c’est à l’époque Chimay qui vient sérieusement concurrencer Rochefort.

Solidarité monacale oblige, Scourmont apporte alors une aide à Notre-Dame-de-Saint-Rémy afin de l’aider à se moderniser et à faire face… à sa propre concurrence ! C’est à Scourmont que les moines de Rochefort partent ainsi améliorer leurs techniques brassicoles.

La Rochefort «trappiste» est mise au point en 1953, la Rochefort «spéciale» en 1955.

La trilogie est alors née. En 1960 ces appellations disparaissent et laissent place aux capsules bleues, rouges et vertes et aux actuels numéros.

Jusqu’en 1993, en l’absence d’étiquette, il n’était plus possible d’identifier autrement qu’en la goûtant une bouteille de Rochefort décapsulée. Dur.

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Nous sommes arrivés à l’abbaye en pleine messe de la Pentecôte.

Croyants ou pas nous avons pu apprécier la sérénité des lieux et la qualité de la messe chantée comme, clin d’œil amusant, le roi des Belges Philippe, en résidence dans la région et en visite presque incognito pour l’office.

Ce n’est pourtant pas lui mais bien les superbes cuves en cuivre rouge que nous nous sommes efforcés d’apercevoir à travers les vitraux de la « cathédrale », vraisemblablement la plus belle salle de brassage de Belgique.

Pas de visite à la source Tridaine, faute de temps car les ripailles nous attendaient. Elle fera l’objet d’une promenade ultérieure ! Et heureusement que nous avons hâté le pas car le repas fut long et nous arrivâmes à Orval juste à temps pour découvrir les ruines de l’ancienne abbaye…

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Si les dégustations effectuées sur place n’ont pas emporté la même franche adhésion qu’à Rochefort, la beauté des lieux a par contre suscité elle l’enthousiasme.

Il faut dire que l’Orval a une saveur inimitable assez clivante et l’Orval vert ou l’Orval vieux ne peuvent pas laisser indifférents…

Pour ce qui est de la belle abbaye d’Orval, les bâtiments que nous admirons aujourd’hui n’ont toutefois rien à voir avec la fondation initiale, fort lointaine puisqu’elle remonte à 1070.

En 1132 elle devient la 53e abbaye à intégrer le tout jeune ordre cistercien, du vivant donc de Bernard de Clairvaux.

La vallée d’or (Aurea  Vallis) est baptisée ainsi par la comtesse Mathilde en 1076. Enfin, c’est ce que prétend une des versions  de la légende reprise encore aujourd’hui par l’étiquette du divin flacon : une truite amène dans sa gueule l’alliance de la jeune veuve, perdue par mégarde dans la fontaine de l’abbaye. «Vraiment, c’est ici un Val d’Or!» se serait-elle alors écriée…

La source Mathilde servit sûrement à produire de la bière dès le XIIIe siècle, mais ce sont surtout des preuves d’exploitations viticoles que l’on a au Moyen-âge sur les terres abbatiales.

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On trouve la mention d’une activité de brasserie dans une description de 1726 rédigée par l’abbé de Saint-Pierremont.

Mais l’activité cesse le 23 juin 1793. Les troupes révolutionnaires françaises y pénètrent et la mettent à sac. Les sept siècles d’histoire de l’abbaye d’Orval prennent alors fin.

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Les intempéries, les « pillards » qui utilisent l’abbaye comme carrière de pierre transforment le lieu en ruines…non dénuées de charme !  Et, romantisme oblige, elles attirent au XIXe siècle des visiteurs célèbres, comme en témoigne le dessin ci-dessous, réalisé en 1862 par Victor Hugo exilé en Belgique (source BNF, Manuscrits NAF 13453, fol 28) :

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En 1926, le propriétaire des lieux restitue le domaine à l’abbaye de la Grande Trappe, la reconstruction commence immédiatement.

L’abbaye de Sept-Fons (Auvergne) est alors à la recherche d’un lieu de retraite pour une partie de ses moines rentrant du Brésil où leur fondation  n’a pas été couronnée de succès. Dès 1926 le lieu lors est confié et les moines s’y installent en 1927.

Les 20 ans qui suivent ne sont qu’un immense chantier, financé par des ventes de timbres poste à surcharge, des appels aux dons, les tickets de visite des ruines de l’ancienne abbaye, les recettes d’une loterie organisée lors de l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1935…

La nécessité de trouver des sources de revenus réguliers s’impose également.

Un temps envisagée, la vente de l’eau de la source Mathilde est heureusement oubliée pour laisser place au brassage d’une première bière en 1931 dont l’objectif est uniquement de générer des fonds pour reconstruire les bâtiments. Et, détail surprenant, c’est avec des fonds laïcs que cette brasserie est bâtie. C’est la SA Brasserie d’Orval dont les 150 parts de 1000 francs sont souscrites par une dizaine «d’Amis d’Orval». Depuis 1987 toutes les actions ont été rachetées par l’abbaye.

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La SA vise donc dès le départ des objectifs commerciaux et développe ses ventes à grande échelle. La bière d’Orval est la première bière trappiste distribuée à l’échelle nationale. La stratégie commerciale passe également par le dessin du verre calice et le flacon conique toujours utilisés.

