Faut-il acheter de l’Achel ?

Parmi toutes les bières trappistes dont nous vous parlons régulièrement ici il en est une qui souffre d’occurrences bien plus rares que les autres : l’Achel. Ou alors c’est pour l’évoquer de façon bien peu flatteuse. Il suffit peut-être de rappeler à nos lecteurs distraits que dans un article consacré à vos repas de fête nous proposions de l’associer sur vos plateaux de fromage, tiède, à un Babybel…(https://abbetrappiste.wordpress.com/2015/12/15/que-boire-avec-une-belle-dinde/)

C’est que cette bière ne rencontre aucun défenseur au sein de notre amicale, qui, pire, parle en connaissance de cause puisque nous avons tous goûté sur place les quatre breuvages proposés par l’abbaye (dont certains ont fini dans le bac à fleur jouxtant notre table…).

Mais c’est l’été, nous nous détendons, et nous laissons une dernière (…) chance à l’Achel de vous convaincre d’en faire l’acquisition chez votre brasseur ou à la terrasse d’un bistrot audacieux.

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Et pourtant cette bière fut renommée

D’abord peut-être en évoquant l’histoire ancestrale de cette abbaye.

Parce qu’Achel fait office de précurseur au sein des communautés trappistes. Dès 1731 les moines bénédictins qui occupent le terrain acquis en 1686 par Peter van Enneten y sont soumis à la stricte application de la règle de St Benoit : silence, langage des signes, heures canoniales.

Et il est attesté qu’ils boivent de la bière qu’ils brassent eux même puisque, expulsés comme les autres par les lois révolutionnaires françaises (la France s’étend alors sur la Belgique et les Pays-Bas actuels), l’acte de vente de leur domaine en 1798 mentionne une brasserie.

Ce sont les moines de Westmalle qui y essaiment en 1845 et entreprennent la rénovation des bâtiments.
A leur tour les moines d’Achel seront à l’origine de la fondation de St Rémy de Rochefort en 1887… mais vous le savez sûrement déjà, sinon : https://abbetrappiste.wordpress.com/2016/05/23/cetait-le-trappist-tour-2016/

Les moines d’Achel ne tardent pas à produire à nouveau leur bière, dès 1850 une malterie et une brasserie ouvrent au sein de l’abbaye et fabriquent le doux breuvage malté «exclusivement destiné à l’usage de la communauté », brassé à partir de l’eau bouillie de la rivière voisine.

Les moines d’Achel ne rigolent d’abord pas avec leur production. La meilleure bière, servie dans leur maison d’hôte, titre ainsi 12°, soit plus que toutes les trappistes produites aujourd’hui.

Mais le 7 octobre 1914 le général de l’armée belge De Schepper installe ses quartiers dans l’abbaye St Benoit à Achel pour barrer la progression allemande en direction d’Anvers. Peine perdue puisque les soldats allemands s’y installent. Le père Antonius Bus, administrateur de l’ermitage d’Achel pendant la guerre, indique ainsi qu’ils y boivent 2300 litres de bière pendant leurs quelques jours d’occupation !

Achel a ceci de particulier que le site est à la frontière entre Belgique et Pays-Bas. Quelques moines se réfugient donc 100 mètres plus loin dans au sein de baraquements situés sur territoire néerlandais, où ils sont contraints de rester puisque la frontière est électrifiée par l’armée d’occupation. Ils y assistent impuissants au démantèlement de la brasserie à l’été 1917. Et oui, les installations sont pour l’essentiel en cuivre et la pénurie de métaux fait rage côté allemand…

Après guerre l’état belge ne dédommage pas l’abbaye…considérée comme néerlandaise ( !). Comme 1100 autres brasseries belges celle d’Achel ferme alors ses portes. Même si la Patersvaatje, cette fameuse bière à 12°, ne disparait pas pour autant puisque la recette a vraisemblablement fait des adeptes…à Rochefort !

Les moines d’Achel se tournent eux vers la production d’encaustique et de produits de la ferme.

