Emmanuel Moutot : « Il y a quelque chose de rassurant dans le goût des trappistes »

La rentrée approche à grands pas, aussi il est temps de boucler notre série de l’été ! Pour cette dernière interview, nous laissons la parole à Emmanuel Moutot qui, après avoir été caviste pendant plusieurs années dans le douzième arrondissement de Paris, se lance aujourd’hui dans le brassage artisanal, avec comme objectif l’utilisation de l’eau de la source présente sur le site de la brasserie.

Bonjour Emmanuel. Peux-tu te présenter rapidement ?

 Actuellement agent commercial en vins, j’ai suivi une formation d’œnologie puis suis devenu caviste dans un magasin à Paris. Je crée par ailleurs en ce moment avec quelques associés une brasserie artisanale en Isère.

En tant que caviste, comment sélectionnes-tu les bières que tu proposes à la vente ?

 Ma sélection de bières a beaucoup évolué au cours de mon expérience de caviste mais les brasseries belges traditionnelles ont toujours eu une large part dans ma gamme.

La dégustation est le point clé dans la sélection des produits. Mais il apparaît également nécessaire de retirer des références qui ne tournent pas suffisamment et de se démarquer de grosses enseignes qui se sont elles aussi orientées dans la vente de bières de qualité comme les trappistes.

Lors de mes dernières années comme caviste, ma gamme a ainsi pris une orientation plus française avec la mise en avant de toutes petites brasseries souvent en bio refusant la vente en grande distribution.

Il y a très souvent eu des trappistes dans tes sélections. Les Parisiens ont-ils un attrait particulier pour ces bières ?

Je ne crois pas que beaucoup de Parisiens distinguent les trappistes des autres brasseries réputées de Belgique mais ils portaient à l’époque un intérêt (il y a maintenant quatre ans) pour ce style de bières.

Quelle en est la raison ?

A mes yeux, c’est par leur côté connu que ces bières les attirent. Il y a quelque chose de rassurant dans le goût des trappistes. Ma gamme de trappistes a donc permis de lancer la vente de bières dans une cave qui n’en vendait que de manière anecdotique avant cela.

Par la suite, j’ai orienté cette clientèle vers des nouveautés moins connues mais tout en préservant les grandes classiques dans ma gamme, mes propositions et mes ventes

Y’en a-t-il une qui a plus de succès que les autres ? Si oui, laquelle, et pourquoi ?

Parmi les grandes classiques, Orval et Chimay sont celles qui se vendaient le mieux. Bières connues dans une gamme très diverse ? Le fait de ne pas trouver Orval partout également ?

La Trappe a également a eu un joli succès à la cave (malgré son origine lointaine…). La Puur et la White se démarquaient bien et m’ont permis de sortir ma clientèle de la gamme des classiques.

Les clients sont-ils en général demandeurs d’explications sur l’origine de ces bières ?

Certains connaissent bien et n’en ont pas besoin, mais tous sont contents d’en apprendre un peu plus en venant chez le caviste du quartier.

Si oui, les leur donnes-tu ?

Toutes celles que je connais, oui bien sûr…

Quelle est ton opinion personnelle sur les bières trappistes ?

Les trappistes ne représentent pas un univers très homogène à mes yeux. D’un côté, certaines ont fait le choix d’une production proche des industrielles, dans la distribution en tout cas. De l’autre certaines sont introuvables. Pour revenir sur la Trappe, eux ont fait le choix de la nouveauté et cela donne des résultats plutôt intéressants.

Mon goût va cependant aujourd’hui vers des bières moins alcoolisées et moins sucrées que les bières de style « belge » traditionnel.

As-tu eu l’occasion de toutes les goûter ? As-tu des préférées ?

Je crois avoir goûté des bières de toutes les brasseries (sauf si on commence à parler des nouvelles trappistes…) mais pas toutes les recettes. Je reviens régulièrement vers l’Orval avec beaucoup de plaisir.