Une exception toutefois pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Là encore l’occupant demande à ce que le titre alcoolique soit baissé à 1,5%, et, par pénuries de bouteilles brunes, la brasserie se rabat sur des bouteilles vertes, fort peu populaires. Retirées rapidement du marché elles ne servent alors qu’à contenir la bière de table jamais mise en bouteille auparavant. Voici née l’Orval vert…

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Anecdote amusante, quand le professeur Declerck devient le conseiller d’Orval en 1952, il modernise la brasserie et renforce considérablement l’hygiène en instituant la désinfection complète des cuves.

Il provoque alors la disparition du Bierstein, un dépôt calcaire poreux qui permettait le développement de levures sauvages donnant son goût un peu aigrelet à la bière. La bière brassée n’est plus de l’Orval!

Il faudra fastidieusement rechercher qu’elles étaient ces levures pour pouvoir cette fois les réintroduire volontairement au breuvage et lui rendre ses qualités gustatives incomparables…

 

Peut-être le savez-vous, les capacités de production maximales sont aujourd’hui atteintes à Orval.

L’abbaye a refusé de délocaliser sa production (label ATP et conception du travail monacal obligent), la bière se fait donc parfois rare pour les amateurs du monde entier et toute publicité et recherche d’expansion a cessé depuis 2010, comme le développement des cafés «ambassadeurs Orval» d’ailleurs.

Piquons pour finir cette citation par Jef Van de Steen d’un article de l’Elseviers weekblad du 18 juillet 1959 : «Quelques bières d’abbaye, celles des trappistes et celle d’Orval (la mention Trappist Ale ne figure sur l’étiquette que depuis 1980) mènent l’humanité souffrante à l’état de grâce».

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Plus léger, notre dîner laissait encore la part belle à la bière et au fromage d’Orval, et nous voici en route pour notre hébergement du soir, la Grange aux bois à Warcq, près de Charleville Mézières.

Malgré quelques imbroglios sur les chambres, ce fut un grand moment!

3 magnums de Rochefort 8 à la main, nous convions nos hôtes à un verre de l’amitié…qui ne fut pas le dernier de la soirée.

Rejoints par une fine équipe d’étudiants célébrant la fin des examens, guitares, ukulélé, chanson française et carnaval de Dunkerque se succédèrent une grande partie de la soirée et de la nuit, et les canettes de la Petite Brasserie Ardennaise (PBA) prirent le relai des flacons rochefortois trop vite épuisés.

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Comment ne pas passer une formidable soirée en si bonne compagnie ? Encore mille mercis aux amis ardennais pour cet accueil exceptionnel.

 

C’est tout de même beaux et fringants que nous reprîmes la route lundi matin, attendus à midi pour déjeuner le Graal à la main. Et oui, c’est par Westvleteren que notre périple s’est achevé.

 

Westvleteren. Nous en avons déjà beaucoup parlé ici, mais pas de doute, quand on voit les sourires des visiteurs et le nombre d’entre eux posant fièrement cartons de bières en main pour la photo, on réalise qu’on n’est pas dans un lieu tout à fait commun, même si l’auberge d’In de Vrede n’a rien de très chaleureux depuis qu’elle a été rénovée. Mais bon, pour en savoir plus sur l’ancien troquet il faudra consulter Hervé et Jean-Pierre…

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Le site de l’abbaye est donné au IXe siècle par un paysan aux moines de Sithiu, la future abbaye Saint Bertin de Saint-Omer! Voilà qui peut choquer, réunir dans la même phrase un site produisant l’une des meilleures bières du monde et un autre dont les productions brassicoles sont une insulte à la zythologie…

Les communautés religieuses se succèdent sur le site dédié à Saint-Sixte, qui se développe et se bâtit  sous l’impulsion d’une communauté d’ermites au XVIIe siècle. Mais l’empereur d’Autriche Joseph II fait fermer et raser Saint Sixte en 1784.

C’est un laïc, Jean-Baptiste Victoor, qui fonde en 1831 une nouvelle abbaye, accueillant alors des moines… de l’abbaye du Mont des Cats bien sûr!

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En 1836, deux moines de Westmalle cette fois arrivent à Westvleteren. En 1850 ce sont des moines de Westvleteren qui cette fois quitteront les lieux pour aller fonder une communauté près de Chimay… avant que d’autres ne partent en 1860 pour le Canada. Cette communauté finira bien plus tard, en 1950, par s’implanter dans le Massachussetts, à Spencer…

Mais revenons à Saint Sixte.

Lors des travaux de construction, l’habitude est prise de verser deux verres de bière aux maçons dans la journée. Dépense lourde, puisque l’abbaye décide finalement de construire sa propre brasserie en 1839, très probablement sous les conseils avisés de Westmalle.

A partir de 1877 la brasserie devient une source de revenus pour l’abbaye qui vend une partie de sa production.

La première guerre mondiale va étonnamment contribuer à la prospérité de cette brasserie. Un cantonnement militaire et une cantine britannique installés à proximité font exploser la production!

La construction d’une nouvelle abbaye, l’ancienne étant vétuste, à partir de 1928 fait de l’augmentation des revenus de la brasserie une nécessité.

Aux 4, 6 et 8, vient s’ajouter une Westvleteren 12 en 1940.

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Mais en 1945 l’abbé Girardus décide de cesser les activités commerciales de l’abbaye et de ne plus «brasser que pour leur propre usage, pour les clients du monastère et d’effectuer de temps en temps un brassin de bonne bière pour les parents et les bienfaiteurs». Décision approuvée par le conseil car paraissant plus dans l’esprit de l’ordre.