Mais celles-ci périclitent dangereusement à la fin du XXe siècle. Seule la supérette de produits belges de frère Martinus (toujours en activité !) assure encore quelques revenus grâce à la fréquentation régulière des frontaliers néerlandais. Les moines d’Achel décident alors la commercialisation d’une nouvelle bière.

C’est toutefois la brasserie De Kluis à Hoegaarden qui est d’abord sollicitée. Avant d’être rachetée par le groupe Interbrew, celle-ci fabriquait de la Vader Abt, maintenant disparue, qu’elle accepte de livrer à l’abbaye d’Achel sous le nom de Trappistenbier van de Achelse Kluis. Pour justifier l’appellation trappiste, les moines deviennent détenteurs de 5% de la bière d’Hoegaarden ! Subterfuge insuffisant pour convaincre la communauté des abbayes trappistes, la bière d’Achel doit être rebaptisée Sint Benedict. L’incendie de la brasserie De Kluis d’Hoegaarden en 1985 met fin à cette première expérience. Cette dernière est donc rachetée par Interbrew (Leffe, Tongerlo…).

La brasserie Sterckens à Meer prend alors le relai et livre sa Poorter sous étiquette Achel. Fin de l’expérience cette fois en 1990, et début de la coopération avec la brasserie De Teut…qui fait faillite en 1995.

Malheureusement (oups…) les moines d’Achel semblent ne pas y voir d’avertissement divin, et ils persistent. Sous l’impulsion d’un nouvel abbé venu d’Orval, la communauté acte en 1997 la création d’une brasserie associée à une cafétéria, destinées à capter les 500 000 habitants des 20km environnants et à proposer un but ou une halte aux nombreux cyclistes sillonnant la région.

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Et Achel se remis à brasser

Les premières bières sont brassées à partir de 1998 par frère Thomas qui souhaite « une bière de caractère, légère et désaltérante, sans aromates ni sucres, parfumée de cônes de houblon nature ».

Les Achel 4 (considérée comme bière de table), 5 (brune très légère) et 6 (blonde) sont alors servies uniquement au fut aux visiteurs de passage.

Mais les revenus sont toujours insuffisants. Embouteillage et commercialisation sont donc nécessaires, et une nouvelle bière, une Triple titrant 8%, est alors mise au point en 2001 à partir de la Achel 6. La version brune titrant également 8% suit en 2002. L’Achel 4 et 6 disparaissent, restent la 5 brune et une version 5 blonde proposée uniquement sur place. Enfin une brune à 9,5%, l’extra, est commercialisée également depuis fin 2002, et sa sœur blonde, l’extra 9,5° a suivie en 2004 (régulièrement produite à partir de 2007).

Jusque 2013 ces bières furent brassées par un moine de l’abbaye, mais ce dernier a depuis été remplacé par un employé laïc.

Achel 5°, pour se désaltérer sur place

Nous ne nous attarderons pas ici sur les bières pression, à consommer tirées au fût dans la cafétéria de l’abbaye.

Ce sont des bières légères, peu alcoolisées et peu sucrées. Comme pour l’Orval vert servie uniquement sur place ces bières ont peu de prétention et nous vous laissons juges si vous faites le déplacement. Tout juste regretterons nous à nouveau le cadre peu convivial de cette cafétéria. Au moins sa désignation est-elle fort juste. Vous faites la queue le plateau à la main, prenez vos bières ou vos pâtisseries, et la caissière en bout de chaîne calcule votre compte. Un peu dommage car le site ne manque pas de charme.

Nous n’évoquerons pas plus non plus l’extra blonde ou brune que nous n’avons pas goûtées sur place (étrange d’ailleurs car nous avons commandé tout ce qui se dégustait…). Il faudra que nous revenions ultérieurement sur ces produits qui divisent d’ailleurs les internautes…

Non, nous nous intéresserons ici à la triple d’Achel blonde 8° et à l’Achel brune 8°, aisément trouvables dans nos commerces. Et puisque nous ne sommes pas leurs meilleurs défenseurs, la parole est aux « experts » !