Tu te lances avec une petite équipe dans le brassage professionnel, certaines trappistes vous inspirent-elles dans l’élaboration de votre bière ? (Aussi bien sur le plan gustatif que commercial)

Non, je ne crois pas que cela soit la direction que nous prenons. Mais une collaboration avec les moines du monastère de la Grande Chartreuse c’est mon rêve ! (ndlr : la brasserie, installée dans l’ancienne scierie des Michallets, se trouve à Saint-Pierre-de-Chartreuse à quelques minutes du monastère).

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Merci Emmanuel, et l’équipe de l’ABBET vous souhaite bonne chance, à toi et tes associés, dans cette belle aventure ! « A suivre sur www.facebook.com/lesmichallets « 

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Au vu de ces réponses, il apparaît donc que même dans des villes où la bière n’est pas forcément ancrée dans la culture, ou en tout cas moins que le vin, les bières belges en général et les trappistes en particulier sont remarquées et appréciées, et que beaucoup de consommateurs sont à la recherche de produits de qualité. Un tel intérêt ne peut être qu’encouragé, et la démarche des cavistes à la recherche de variété et d’originalité louée ! Nul doute que la diversité croissante des bières trappistes permettra à l’avenir de prolonger davantage cette tendance rassurante…

Romain Didelot: « la bière trappiste reste le nec plus ultra pour certains consommateurs »

Tout l’été, l’Abbet rencontre des passionné(e)s de bières pour évoquer les trappistes. Cette semaine, rencontre avec Romain Didelot, serveur à Ah la pompe à bière, cave et bar à bières dans le 19e à Paris.

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Depuis combien de temps êtes-vous serveur a Ah la pompe à bière ?

Cela fait maintenant deux ans que j’y travaille.

 

Ah la pompe à bière fait souvent des soirées axées sur une brasserie ou une abbaye, vous avez déjà fait des soirées spéciales Trappe et Chimay notamment, comment sont perçues ces bières trappistes par vos clients ?

Il y a différents types de consommateurs, les néophytes qu’il faut donc disons plutôt éduquer : sur le goût, les différents styles, l’histoire des brasseries, les différents labels, etc… Ce type de consommateur, qui est la plupart du temps davantage plus averti sur le vin, est généralement agréablement surpris de certaines similitudes que l’on peut retrouver dans la dégustation de ces deux boissons.

Le consommateur averti, lui, revient souvent pour la qualité des produits proposés. De manière générale, je dirais que la bière trappiste leur est donc perçue comme un produit de grande qualité, plutôt noble, à la fois raffiné et robuste, on reste souvent sur des produits typiquement belges. Bien que je trouve que ce label soit encore sans doute un peu trop méconnu en région parisienne, une bonne partie des consommateurs savent désormais le différencier avec celui des bières dites d’abbayes reconnues.

 

Comment avez-vous découvert les bières trappistes ?

Je suis d’origine nordiste. Ayant grandi en métropole lilloise, les bières trappistes restent des produits facilement visibles, que ce soit dans le commerce ou la restauration. Je me rappelle du design de certaines bouteilles trappistes, comme Chimay et Orval par exemple, qui les différencie nettement des autres produits en rayon. Ces bouteilles attirent l’œil, et attisent forcément une certaine curiosité. Je les ai découvertes plus en détail par le biais de dégustations entre amis, en terrasse à Lille ou en Belgique notamment à Tournai et Bruxelles.

 

Y a-t-il une demande particulière sur les bières trappistes ici ? Si oui, depuis combien de temps ?

Il y a une demande car la bière trappiste reste le nec plus ultra pour certains consommateurs. Bien que le phénomène de la craft beer et de la micro-brasserie explose actuellement dans la région, il y a toujours une grande demande chez le client, et fait que je trouve à la fois intéressant et rassurant, ces clients se répartissent sur différentes tranches d’âge. Même si la bière trappiste peut éventuellement souffrir d’une image disons peut-être un peu vieillissante, ces bières font tout de même partie du patrimoine brassicole mondial. De ce fait, elles attirent un public très large. 