Regrettable pour les amateurs de bière, cette décision se comprend en effet au regard de l’engagement monastique. Aujourd’hui encore les moines de Westvleteren goûtent peu la frénésie qui entoure leur production et qui les éloigne de leur vie spirituelle en les réduisant souvent au seul rôle de brasseur…

Depuis lors la bière n’est plus vendue qu’aux seuls particuliers qui se rendent à l’abbaye et à l’auberge d’en face, propriété des pères.

Vous le savez sûrement, mais dans la foulée Evariste Deconinck, fromager du Refuge Notre-Dame de Saint Bernard à Watou obtient le droit de brasser selon la recette des moines et de commercialiser sa production. Vous ne lui trouvez pas un petit goût de Westvleteren 8 à la Saint Bernardus 12 ?

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Et pourtant, malgré ces restrictions drastiques, dès 1960 déjà l’abbaye fait régulièrement face à la pénurie.

Si la production a été modernisée et accrue régulièrement depuis, le principe de vente n’a jamais changé, à l’exception des ventes de 2010 et 2012 pour financer la réfection de bâtiments monastiques.

L’engouement a été un peu maîtrisé depuis que la Westvleteren 12 a été élue plusieurs fois meilleure bière du monde par le site Ratebeer, distinction que semble t-il bien des amateurs lui décernaient déjà depuis des décennies.

Cette vente «au compte-goutte» contribue au mythe ! Elle nous fait ressentir une profonde satisfaction quand nos commandes arrivent à table, elle nous donne le sourire quand des caisses de 6 bouteilles sont en vente à la boutique et que nous repartons, comme ce lundi de Pentecôte et comme tous nos voisins, les bras chargés des précieux flacons…

 

Et nous voilà à la fin du voyage.

 

Certains ont découvert les sites voire les bières pour la première fois.

On peut affirmer qu’ils en sont rentrés réjouis!

D’autres revenaient sur des lieux et des breuvages connus.

Mais le plaisir fut de nouveau là!

Nous avons passé trois excellentes journées, grâce à la grande valeur des membres de notre groupe qui ont mis leurs qualités et leur bonne humeur au service de ce Trappist Tour 2016.

 

Nous repartirons!

En 2017 peut-être.

Différemment, en découvrant d’autres lieux, en s’efforçant de nous adapter aux impératifs de ceux qui aimeraient nous rejoindre mais n’ont pu être des nôtres cette année.

 

On a déjà hâte d’y être.

A bientôt sur la route!

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Aux sources de la polémique Rochefort

Abbaye de Saint-Rémy, Rochefort, (CC Grentidrez Wikimedia)

Abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy, Rochefort, (CC Grentidrez Wikimedia)

L’abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy, à Rochefort (Wallonie), a pour l’instant été évoquée sur ce site essentiellement à travers ses produits : trois bières, à savoir la 6, la 8, qui remporte tous les suffrages au sein du bureau de l’ABBET, et la 10, surnommée à juste titre la « merveille ».

Le sujet est tout autre aujourd’hui, puisque nous vous présentons une problématique à laquelle doit fait faire face l’abbaye depuis quelques années. En effet, l’entreprise Lhoist, un des leaders mondiaux de production de chaux, a pour projet d’approfondir la carrière de la Boverie, voisine de l’abbaye. D’après les moines, cet approfondissement risque de tarir ou de polluer l’eau de la source qu’ils utilisent pour le brassage, la source Tridaine. Auquel cas, la production et la qualité de la bière s’en ressentiraient forcément, pour le bonheur de nos foies mais le malheur de nos palais, et surtout des moines. Lhoist assure de son côté que son projet préservera la qualité de l’eau, et que les deux activités sont compatibles. Pour débroussailler un peu le terrain, commençons par une brève présentation des acteurs de cette affaire.

Les protagonistes

  • La source Tridaine :

Découverte à la fin du XVIIIe siècle par les moines en creusant une galerie dans la mine de galène (minerai de plomb) qu’ils exploitaient alors, elle appartient à l’abbaye depuis 1833. L’exploitation de la mine a cessé, mais la ville de Rochefort a percé une galerie en 1892 pour capter l’eau de la nappe, d’une qualité si remarquable qu’aucun traitement pour la rendre potable n’est nécessaire. Cette galerie, encore en fonction aujourd’hui, permet de capter 500 000 m3 d’eau par an en moyenne. Une centaine parvient à Notre Dame de Saint Rémy pour son fonctionnement et la brasserie. Les 400 000 m3 restants sont offerts à la ville de Rochefort et alimentent 4800 habitants en eau potable. Cette distribution à la commune est gratuite car aucun pompage n’est mis en place, l’eau s’écoulant simplement par gravité.

En cas de forte sécheresse, comme en 2011, la source ne débite plus suffisamment d’eau pour satisfaire cette demande. Les moines utilisent alors l’eau d’un puits sur leurs terrains, le « puits de Neuville », et la ville de Rochefort achète de l’eau au barrage de Nisramont, distant de quelques kilomètres.