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Ils ont dégusté l’Achel 8

Récente parmi les bières trappistes, la technique de brassage et surtout de filtrage et de fermentation de la Triple a évolué avec le temps.

Comme c’est à lui que nous reprenons les riches informations ci-dessus, nous laisserons d’abord la parole à Jef Van den Steen.

Il décrit la triple blonde 8° ainsi : « elle exhale un nez finement houblonné, de séduisantes touches maltées et florales, augmentées d’une note liquoreuse. Le nez prometteur ne déçoit pas en bouche : la douceur initiale se déploie en saveurs fleuries et houblonnées. Cette bière charnue assure une bonne longueur en bouche d’une délicieuse amertume tempérée par le velouté de la note maltée ».

De l’Achel brune 8°, il affirme cette fois qu’elle présente « un nez qui dévoile d’abord une douceur légère que lui procure l’alcool, mais sans perdre sa fraîcheur, malgré sa haute teneur en alcool. Bien charpentée cette bière picote légèrement sur la langue. Douce sans être sirupeuse, elle regorge de notes de fruits mûrs et de café amer. L’amertume persiste en finale ».

Mais Jef Van den Steen l’avoue lui-même : beaucoup des brasseurs et des moines sont devenus des amis. S’il nous donne des pistes lorsqu’on l’interroge il n’affirme pourtant ouvertement aucune préférence et n’indique jamais dans son ouvrage qu’une bière lui déplaît.

Il nous faut donc chercher des avis disons, plus neutres.

Puisque nous avons déjà évoqué ce site de notation en ligne voyons ce qu’en pensent cette fois les amateurs du ratebeer (ratebeer.com).

L’Achel blonde 8 y est notée 3.74/5, après avoir été commentée par 1415 membres de la communauté. Elle partage sérieusement les buveurs qui laissent leurs appréciations. Par exemple « beachmaster », un membre originaire de l’Oklahoma, lui attribue la note de 4.4/5 et déclare que « le nez est sur le fruit et la levure, le goût fruité avec un peu d’amertume au final, de longueur moyenne. Tout à fait agréable », quand « konrril, » un danois, lui décerne un 3.2/5 et précise que « l’arôme est doux, épicé, malté, mais aussi un peu collant. Idem pour le goût, assez médiocre. La fin est relativement longue, pas particulièrement formidable, bref, ce n’est pas ma tasse de thé ».

L’Achel brune 8 obtient de son côté la note de 3.76/5, testée par 1408 personnes. De ce fait on retrouve dans les commentaires les mêmes désaccords.

« Lele », un amateur italien, lui donne un 4.8/5 et affirme qu’il s’agit là d’une « bière savoureuse et intense. De très belle couleur acajou sombre marron avec des reflets grenade. Au nez elle est caramélisée et légèrement liquoreuse. En bouche se représentent les mêmes arômes qu’au nez, avec en plus fruits sec et pruneau. Un chef-d’œuvre! », tandis que « mariuspoenari », des Pays-Bas, se contente d’un 3.2/5 qu’il justifie ainsi : « odeur de levure, de cuivre, de fruits secs. Le goût suit sur les mêmes notes aigres douces avec une impression métallique assez marquée. Moyennement longue en bouche, l’arrière goût est toujours aigre doux et très métallique ».

Mais après tout rien de très illogique que les avis soient aussi partagés sur ce genre de site (quoique certaines de nos boissons préférées y fassent presque l’unanimité…).

Voyons donc du côté des vendeurs la façon dont ils présentent les bières d’Achel.