 

Quelles trappistes proposez-vous, et comment les avez-vous sélectionnées ?

Nous les proposons dans leur plus grande diversité. Seules les Wesvleteren et une partie de la gamme Spencer nous manque, faute de distributeur dans la région.

 

Les consommateurs s’intéressent-ils à l’histoire, l’origine des bières trappistes ?

Nous les avons réunis ensemble au sein du magasin, afin de mieux mettre en évidence ce label qui les unit. À partir de là, cela interpelle le consommateur. Il y a donc tout d’abord une curiosité, qui nous l’espérons, éveillera un intérêt de leur part sur l’histoire de ces bières.

 

Quelle est la trappiste la plus vendue ? Pour quelle raison à votre avis ?

Sans aucun doute l’Orval. Du fait je pense de sa rareté et de son format unique, mais aussi de son amertume prononcée, car le public parisien est friand des bières fortement houblonnées. De plus, son taux d’alcool, disons modéré, rassure le client parisien, souvent moins aventureux sur des bières de plus de 9°.

 

Pour finir, quelle est votre préférée ? Pourquoi ?

La Chimay Première, car je la trouve idéale car assez légère, élégante, populaire et bon marché. Elle se boit très bien en apéritif, ou en accompagnement d’un repas. Je l’ai toujours utilisée pour la cuisine à la bière, c’est un produit vraiment complet.

 

Merci Romain! Et n’hésitez pas à découvrir Ah! La pompe à bière, 7ter Duvergier, 75019 Paris

Jean-Claude Servais: « les ruines médiévales au milieu de la nature sont un lieu magique »

Dans notre série estivale d’interviews, nous avons eu la chance que l’auteur de bandes dessinées Jean-Claude Servais ait pris le temps de répondre à quelques questions.

Né le 22 septembre 1956 à Liège, Jean-Claude Servais suit de 1974 à 1976 des études à l’Institut Saint-Luc de Liège en section Arts Graphiques.

Il a collaboré avec le journal de Spirou et l’hebdomadaire Tintin. Depuis 1992, il travaille pour la prestigieuse maison d’édition DUPUIS, qui le décrit par ces mots : « Dessinateur réaliste et sensible, dans la tradition des grands graveurs du XIXème siècle, amoureux de la nature, Servais est un merveilleux conteur. »

En 2009, il publie une série en deux tomes intitulée Orval. Une bonne raison pour l’Abbet de l’interroger sur l’abbaye, mais également sur les bières trappistes.

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Vous êtes belge. Commençons donc par un cliché ou une question rhétorique. Appréciez-vous la bière ?

C’est l’évidence même !

 

Quel type de bière a votre préférence ? Que pensez-vous des bières et produits trappistes ?  

Les bières houblonnées ayant une certaine amertume. Je n’aime pas les bières sucrées.

Les bières trappistes sont pour moi un label de qualité.

 

Vous êtes l’auteur d’un ouvrage sur Orval, paru en 2009 aux éditions Dupuis. D’où vous est venue l’idée de dessiner l’histoire de cette abbaye mythique ?

C’est un ami médecin à Florenville qui m’a lancé ce défi, il est président de l’association historique d’Orval « Aurea Vallis ».

[Il s’agit de Marc HEYDE. Plus d’informations sur le site de l’association : http://www.orval-patrimoine.be/index.php/l-asbl/presentation]

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http://www.dupuis.com/orval/bd/orval-tome-1-orval-tome-1-2/19813

 

Comment vous êtes-vous documenté ? Quelles sources avez-vous utilisées ?

J’ai lu le livre de l’histoire d’Orval du Frère Grégoire qui était à l’époque la seule source. [L’Abbaye d’Orval : Au fil des siècles, Editions Serpenoise 2002]

http://www.orval-patrimoine.be/telechargements/publications/abbaye-orval-fil-siecles.pdf

Ce livre avait été écrit sur la base de celui de l’Abbé Tillière, livre devenu indisponible. [L’abbé Nicolas Tillière avait rédigé une histoire de l’abbaye en 1897, rééditée à plusieurs reprises au XXe siècle.]