  • La carrière de la Boverie :

Propriété de l’entreprise Lhoist Industrie S.A., la carrière de la Boverie est exploitée depuis 1956. Chaque année, près de 2 millions de tonnes de pierre en sont extraites, dont 1,3 millions de tonnes de calcaire d’excellente qualité, utilisé pour produire 400 000 tonnes de chaux. Les revenus générés sont très importants, puisque les recettes fiscales annuelles sont de l’ordre de 5,9 millions d’euros, dont 20% environ vont aux pouvoirs locaux. Une centaine de personnes travaille directement sur le site, et en comptant les emplois indirects, la carrière emploie au total 468 personnes.

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Localisation de l’abbaye, de la carrière, et de la source Tridaine.

Une cohabitation harmonieuse qui devient houleuse

Pendant des années, tout va bien. Des précautions sont cependant prises afin que l’exploitation ne risque pas d’altérer la source : en octobre 1984, l’abbaye, la ville de Rochefort et l’entreprise Lhoist signent une convention, dont un extrait est présenté ci-dessous, afin de limiter la profondeur des forages.

Article 2. Une zone sphérique de protection d’un rayon de 250 m. autour du point d’émergence principal de l’eau de TRIDAINE sera maintenue inexploitée. La cote de ce point est de + 211,45 m. par rapport au niveau de la mer.

Article 3. Autour de la zone de protection, l’exploitation ne descendra pas sous la cote + 220 m. par rapport au niveau de la mer. Cette limitation pourra être adoucie ultérieurement s’il est démontré que l’exploitation à un niveau inférieur ne risque pas de porter préjudice à TRIDAINE ; à ce sujet, l’avis du service géologique de Belgique sera déterminant.

Extrait de la convention signée le 1eroctobre 1984 par la ville, Lhoist et l’abbaye.

En résumé, il est convenu qu’au plus profond, la carrière peut atteindre une altitude de 220 m au-dessus du niveau de la mer, soit 10 m environ au-dessus de la source, mais que, sur avis des autorités compétentes, ce niveau peut être réévalué. Cette altitude limite, atteinte aujourd’hui, permet une exploitation de calcaire jusqu’en 2023.

Mais, à partir de 2006, l’entreprise Lhoist songe à un approfondissement de la carrière. Les moines l’apprennent en constatant le tarissement (pendant quelques heures) de la source. L’entreprise Lhoist leur confirme alors qu’un forage d’essai a été entrepris sous la cote convenue. Une fois le forage interrompu, la source a retrouvé son débit normal.

Ce projet d’approfondissement, qu’en est-il exactement ?

L’entreprise Lhoist envisage une extension de la carrière en creusant dans la zone rocheuse contenant la nappe (l’aquifère, en termes géologiques) jusqu’à une altitude de 160 m, ce qui lui permettrait de poursuivre son activité jusqu’en 2046. Mais cette fois, afin d’éviter tout risque de tarissement de la source, le projet comporte également la mise en place de trois puits afin de pomper l’eau à une altitude de 80 m, qui alimenteraient en eau la source Tridaine.

Le projet a été présenté au public sous la forme d’une brochure, disponible ici, et sous la forme d’une vidéo que vous pouvez visionner ici.

D’après Lhoist, ce projet présente plusieurs avantages : en plus de pérenniser les 468 emplois concernés, un pompage permettrait d’obtenir un débit plus constant à la source Tridaine, et l’eau, en raison de la plus grande profondeur du captage, devrait être d’aussi bonne qualité, voire meilleure. Ainsi, la qualité de la bière ne serait pas affectée.

D’accord, mais est-ce faisable ?

Pour répondre à cette question, la ville, l’abbaye et l’entreprise font réaliser une étude de faisabilité par des experts géologues. Cette étude, décidée par une nouvelle convention signée en 2008, est encadrée par le « Groupe de travail Tridaine », constitué de représentants des trois parties, du SPW (Service Public de Wallonnie) et du département de géologie du FUNDP (Facultés Universitaires de Notre Dame de la Paix).

Cette étude doit se dérouler en deux phases :

  • une phase « passive », qui a pour but de collecter toutes les données nécessaires à une connaissance exhaustive du sous-sol.
  • Une phase « active » et réversible, comportant des pompages d’essai de longue durée.

Malgré les réserves de la ville et de l’abbaye, comme le montre l’extrait du PV du Conseil Communal ci-dessous,  l’accord est conclu et l’étude de faisabilité est effectuée.

Extrait du Procès-Verbal du Conseil Communal de Rochefort du 30 juin 2008

Extrait du Procès-Verbal du Conseil Communal de Rochefort du 30 juin 2008

Le rapport complet de l’étude est remis en mai 2012 et est disponible ici : partie 1 / partie 2. Si toutefois vous faites partie des 99,9 % de la population qui ne sont pas géologues de formation, les conclusions générales sont disponibles .

Là où la situation s’emballe…

La phase passive s’effectue sans encombre. Mais, pour l’abbaye, le passage à la phase active risque de polluer ou tarir la source. C’est donc précisément ce point qui oppose l’industrie Lhoist et l’abbaye, et qui va s’amplifier jusqu’à atteindre la plus haute juridiction administrative du pays… Une frise des évènements détaillés ci-dessous est disponible ici.