Le site saveurs-bières.com (n°1 de la vente de bières en ligne) indique que l’Achel blonde 8: « apparait dans le verre drapée d’une robe ambrée et présente ainsi un nez aromatique, rond et doux où l’on retrouve aisément la présence des esters, et les senteurs de malt assez doux qui évoquent des raisins bien murs de vendanges tardives. En bouche, l’entrée est agréable, franche, ronde, veloutée, douce avec une pointe d’amertume et d’âcreté évoquant une pelure de pamplemousse bien mûr. L’ampleur en bouche est longue avec un corps ample et on note une post-amertume pas trop sèche toutefois. Une douceur maltée miellée domine l’ensemble ».

Pas d’avis de leur biérologue sur l’Achel brune 8.

C’est donc sur l’empiredumalt.fr que nous sommes allés chercher la description suivante : « au nez, elle dégage des odeurs florales d’intensité moyenne à forte parmi lesquelles on distingue les épices et le houblon. Sa bouche est épicée, très ronde, la texture épaisse et agréable. »

Inutile de multiplier les notes de dégustation à l’infini.

Surtout que nous ne nous inquiétons pas.

Si nous ne vous avons probablement pas encore convaincus de la qualité des bières d’Achel, nous savons que nous pourrons bientôt compter sur vos nombreuses appréciations personnelles puisque, comme nous d’ailleurs, il y a fort à parier que, cet article fini, vous allez chercher à vous faire, ou refaire, votre propre opinion.

Alors qui sait, bonne dégustation peut-être! Même si on vous aura prévenu…

Y a des trappistes dans le Ratebeer !

Sans titreEt voilà, les amateurs de bières du monde entier ont rendu leur verdict 2015.

Pardon ? Vous ne connaissez pas Ratebeer ?

Oups, une mise au point s’impose alors.

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Ratebeer, c’est un site Internet (www.ratebeer.com), lancé par Joe Tucker, un Californien, il y a près de 20 ans. Son principe est aujourd’hui simple : vous vous inscrivez et à chaque fois que vous dégustez une bière vous vous connectez pour la décrire et la noter.

Chaque bière se voit ainsi attribuer une note qui dépend du nombre d’évaluations, de celle reçue également par la brasserie, de l’expérience de la personne donnant la note (un nouveau membre compte moins que celui qui commente sa 100e bière sur le site).

Si son fondateur affirme ne pas chercher le profit, son site a une influence grandissante. 1,4 millions d’internautes s’y connectent chaque mois. Et qui a nommé la Wesvleteren XII meilleure bière du monde ? Et bien le classement Ratebeer.

Alors qu’on mette les choses au point tout de suite : il y a bien des critiques et des remises en cause à faire du classement général comme des classements particuliers.

Avant tout la surreprésentation des bières et des dégustations états-uniennes, qui tiennent à l’origine du site. Mais bon, comme c’est bel et bien une trappiste qui trône en haut du classement, on veut bien en parler ici.

Du classement général 2015 d’abord, tous styles de bières confondus.

Innovation

Cette année, Ratebeer a innové. Ils ont organisé un festival, une grosse soirée, et ils ont nommé 100 bières comme étant les meilleures du monde. Pourquoi pas. C’est plutôt malin, comme l’est ce principe de notation collective.

Parmi celles-ci (données par liste alphabétique), on trouve alors les Rochefort 8 et 10, ainsi que les Westvleteren 8 et XII. On notera tout de même la présence de 71 bières états-uniennes dans les 100…

Ensuite, si on cherche un classement plus précis, il faut chercher par catégorie. Rapide pour nous, puisque nos trappistes chéries ne figurent que dans une seule du classement 2015 : Belgian Style Strong Ales.

Côté trappistes

C’est la Wesvleteren XII qui obtient la médaille d’or et se classe numéro 1. Mais cette médaille est partagée avec la Rochefort 10 (2e), la Westvleteren 8 (3e) et, pour info, la Struise Pannepot reserva (brassée par De Struise Brouwers à Oostvleteren, ce qui ne s’invente pas !) ainsi que la Saint Bernardus 12. Soyons francs, ce classement provoque chez l’Abbet un début de pâmoison. Quelle belle liste…

Viennent ensuite, médaille d’argent, la Rochefort 8 (10e), puis médailles de bronze la Trappe Quadrupel (13e…derrière la Triple Karmeliet…y a des claques qui se perdent…) et la Chimay bleue (14e).