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Pouvez-vous nous parler de l’édition spéciale de 2012 de votre ouvrage ?

Dupuis sort des éditions spéciales de mes livres car un grand groupe de collectionneurs suivent mes sorties.

Cette édition contient un dossier de 18 pages en fin de tome « Orval, histoire de l’abbaye » par Marc Heyde.

 

Avez-vous eu la chance de pénétrer dans des lieux de l’abbaye interdits au grand public ? Si oui, lesquels ?

Oui, j’ai eu l’occasion de passer dans la zone réservée aux moines ainsi que de visiter des souterrains non ouverts au public qu’on venait de découvrir.

 

Quelle est l’importance de la bière pour les moines de l’abbaye d’Orval ?

La bière est produite pour subvenir aux besoins de l’abbaye pour ne pas dépendre financièrement des citoyens.  Avec le temps et sa qualité, la bière fait la renommée d’Orval.

 

Pouvez-vous évoquer à nos lecteurs le mythe qui entoure l’abbaye d’Orval ?

Il y a toujours des mythes autour des abbayes, c’est un monde secret qui jadis était caché.  A Orval, sa destruction à la révolution et sa reconstruction dans les années 1930 sont des évènements très spectaculaires. [Nous vous présenterons dans un prochain article la légende de l’abbaye, que vous connaissez déjà, si vous avez participé à l’un de nos Trappist tour.]

 

Quelles sont les raisons que vous évoqueriez pour donner envie à nos lecteurs de visiter les ruines de cette abbaye ?

La vallée est un site exceptionnel.  Les moines, comme je l’explique dans la BD, mettaient du temps pour rechercher le lieu adéquat pour construire leur abbaye.  Les ruines médiévales au milieu de la nature sont un lieu magique.

 

Avez-vous été en contact avec des moines, en particulier ceux qui s’occupent du brassage ?

J’ai bien sûr rencontré les moines lors de la réalisation de la BD.  Ils étaient très enthousiastes.  Aujourd’hui, ce sont des laïcs qui fabriquent la bière.  Seul Frère Xavier, l’économe de l’abbaye, intervient dans la gestion de la brasserie.

 

Avez-vous envisagé de vous pencher sur d’autres abbayes trappistes dans le futur ?

Non ! On me l’a souvent demandé.  J’aime bien changer de sujet au fur et à mesure des albums.

 

Si vous deviez décrire la bière d’Orval, quels adjectifs emploieriez-vous ?

Unique.

 

En tant qu’artiste, que pensez-vous de la forme particulière de la bouteille d’Orval ?

La bouteille est en forme de quille. A ma connaissance, ce doit être la seule.

 

Pour terminer, nous avons une question à laquelle nous n’avons pour le moment aucune réponse : doit-on dire « un Orval » ou « Une Orval » ?

Les gens du pays disent « un orval ».

Les étrangers disent « une orval ».

C’est une façon de les reconnaître !  Sinon, je n’ai jamais lu d’explications précises à ce sujet !

 

 

 

Antoine Gomel: « j’ai trouvé de la Chimay au fin fond de la Roumanie »

Tout l’été, l’Abbet rencontre des passionné(e)s de bières pour évoquer les trappistes. Cette semaine, rencontre avec Antoine Gomel, brasseur amateur.

 

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Antoine, instit et agriculteur (producteur de poulets bio et de bœuf), brasseur amateur depuis 8 ans (environ 700L par an) et amateur de bière évidemment.

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Comment t’est venue l’idée de faire ta propre bière et de la commercialiser ?

Mon coloc avait eu comme cadeau il y a une dizaine d’années un kit de brassage Brouwland. J’ai fait ça avec lui. Dans le même temps j’avais un collègue qui brassait un peu, j’ai donc fait un brassin avec lui. Le coloc n’ayant pas le temps de faire ça j’ai emprunté son matos, j’en ai acheté pour compléter et j’ai réalisé mon 1er tout grain. Raté… Les suivants pas top non plus et petit à petit ça s’est amélioré.