En mai 2013, l’entreprise Lhoist demande un permis d’environnement et un permis d’urbanisme afin de commencer le forage des puits. Comme pour toute demande de permis environnemental, une enquête publique est ouverte le 17 juin. Le 18, l’abbaye de Notre Dame de Saint Rémy organise une conférence de presse, lors de laquelle elle affirme son opposition au projet, puis, dans la foulée, le nouveau ministre de l’Environnement, Philippe Henry, soulève l’idée de la rédaction d’un arrêté définissant une zone de prévention autour de la source Tridaine. En se penchant sur cette affaire, il annonce qu’il sera « très attentif à la défense d’un patrimoine culturel important qu’est la source utilisée pour la production des Trappistes de Rochefort ». Et voilà comment une petite source devient une affaire d’état !

Reprenons le cours des évènements : le 1er juillet, les résultats de l’enquête publique tombent : 2000 personnes sont pour le passage à la phase active, 8600 contre. Visiblement, ce résultat n’a pas beaucoup de poids, puisque le 14 août, l’administration wallonne délivre à l’entreprise Lhoist le permis d’urbanisme. Le permis environnemental est quant à lui octroyé  au début du mois d’octobre. La réaction de l’opinion publique ne se fait pas attendre, puisque des comités de soutien apparaissent (le « Comité Source Tridaine » notamment), des pétitions fleurissent, et des associations déjà existantes (de spéléologie, d’écologie,…) prennent le parti de l’abbaye.

Pendant ce temps, l’idée de la zone de prévention fait son chemin : une seconde enquête publique est ouverte à ce sujet le 15 janvier 2014 (elle se clôturera environ un mois plus tard, et aboutira à un arrêté ministériel détaillé plus loin). Quelques jours plus tard, l’entreprise Lhoist présente le projet d’approfondissement à ses collaborateurs, fournisseurs et sous-traitants lors de deux soirées d’informations, les 20 et 21 janvier 2014.  Le 25, des artistes et des habitants de Rochefort tournent un clip musical pour exprimer leur opposition au projet («ne touchez pas à la tridaine», des Samouraïs de iD eaux).

Coup de tonnerre le 31 janvier 2014 : le ministre Henry retire à Lhoist le permis environnemental, estimant que les garanties pour maintenir la qualité de l’eau sont insuffisantes.

Inutile de dire qu’après ça, forcément, l’ambiance devient tendue…

Le ministre Henry encourage pourtant le dialogue pour trouver un compromis, et suggère de pomper l’eau du puits de Neuville (souvenez-vous, celui qui a déjà été utilisé en 2011) pour approvisionner l’abbaye en eau. C’est dans cet esprit de conciliation qu’est organisée le 10 mars une réunion entre les autorités communales de Rochefort, et les représentants de l’entreprise Lhoist et de Notre Dame de Saint Rémy. Frère Jean Paul Wilkin, représentant de l’abbaye, n’est pas présent mais dit, dans sa lettre déclinant l’invitation, rester ouvert au dialogue…

Le 3 avril 2014, l’entreprise Lhoist introduit un recours au Conseil d’Etat belge, afin d’obtenir l’annulation de la décision ministérielle. Sa décision, encore à venir, pourra peut-être apporter un point final à cette polémique, face à laquelle chacun campe fermement sur ses positions.

Les arguments de chacun

Côté Lhoist…

En ayant recours au Conseil d’Etat, l’entreprise Lhoist avance que :

  • Les 468 emplois concernés par l’exploitation sont pérennisés jusqu’à 2046.
  • Les pompages de test avaient été décidés par la convention Tridaine de 2008.
  • Cette phase de test est réversible à 100%.
  • L’eau étant pompée à une plus grande profondeur, sa qualité sera au moins équivalente à aujourd’hui, voire meilleure.
  • La décision ministérielle, contraire à l’avis de l’administration, est infondée : lorsque le ministre affirme que «l’exécution du test par Lhoist est non conforme à ses droits et obligations civiles », Lhoist répond que l’entreprise est propriétaire des sites envisagés pour les tests de pompage et du terrain sous lequel la nappe alimente la source.
  • Les coûts d’installation et de pompage sont totalement pris en charge par l’entreprise, et ce pour une durée de 100 ans.
  • Toutes les mesures sont prises conformément à la loi pour ne pas nuire à l’écosystème local.
Coté abbaye…
  • Si la qualité de l’eau est altérée, les 120 emplois générés par la brasserie, encore pérennes pour bien plus de 20 ans, sont menacés.
  • Lhoist ne respecte pas la convention de 2008.
  • Rien ne garantit la réversibilité des tests.
  • L’eau fournie par la source devenant une eau d’exhaure (c’est-à-dire pompée pour assécher la carrière), ni sa qualité actuelle ni son goût ne seront retrouvés.
  • Le coût du pompage, même si Lhoist respecte son engagement sur 100 ans, sera à la charge des habitants de Rochefort dès 2114.
  • L’abbaye étant propriétaire de la source, elle est en droit de s’opposer à sa destruction.
  • L’épuisement de la carrière en 2023, déjà prévisible en 1984, aurait dû laisser le temps à Lhoist de préparer une reconversion des emplois concernés.
  • Une fois la carrière épuisée, un lac s’y formera en cas de fortes précipitations et sa surface, à l’air libre, favorisera la contamination de la source par des polluants jusqu’alors évités.
  • L’écosystème local, fragile, sera perturbé irréversiblement.

 

C’est donc un sacré dilemme auquel le Conseil d’Etat devra faire face ! Par ailleurs, les publications les plus abondantes provenant soit de l’abbaye (http://www.tridaine.be/) soit de l’entreprise Lhoist (http://www.info-tridaine.be/), il n’est pas forcément aisé de se documenter de manière impartiale.