Un classement intrigant

Ce classement a de la gueule, les 15 bières proposées sont (presque) toutes d’excellentes factures.

Mais ensuite, plus rien ! Plus de bière trappiste dans les autres catégories. Et il faut bien reconnaître que du coup ces classements nous laissent très dubitatifs. Pourquoi? Parce que si on s’intéresse aux classements «en continu» que publie le site, on trouve bien plus de trappistes. Des exemples? D’accord. Cela vous évitera de fastidieuses recherches.

Le 1er février à midi (et oui, ça bouge !). Au classement général, la Wesvleteren XII occupe ce matin la 1ère place (note de 4.43 sur 5, 3529 avis). On opine du chef, néanmoins on ne peut s’empêcher d’y voir un «effet de mode». Pour être plus clair, la Westvleteren XII a contribué fortement à la médiatisation du site Ratebeer. Mise alors sur le devant de la scène, devenue «mythique», les internautes entretiennent cette notoriété renforcée par la rareté de ce breuvage. Mais nous validons, bien sûr !

On trouve ensuite dans ce classement la Rochefort 10 à la 12e place (4.30 sur 5), et la Wesvleteren 8 à la 32e place (4.22).

Dans la catégorie «Dubbel abbey», la Westmalle double se classe 2e, la Chimay rouge 4e, et la Trappe double 26e.

Catégorie «abbey triple» (1ère la triple karmeliet ! Ce qui peut nuancer la suite…) la Westmalle triple est 9e, la Chimay triple 13e, l’Achel blonde 26e. Cette dernière mention le confirme : n’accordez pas d’importance au classement de cette catégorie…

Dans les «Abbaye quadruple» la Westvleteren XII est 1ère, la Rochefort 10 2e, la Trappe quadruple Oak aged 20 (correspond au numéro de brassin de cette bière vieillie en fût) 3e, la 21 8e, la 22 9e, la 19 16e, l’Achel extra bruin est 7e, la Trappe quadruple 17e, la Trappe Quadrupel Quercus Eikenvat gelagerd Batch #1 36e (ça existe çà ???).

En catégorie «Belgian Ale» Orval est 1ère, la Westvleteren blonde 2e, la Trappe Isidor 45e

Chez les «Belgian strong Ale» la Westvleteren 8 est 1ère, la Rochefort 8 5e, la Chimay bleue 11e.

Parmi les blanches… On ne trouve aucune mention de la Trappe Witte.

Bref, jugements douteux, catégories mouvantes, absences criantes…mais tout de même quelques qualités.

D’abord, parcourir ce site est une leçon d’humilité.

Si vous avez l’impression de vous y connaître quand vous arrivez chez votre brasseur, les listes vertigineuses de breuvages maltés que recense Ratebeer.com vous renvoient à votre fragile condition de perpétuel novice en la matière.

Ensuite, passé l’éventuel abattement lié au constat précédent, il vous vient une furieuse envie de découvrir certaines brasseries qui semblent vraiment intéressantes.

Dans le cas du présent rédacteur : la Brasserie 3 fontaines (Belgique), la brasserie Dieu du ciel (Québec), la bière «Révolution au paradis» (brasserie le Paradis à Blainville sur l’eau, en Meurthe et Moselle) ou la «bavaisienne ambrée» de la brasserie Theillier, qui paraît meilleure qu’on ne l’imaginait.

Vous l’aurez donc compris, les classements de Ratebeer sont indicatifs. Mais ils donnent envie de découvrir des bières, et ça, ça nous plaît.

Vous êtes des champions !

podium-1060918_640Voilà 24 jours que vous êtes plusieurs à relever quotidiennement le défi des devinettes de notre calendrier de l’avant trappiste. Bravo !

Vous avez joué parfois au «feeling», vous avez parfois écumé les sites spécialisés, vous êtes même parfois revenus plusieurs jours après sur des réponses qui ne vous satisfaisiez pas. Double bravo !