Depuis quelques années, j’ai trouvé un nouvel acolyte pour brasser, Alex, et c’est aussi le fait de travailler en duo qui a fait s’améliorer les cuvées.

 

Quel est le type de bières que tu produis ?

De la blonde, de l’ambrée, de la triple, plus quelques spéciales de temps à autre (blonde au frêne, blonde fumée par exemple).

 

Quel est ton type de bières préférées ?

J’apprécie beaucoup les bières trappistes justement, les bières belges plus généralement et aussi quelques locales de mon coin (anosteke, quentovic par exemple)

 

Quelles sont tes bières trappistes préférées ?

La Westmalle triple, la Trappe triple, l’Orval.

 

Quelles sont, selon toi, les bières trappistes les plus appréciées ?

Je pense que les blondes ou triple passent mieux que les brunes, ensuite je pense que la Chimay est tellement connue que c’est une des plus appréciées du grand public.

 

Les consommateurs de bières que tu rencontres s’intéressent-ils à l’origine de la bière ?

Oui, quand ils achètent de la bière locale, ils sont aussi à la recherche d’originalité, d’une histoire, pour faire la différence avec un achat en grande surface.

 

D’ailleurs, penses-tu que le fait d’avoir un label « bière trappiste » favorise la vente de cette bière ?

Oui je pense, on a l’impression d’être un vrai amateur en achetant une bière trappiste, de faire la différence avec ceux qui achètent de la Leffe ou de la Goudale. Ça peut vite devenir un truc commercial comme Chimay. Je suis allé voir le musée à Chimay, il n’y a plus rien de trappiste pour autant ça cartonne. Pour la petite histoire j’en ai même trouvé dans un supermarché au fin fond de la Roumanie il y a quelques années.

 

Comme il n’y a pas que la trappiste, peux-tu nous donner une de tes bières « coup de cœur » ?

J’aime beaucoup la gouden carolus triple.

 

Merci Antoine! Et ne ratez pas la semaine prochaine l’interview du dessinateur Jean-Claude Servais…

Audrey Claessens: « mon oeuvre prendra place sur le rond point en face de la brasserie! »

Tout l’été, l’Abbet rencontre des passionné(e)s de bières pour évoquer les trappistes. Cette semaine, rencontre avec Audrey Claessens : tailleuse de pierre originaire du Hainaut.

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Bonjour Audrey ! Une tailleuse de pierre sur un site consacré aux bières trappistes… Peux-tu nous expliquer quel est ton projet en lien avec notre univers ?

J’effectue l’année prochaine ma 6e année de tour de France comme future compagnon tailleur de pierre. Après des années passées à Rouen, Angers, Nîmes, Salzburg et La Rochelle, je serai basée en 2018 à Lille où je réaliserai mon chef d’œuvre. Or j’ai le projet de réaliser pour cela un grand calice Chimay en pierre bleue de Belgique, sur le modèle du verre actuel, d’1m10 de haut plus 5 cm pour l’insérer dans un socle en béton.

 

Chimay ? Mais pourquoi ce choix ? Tu es originaire de la région ?

Et oui ! Et la première chose dont on me parle quand j’indique d’où je viens…c’est de la bière ! Donc autant assumer mes origines. En plus c’est grâce à une bourse de la Wartoise[i] (un organisme de Chimay) que j ai pu partir chez les Compagnons. Ce projet est donc une sorte de remerciement pour cette opportunité, un témoignage de gratitude, l’occasion de faire d’une pierre deux coups !

 

Et qu’en pense la communauté monastique ? Tu as pris contact avec l’abbaye ?

Je suis en contact avec le directeur marketing de la brasserie. Là mon projet à déjà été accepté. Mieux : ils m’aident en prenant en charge la fourniture de la pierre.