Là où l’Abbet fourre son museau…

Un des principaux enjeux amenant les autorités à chercher un consensus est évidemment celui de l’emploi. Et l’abbaye comme Lhoist avancent des arguments totalement irréfutables : si l’exploitation continue, de nombreux emplois sont conservés, mais à court terme. Dans le cas de l’abbaye, les emplois sont bien moins nombreux, mais n’ont pas de limite dans le temps. Impossible de trancher…

De même, il est difficile de prévoir la situation au-delà des 100 ans évoqués. En revanche, certaines questions peuvent être davantage creusées. Pour tenter d’y répondre, l’ABBET a contacté (avec, avouons-le, peu de succès) M. François Bellot, Bourgmestre de Rochefort, Mme Laurence Indri, porte-parole de Lhoist Industries S.A, et M. De Doncker, porte-parole de l’abbaye.

  • La convention de 2008 est-elle bien respectée ?

Lhoist affirme que oui, mais l’abbaye soutient que non, les décisions devant être prises à l’unanimité. Qui a raison ? Eh bien on ne sait pas, les supers pouvoirs d’investigation de l’ABBET n’ayant pas permis d’obtenir le texte de la convention… Et personne ne nous a pas répondu là-dessus… Voilà voilà.

  • La réversibilité des tests de pompage est-elle totale ?

Pour vérifier cela, épluchons le rapport de l’étude de faisabilité. Dans les conclusions générales, il apparaît, d’après les mesures effectuées, que les tests de pompage proposés par Lhoist S.A. sont en théorie possibles. D’un point de vue quantitatif, aucun problème ne semble à craindre, et les débits prévus sont tout à fait cohérents. D’un point de vue qualitatif maintenant, un extrait de l’étude de faisabilité retient notre attention :

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Extrait des conclusions générales du rapport d’étude de faisabilité (p.233)

En clair, le site de pompage est un peu plus bas (en altitude) que le site où se mélangent les eaux d’infiltration qui alimentent la nappe. Par conséquent, cette eau devrait avoir les mêmes caractéristiques que l’eau de Tridaine.

Cependant, certains paramètres restent difficiles à évaluer précisément :

Extrait des conclusions générales du rapport d’étude de faisabilité (p.233)

Extrait des conclusions générales du rapport d’étude de faisabilité (p.233)

Si on traduit ce jargon géologique, cela signifie que les roches renfermant la nappe contiennent du soufre, mais on ne sait pas précisément où ni en quelles quantités. Or, si un pompage est mis en place, elles seront asséchées, et risqueront de s’oxyder au contact de l’air. Cela formera des sulfates, que l’on pourra retrouver dans l’eau.  Et les sulfates ont une influence énorme sur la qualité et le goût de l’eau… Ce paramètre demeurant relativement inconnu, et si on ajoute à cela les possibilités d’accident ou de fausse manipulation lors des forages, le doute sur la réversibilité des tests est permis.

En conclusion, il existe une incertitude, probablement faible, qui empêche de garantir une réversibilité absolument totale des tests. Le géologue de Lhoist S.A. ne nous a pas fourni de réponse à ce sujet.

  • Si la carrière est approfondie, l’eau de la source Tridaine est-elle vraiment menacée ?

On peut raisonnablement supposer que si le forage des puits se déroule sans encombre et que la carrière est approfondie, les processus d’infiltration alimentant la nappe seront forcément modifiés. Ceux-ci se produisant dans un milieu karstique (calcaire fracturé) complexe, où l’eau circule rapidement, il est difficile de prévoir exactement dans quelle mesure ils seront modifiés. Cela rend difficile la prédiction de la teneur en nitrates de l’eau (p.233 du rapport d’étude). Or, les nitrates ont un impact direct sur le goût et même la potabilité de l’eau.

Par ailleurs, dans la situation actuelle, les eaux s’infiltrant dans le sous-sol présentent une caractéristique intéressante : elles ont la capacité de stabiliser leur pH (c’est-à-dire leur niveau d’acidité, et donc leur caractère corrosif), ce qui protège la nappe (ces eaux sont alors dites tamponnées). Si les écoulements souterrains sont modifiés, cette protection pourrait être altérée (p.234).

Enfin, l’infiltration d’un ruisseau voisin dans le sol risque d’être accentuée, et la nappe serait donc davantage alimentée par cette eau de surface. Or, une eau de surface est plus facilement polluée qu’une eau souterraine, en raison de son exposition, par exemple, à des polluants provenant de cultures voisines, traitées chimiquement. Les géologues ayant réalisé l’étude ont donc établi une liste de précautions à prendre afin de minimiser les risques, ainsi que les contrôles permanents à effectuer sur la qualité de l’eau (p. 234). En gros, si jamais le ruisseau est pollué, son lit devra être étanchéisé…

Les pages suivantes du rapport détaillent toutes les précautions à prendre et les mesures à effectuer régulièrement pour que la qualité de l’eau soit surveillée, et maintenue. Ne les détaillons pas ici, car elles sont nombreuses et techniques. Retenons que des pompages secondaires sont prévus pour alimenter la ville et l’abbaye, au cas où un problème survienne.