Vous avez été ponctuels au rendez-vous, vous avez joué occasionnellement, vous avez cherché les réponses mais n’avez pas eu le temps ou le courage de nous les soumettre. Bravo quand même !

Vous avez argumenté vos réponses, vous avez indiqué le raisonnement qui vous y amenez, vous n’avez même pas hésité à nous reprocher imprécisions et tournures discutables. Encore bravo !

Nous avons pris plaisir à vous lire comme à vous proposer nos questions, vous comme nous avons saisi cette occasion pour peaufiner nos connaissances de ces breuvages remarquables et, nous le savons, en avons tous profité pour découvrir ou redécouvrir certaines de ces  bières un peu méconnues.

Alors certes, personne n’a réussi de sans faute, mais vos résultats sont plus qu’honorables et  nous vous remercions d’avoir partagé ce moment avec l’Abbet pendant ce mois de décembre.
Voici donc nos réponses :
1er décembre

Bière brassée au Pays-Bas, je suis une trappiste légère. Pour mon brassage, les moines utilisent des ingrédients de haute qualité et biologiques. Issue d’une culture biologique d’un houblon acheté directement auprès des agriculteurs, je suis certifiée SKAL. Je suis la Trappe Puur.

2 décembre

Initialement bière de Noël, j’apparais en 1956. Mon succès pousse la communauté monastique à finalement poursuivre ma fabrication toute l’année. Je deviens alors la deuxième bière brassée par l’abbaye. Je suis la Chimay bleue.

3 décembre

Titrant 6,9°, je présente dans mon verre une mousse aussi dense que la neige qui couvre souvent mon pays natal. Mon nom rend hommage à un des pères abbés, à l’initiative entre autre de la fresque «Les neuf chœurs d’anges avec leur reine Marie», qui orne la coupole de l’église de mon monastère. Je suis l’Engelszell Benno.

4 décembre

Même si le sucre candy figure dans ma recette, mon amertume me rend unique au sein des bières trappistes. On apprécie autant mes arômes que le flacon qui les préserve. Bière hermaphrodite, on me commande au masculin comme au féminin. Je suis l’Orval.

 5 décembre

Breuvage rare et remarquable, je ne me distingue de mes deux consœurs que grâce à ma capsule bleue claire. Je suis la Westvleteren 8.

6 décembre

S’il est bien indiqué «bière trappiste» sur mon étiquette, inutile toutefois d’y chercher le logo ATP. Je suis la Mont des Cats.

7 décembre

Ma petite sœur titrant 5° ne se boit qu’à l’abbaye. Je partage sa couleur mais affiche 8° sur mon étiquette blanche et beige. Je suis l’Achel blonde.

8 décembre

Je commence à peine à apparaître dans les boutiques spécialisées mais mon arrivée épargne aux amateurs la traversée des océans pour venir à ma rencontre. Je suis la Spencer.

9 décembre

Si Orval a sa truite moi j’ai mon oiseau huppé sur l’étiquette. Je suis la Zundert.

 10 décembre

Contrairement à ma grande sœur, plus célèbre, je ne suis fermentée qu’une fois, et mon nom est dû à la bouteille qui me contenait jadis. Je suis l’Orval vert.

11 décembre

Les hommes pensent probablement à mon pays comme celui des brunes piquantes ayant beaucoup de caractère. Mais je suis blonde ! Je suis la Tre Fontane.

12 décembre

Parmi mes sœurs, je suis la première à avoir été vendue. C’est donc en toute légitimité que je me nomme parfois «première». Je suis la Chimay rouge.

13 décembre

Apparue en 2009, je suis la seule de mes sœurs à porter le nom d’un brasseur, dont on fêtait cette année là le 125ème anniversaire. Je suis la Trappe Isidor.

14 décembre

Plusieurs fois reconnue comme la meilleure bière du monde, je suis aussi la seule de mes sœurs à m’être vendue temporairement pour sortir mon abbaye d’une crise financière. Je suis la Westvleteren 12.