Par contre pour ce qui est des Compagnons c’est encore trop tôt. J’ai réalisé des dessins de ce projet mais rien n’est encore définitivement approuvé pour le moment de ce côté. Il me faut encore attendre la rentrée de septembre.

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C’est un travail qui va te prendre du temps…

Oui, enfin j’aimerai beaucoup que la réalisation tienne en 6 mois, en incluant les épures avec relevés manuels et la modélisation informatique car je souhaite en profiter pour appliquer toutes les techniques.

Il y a aussi les détails du calice actuel qui prendront un peu de temps : le lettrage Chimay sur l’avant, que l’on retrouve aussi à l’arrière sur le blason, avec les fleurs de lys.

 

On espère vraiment voir l’objet fini ! Mais çà va être compliqué à stocker dans ton salon.

Pas de problème non plus de ce côté ! Chimay a déjà trouvé son emplacement ! Au milieu du rond point qui fait face à la brasserie.

 

Waah, la classe ! Mais revenons aux compagnons, c’est assez rare une fille dans le domaine de la taille de pierre non ?

Et oui. J’ai d’ailleurs d’abord commencé par des études dans l’hôtellerie pendant 3 ans car mes parents ne voulaient pas me laisser partir tout de suite dans un métier dit « masculin ». Pour réussir à obtenir leur accord et pouvoir suivre cette voie il m’a fallu remplir trois conditions : obtenir un diplôme belge, avoir 18 ans, et décrocher mon permis de conduire.

Ce n’est qu’une fois ces objectifs atteints que je me suis lancé dans la taille de pierre en partant à  Rouen en 2013.

 

Et te voilà aujourd’hui à la fin de ton tour de France… Mais au fait, puisque tu souhaites travailler sur Chimay, c’est également parce que tu apprécies leur bière non ?

Oui. Dans leur gamme ma préférence va à la Chimay rouge (Première), plus légère que la blanche ou la bleue.

En fait je vais peut-être vous décevoir mais de façon générale j’aime surtout les bières moins fortes, voire fruitées.

Par exemple j’aime beaucoup la tripel Karmeliet pour son goût légèrement sucré.
Pourtant quand il fait chaud je préfère prendre une Hoegaarden rosée que je trouve plus rafraichissante [on pardonne Audrey qui, rappelons-le, effectue un travail physique peu compatible avec une Rochefort 10 !]

Bon, n’exagérons rien, je préfère tout de même les bières belges aux bières allemandes, vraiment trop fades à mon goût !

 

Merci à toi d’avoir pris le temps de nous exposer ton projet…dont nous suivrons avec plaisir la réalisation l’an prochain. Bon courage !

 

 

[i] La Fondation Chimay-Wartoise a été créée le 27 septembre 1996 à l’initiative de la Communauté des moines de l’Abbaye de Scourmont.

Désireuse de séparer strictement sa vocation monastique des préoccupations économiques générées par le développement des entreprises qu’elle avait mises sur pied, l’Abbaye de Scourmont a donc, lors de la création, fait apport à la Fondation Chimay-Wartoise de l’entièreté des actions des sociétés composant son patrimoine économique.

L’Abbaye a conservé juste les droits sur la marque « CHIMAY » et, bien évidemment, sur le label Trappiste dont, seule, une Abbaye cistercienne peut attester de l’authenticité. Rappelons que ce label « Trappiste » doit être interprété par les consommateurs, non seulement, comme un gage de la qualité de fabrication des produits, mais aussi, comme une garantie que les revenus générés par la vente de ceux-ci sont utilisés à des causes nobles, sociales et/ou éthiques.

La Fondation Chimay-Wartoise, issue de l’Abbaye de Scourmont, a pour ambition d’être un ferment de dynamisme économique et social pour la région au travers des sociétés dont elle est l’actionnaire et par le soutien à des actions locales de développement.

Elle se donne par exemple pour mission de créer des conditions qui développent les capacités des jeunes à prendre une place autonome, épanouie, «debout» dans la Société.