Donc, pour faire court : en prenant les mesures préconisées, la qualité de l’eau de la source ne devrait pas, en théorie, être modifiée, mais les risques de pollution seraient plus nombreux qu’aujourd’hui, et une incertitude demeure.

Maintenant, concernant le lac pouvant se former dans la carrière en cas de fortes précipitations : clairement, oui, c’est une source de pollution encore plus importante. Mais si le pompage est adapté, un tel lac ne devrait en toute logique pas se former. Enfin, une exploitation de karst entraîne souvent l’apparition de particules en suspension dans l’eau, appelées fines. Ces fines augmentent la turbidité de l’eau : autrement dit, elles la rendent trouble. Mais l’abbaye, contactée à ce sujet, a confirmé qu’une turbidité seule ne serait pas un problème, dans la mesure où elle peut être éliminée par une simple filtration.

  • Le puits de Neuville est-il une bonne alternative à la source ?

L’eau de ce puits, appartenant à l’abbaye, a déjà été utilisée en 2011 pour brasser la bière de Rochefort. Cette eau a-t-elle eu un effet sur la qualité de la bière produite ? L’abbaye nous a répondu qu’à priori aucun changement n’avait été noté, mais que cela n’avait pas été approfondi dans la mesure où d’autres problématiques étaient en cours. Ce qui est tout à fait compréhensible, dans la mesure où un incendie avait ravagé l’abbaye quelques mois auparavant…

Le rapport d’étude montre que d’un point de vue quantitatif, les réserves du puits de Neuville sont certainement suffisantes. D’un point de vue qualitatif, il est difficile de conclure, dans la mesure où cette formation calcaire est mal connue (p. 31). D’où vient cette eau ? On ne sait pas bien. Mais si elle est alimentée par les mêmes réseaux que la source Tridaine, elle pourrait difficilement la remplacer. D’où la question fatidique : y a-t-il une connexion souterraine possible entre le puits de Neuville  et la nappe alimentant la source Tridaine? D’après l’abbaye, oui, d’après Lhoist, non. Aucune étude complète n’ayant été obtenue, nous ne nous avancerons pas davantage.

Une chose est sûre, un pompage d’essai dans ce puits a été décidé au conseil communal de Rochefort en septembre 2015. L’abbaye nous a confirmé que le pompage avait eu lieu, mais nous a invités à attendre que les résultats soient publiés. Interrogés sur le but de ce pompage, la ville et l’abbaye ne nous ont rien dit.

  • La zone de prévention autour de la Source change-t-elle la donne ?

Ne nous emballons pas : une zone de prévention n’est pas une réserve naturelle non plus… Normalement,  dès qu’une eau est captée pour être consommée, une zone de protection rapprochée et une éloignée sont définies autour du captage. Ces zones imposent des précautions à prendre pour éviter que des polluants ne s’infiltrent dans le sous-sol. L’arrêté ministériel du 20 mai 2014, publié au moniteur belge le 12 juin, corrige donc l’absence de zone, qui aurait dû être définie il y a bien longtemps.

Considérant que les mesures de protection, visées dans la sous-section 5, à prendre en zone de prévention, ne sont en effet pas applicables à une carrière en activité lorsqu’elle se trouve en zone de prévention (article R.170, § 1er, du Code de l’Eau);

Extrait de l’arrêté ministériel définissant la zone de prévention

Et en y regardant de plus près, il apparaît que les changements seront minimes :

Les protections envisagées concernent entre autre le stockage de produits polluants et des fuites éventuelles d’hydrocarbures. Si le projet d’approfondissement est effectué aux normes, la zone de prévention ne lui fera donc probablement pas obstacle.

Conclusion

Laissons au Conseil d’Etat le soin de répondre à cette épineuse question. Le recours ayant été introduit il y a bientôt deux ans, il est vraisemblable que le verdict soit rendu dans peu de temps. Concernant les issues possibles, elles sont limitées. Soit Lhoist obtient gain de cause, et les moines peuvent introduire un recours à la Cour Européenne des Droits de l’Homme. (Avis personnel : il serait sans doute reposant pour les plus hauts magistrats d’Europe de débattre, entre deux génocides, d’une bière trappiste…). Soit le retrait du permis est confirmé, auquel cas l’entreprise Lhoist peut tout à fait présenter une demande de permis légèrement différente…

A chacun de se faire son idée sur la question, et pour conclure, je vous laisse, je vais boire une trappiste.

Y a des trappistes dans le Ratebeer !

Sans titreEt voilà, les amateurs de bières du monde entier ont rendu leur verdict 2015.

Pardon ? Vous ne connaissez pas Ratebeer ?

Oups, une mise au point s’impose alors.

rate

Ratebeer, c’est un site Internet (www.ratebeer.com), lancé par Joe Tucker, un Californien, il y a près de 20 ans. Son principe est aujourd’hui simple : vous vous inscrivez et à chaque fois que vous dégustez une bière vous vous connectez pour la décrire et la noter.

Chaque bière se voit ainsi attribuer une note qui dépend du nombre d’évaluations, de celle reçue également par la brasserie, de l’expérience de la personne donnant la note (un nouveau membre compte moins que celui qui commente sa 100e bière sur le site).

Si son fondateur affirme ne pas chercher le profit, son site a une influence grandissante. 1,4 millions d’internautes s’y connectent chaque mois. Et qui a nommé la Wesvleteren XII meilleure bière du monde ? Et bien le classement Ratebeer.