15 décembre

Je suis aussi une bière brune. Je suis aussi apparue initialement comme bière de Noël. Je viens aussi des Ardennes. Mais je ne suis pas la bière de la devinette du 2 décembre. Je suis la Rochefort 8.

16 décembre

Je viens d’une abbaye trappiste qui brasse depuis 1836. C’est elle qui invente mon «type» de bière ce qui me vaut le surnom de «mère de toutes les triples» même si la finesse de mes bulles me valurent également l’autre surnom de «champagne campinois». Je suis la Westmalle triple.

17 décembre

On me surnomme «la Merveille», ce qui n’est pas usurpé. Je suis la Rochefort 10.

18 décembre

Avant que Scourmont ne fasse de même, j’étais la seule bière trappiste vieillie en barriques de bois. Je suis la Trappe Quadrupel Oak aged.

19 décembre

Longtemps réservée aux seuls moines de l’abbaye, on peut dorénavant venir me chercher sur place quelques heures par semaine. Je suis la Westmalle extra.

20 décembre

Née en 1926, je ne suis peut-être plus toute jeune, mais encore naturellement brune, assez ronde et pleine de vivacité. Tends-moi tes lèvres, j’y laisserai une mousse crémeuse, et tu seras conquis par ma légèreté (7°). Je suis la Westmalle Dubbel.

21 décembre

C’est bien ma saveur qui est dû au houblon saphir et non ma couleur, pourtant unique… Je suis la Trappe Witte.

22 décembre

L’anagramme de mon nom est un synonyme de bateau. Je viens pourtant d’un pays sans côte. Je suis l’Engelszell Nivard.

23 décembre

Pendant des décennies, je menais une existence paisible dans une abbaye belge.  On m’a ensuite mise sous pression pour que je me livre aux visiteurs, et c’est en cédant à une nouvelle pression, commerciale cette fois, que je me vends maintenant à tous. Je suis la Chimay dorée.

24 décembre

Bière la moins vendue par l’Abbet lors de la soirée du 21 novembre, je gagne pourtant à être goûtée ! La preuve, j’ai remporté la médaille de bronze dans ma catégorie aux European Beer Star Award du mois dernier. Je suis la Trappe Dubbel.
Vous avez calculé votre score ?

Nous aussi !

On vous communique donc les résultats dans l’après-midi, après la sieste digestive 😉

Ainsi naquit… l’ABBET…

Si l’on se fie à la littérature, l’ABBET a des origines très anciennes. Ainsi, Schopenhauer écrivait, dans le Monde comme volonté et comme représentation, que « l’Etat n’est que la muselière dont le but est de rendre inoffensive l’ABBET » (1818). Quelques années plus tard, Emile Zola écrivit quant à lui l’un de ses plus grands romans, l’ABBET Humaine, anecdote de l’histoire de la famille Lantier, ravagée par l’alcool. A les lire, l’ABBET peut apparaître comme un rassemblement de rebelles alcooliques.

La réalité est toute autre. Et si l’on peut trouver flatteur que de tels fantasmes soient nourris à son égard, l’ABBET ne reste qu’un simple rassemblement, d’hommes et de femmes, unis dans l’épicurisme par la plus fraternelle des amitiés.

Tout a commencé en 2014, par un matin de printemps comme les autres : le soleil brillait, les oiseaux chantaient, les cerisiers étaient en fleur, et les distributeurs de billets étaient en panne. Ce matin-là, cinq amis étaient sur le départ, Grand Place de St-Omer (Pas de Calais) : Max, Manu, Oliv, Nico, et Greg, déjà amateurs de bières trappistes, mais soucieux de combler d’éventuelles lacunes en ralliant, en trois jours, la totalité des abbayes trappistes Belges et Néerlandaises : Westmalle, Achel, La Trappe, Rochefort, Orval, Chimay, Westvleteren.

Tout était prêt : le trajet enregistré, les tentes vérifiées, et surtout, précaution indispensable : le tour des roulements des conducteurs était établi, après quelques négociations… Nous voilà donc partis, et c’est sans encombre que s’achèvera cette première journée. Quel bonheur d’arriver à notre première étape, Westmalle ! Enfin, nous voyons l’abbaye, qui depuis plusieurs années ne nous était connue qu’à travers ses produits. Enorme avantage de cette abbaye, son architecture fort moderne laisse davantage de temps à la dégustation de la double et de la triple. Une surprise de taille nous attendait ensuite à Achel, à savoir la dégustation de leurs quatre spécialités. Quelle apothéose enfin, avec l’abbaye de Koningshoeven, dont la bière, la Trappe, se décline en pas moins de huit pressions ! Tout n’a pas été simple cependant : ce premier jour nous apprend que le tour des trappistes se mérite, et qu’une certaine vaillance est nécessaire: la restauration à Tilburg, difficile, et surtout la météo, hostile, ont bien failli ternir la journée! L’un d’entre nous n’a-t-il d’ailleurs pas, d’après ses propres dires, failli trépasser le soir, la température ayant été, je cite, « la plus basse qu’il n’ait connue dans sa vie » ?

Le lendemain, une étape supplémentaire est décidée en début de journée : nous ne sommes qu’à quelques encablures de Ciney, où, naïvement, nous pensions brassée la bière de même nom. Une fois au village, la place nous séduit, mais le soleil attise la soif, et nous cherchons désespérément la brasserie. L’Office du Tourisme nous explique que nous nous sommes fourvoyés : en effet, la Ciney n’est pas brassée sur place, mais par Grimbergen ! Un estaminet ayant retenu notre attention, nous décidons tout de même d’y rester pour déjeuner. Les spécialités de la maison, cuisinées à l’Orval, la Gauloise, jusqu’alors méconnue, nous redonnent la vie, et c’est dans une atmosphère de gaieté que nous arrivons ensuite à Rochefort. Un crochet par l’abbaye, que nous ne pouvons visiter qu’en partie, puis un bar local, pour la dégustation des fameuses 6, 8 et 10. L’ambiance de la ville, en fête, nous confirme dans notre gaieté et notre soif de découvertes. C’est donc dans d’excellentes conditions que nous parvenons à Orval, magnifique abbaye dans un écrin de verdure. Sans doute est-ce cette verdure qui a inspiré les moines pour nommer une de leurs bières, que nous découvrons sur place. A moins qu’il ne s’agisse que d’un produit manquant de maturité. Mystère…

La matinée du troisième jour est fraîche est brumeuse. Les tentes humides sont repliées, et peu après avoir salué nos hôtes, nous nous dirigeons vers l’abbaye de Scourmont, dans la commune de Chimay. L’atmosphère change, la dégustation de leurs quatre bières se fait dans une ambiance inattendue… Arrive alors la dernière abbaye de notre périple, St-Sixtus. Est-ce parce que c’est notre dernière étape, ou bien parce qu’elle est si difficile à trouver, ou encore que nous en entendions parler depuis si longtemps, que la sensation de pèlerinage se fait sentir lorsque nous passons son porche ? Peut-être un peu de tout cela…

A l’issue de ce voyage, nous retournons vaquer à nos occupations quotidiennes. Des étoiles plein la tête (et des bulles plein l’estomac), une douce nostalgie nous envahit, en même temps qu’une certitude, celle de recommencer. D’autant plus que nous avons constaté que nous n’étions passés qu’à quelques kilomètres, sans le savoir, de l’abbaye de Zundert, reconnue comme trappiste peu de temps auparavant. Une autre idée s’impose également, celle de faire découvrir ce magnifique patrimoine injustement méconnu. Quoi de mieux qu’une association pour cela ? C’est ainsi que quelques mois plus tard est créée l’Amicale des Buveurs de BièrEs Trappistes, pour que la prochaine fois, vous nous accompagniez.