Alors qu’on mette les choses au point tout de suite : il y a bien des critiques et des remises en cause à faire du classement général comme des classements particuliers.

Avant tout la surreprésentation des bières et des dégustations états-uniennes, qui tiennent à l’origine du site. Mais bon, comme c’est bel et bien une trappiste qui trône en haut du classement, on veut bien en parler ici.

Du classement général 2015 d’abord, tous styles de bières confondus.

Innovation

Cette année, Ratebeer a innové. Ils ont organisé un festival, une grosse soirée, et ils ont nommé 100 bières comme étant les meilleures du monde. Pourquoi pas. C’est plutôt malin, comme l’est ce principe de notation collective.

Parmi celles-ci (données par liste alphabétique), on trouve alors les Rochefort 8 et 10, ainsi que les Westvleteren 8 et XII. On notera tout de même la présence de 71 bières états-uniennes dans les 100…

Ensuite, si on cherche un classement plus précis, il faut chercher par catégorie. Rapide pour nous, puisque nos trappistes chéries ne figurent que dans une seule du classement 2015 : Belgian Style Strong Ales.

Côté trappistes

C’est la Wesvleteren XII qui obtient la médaille d’or et se classe numéro 1. Mais cette médaille est partagée avec la Rochefort 10 (2e), la Westvleteren 8 (3e) et, pour info, la Struise Pannepot reserva (brassée par De Struise Brouwers à Oostvleteren, ce qui ne s’invente pas !) ainsi que la Saint Bernardus 12. Soyons francs, ce classement provoque chez l’Abbet un début de pâmoison. Quelle belle liste…

Viennent ensuite, médaille d’argent, la Rochefort 8 (10e), puis médailles de bronze la Trappe Quadrupel (13e…derrière la Triple Karmeliet…y a des claques qui se perdent…) et la Chimay bleue (14e).

Un classement intrigant

Ce classement a de la gueule, les 15 bières proposées sont (presque) toutes d’excellentes factures.

Mais ensuite, plus rien ! Plus de bière trappiste dans les autres catégories. Et il faut bien reconnaître que du coup ces classements nous laissent très dubitatifs. Pourquoi? Parce que si on s’intéresse aux classements «en continu» que publie le site, on trouve bien plus de trappistes. Des exemples? D’accord. Cela vous évitera de fastidieuses recherches.

Le 1er février à midi (et oui, ça bouge !). Au classement général, la Wesvleteren XII occupe ce matin la 1ère place (note de 4.43 sur 5, 3529 avis). On opine du chef, néanmoins on ne peut s’empêcher d’y voir un «effet de mode». Pour être plus clair, la Westvleteren XII a contribué fortement à la médiatisation du site Ratebeer. Mise alors sur le devant de la scène, devenue «mythique», les internautes entretiennent cette notoriété renforcée par la rareté de ce breuvage. Mais nous validons, bien sûr !

On trouve ensuite dans ce classement la Rochefort 10 à la 12e place (4.30 sur 5), et la Wesvleteren 8 à la 32e place (4.22).

Dans la catégorie «Dubbel abbey», la Westmalle double se classe 2e, la Chimay rouge 4e, et la Trappe double 26e.

Catégorie «abbey triple» (1ère la triple karmeliet ! Ce qui peut nuancer la suite…) la Westmalle triple est 9e, la Chimay triple 13e, l’Achel blonde 26e. Cette dernière mention le confirme : n’accordez pas d’importance au classement de cette catégorie…

Dans les «Abbaye quadruple» la Westvleteren XII est 1ère, la Rochefort 10 2e, la Trappe quadruple Oak aged 20 (correspond au numéro de brassin de cette bière vieillie en fût) 3e, la 21 8e, la 22 9e, la 19 16e, l’Achel extra bruin est 7e, la Trappe quadruple 17e, la Trappe Quadrupel Quercus Eikenvat gelagerd Batch #1 36e (ça existe çà ???).

En catégorie «Belgian Ale» Orval est 1ère, la Westvleteren blonde 2e, la Trappe Isidor 45e

Chez les «Belgian strong Ale» la Westvleteren 8 est 1ère, la Rochefort 8 5e, la Chimay bleue 11e.

Parmi les blanches… On ne trouve aucune mention de la Trappe Witte.

Bref, jugements douteux, catégories mouvantes, absences criantes…mais tout de même quelques qualités.

D’abord, parcourir ce site est une leçon d’humilité.

Si vous avez l’impression de vous y connaître quand vous arrivez chez votre brasseur, les listes vertigineuses de breuvages maltés que recense Ratebeer.com vous renvoient à votre fragile condition de perpétuel novice en la matière.

Ensuite, passé l’éventuel abattement lié au constat précédent, il vous vient une furieuse envie de découvrir certaines brasseries qui semblent vraiment intéressantes.

Dans le cas du présent rédacteur : la Brasserie 3 fontaines (Belgique), la brasserie Dieu du ciel (Québec), la bière «Révolution au paradis» (brasserie le Paradis à Blainville sur l’eau, en Meurthe et Moselle) ou la «bavaisienne ambrée» de la brasserie Theillier, qui paraît meilleure qu’on ne l’imaginait.

Vous l’aurez donc compris, les classements de Ratebeer sont indicatifs. Mais ils donnent envie de découvrir des bières, et ça, ça nous plaît.