Plus d’infos : http://www.chimaywartoise.be/la-fondation/

 

Cyril Pagniez : «Certains collectionneurs peuvent dépenser plusieurs centaines d’euros pour un verre»

Tout l’été, l’Abbet rencontre des passionnés de bières pour évoquer les trappistes. Rencontre avec Cyril Pagniez, collectionneur d’objets trappistes dans le Douaisis.

Quand est née votre passion pour les bières trappistes ?

C’était tout à fait par hasard. Quand j’étais étudiant, j’ai pris le temps, comme beaucoup de jeunes, de découvrir les bières. Lors d’un salon consacré à la Belgique, à Lille (Nord), je me suis baladé au rayon bières, et j’y ai acheté ma première trappiste : la Westmalle Triple – c’est aussi là que j’ai acheté mon premier verre trappiste. J’ai découvert ce breuvage exceptionnel, dans un verre adapté, qui rendait bien les saveurs. Ça m’a interpellé.

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Quand avez-vous commencé à en collectionner les objets ?

J’ai commencé à collectionner les verres de l’abbaye de Westmalle à partir de cette dégustation. Ça a duré comme ça pendant quelques années. C’était surtout des verres pour boire. Pendant ce temps, je cherchais à découvrir de nouvelles bières. Je prenais des notes de dégustation. J’en ai même créé un logiciel qui s’est bien vendu à l’étranger, en particulier au Canada et en Belgique. Puis en 1995, j’ai officiellement démarré ma collection. Je me suis lancée de manière plus assidue dans la recherche de verres, en fréquentant des clubs de collectionneurs en France et en Belgique. C’est là que j’ai vu tout le chemin qui me restait à parcourir, tous les verres Westmalle que je n’avais pas ! La brasserie en produit depuis longtemps, depuis les années 20… Des modèles taillés, en cristal… Et puis, on se rend compte qu’il y a d’autres passionnés. Et finalement, au bout de quelques années, Westmalle ne suffit plus.

Quand avez-vous commencé à élargir votre collection ?

C’était vers 1997, deux ans après y avoir mis le nez. Je l’ai élargie à tous les verres d’abbayes trappistes. Puis je suis passé aux objets trappistes : étiquettes, sous-bocks, capsules… Aujourd’hui, j’ai encore élargi ma collection aux bières belges à connotation monastique. Ça ouvre à des pans complètement nouveaux.

Comment les trouvez-vous ?

Quand j’ai commencé, je parcourais beaucoup les brocantes, celles qui sont spécialisées pour les collectionneurs en tout genre. Petit à petit, vous êtes connu dans le milieu, des gens commencent à chercher pour vous, à vous appeler pour des échanges… Et puis, il y a internet aussi !

Combien de pièces avez-vous ?

Ah ! Difficile à dire… Pour les verres, j’en ai eu 500-600. Je garde les plus beaux en vitrine.

Quels sont justement les plus beaux, ceux qui ont le plus de valeur à vos yeux ?

Les objets anciens, rares. Ceux qui n’existent qu’en peu d’exemplaires. Certains collectionneurs peuvent dépenser plusieurs centaines d’euros pour un verre. Aujourd’hui, le prix des verres peut s’envoler jusqu’à plusieurs milliers d’euros. C’est le cas surtout pour ceux d’Orval, très tendances depuis cinq-six ans. La cote a augmenté.

Si vous deviez n’en citer qu’un ?

Une flûte de Chimay émaillée avec un blason des années 30. Je l’ai depuis quinze ans. Il s’agissait d’un échange à cinq verres contre un, pour vous donner une idée de sa valeur. Elle a une forme inhabituelle. Je pense qu’elle est unique. Je n’en connais pas d’autres.

Une flûte, dîtes-vous ?

Les bières trappistes n’ont pas toujours été dégustées en calices. Dans les années 20-30, elles se dégustaient souvent en flûtes, ou en verres droits. Westmalle avait une Extra Brune, à cette époque-là, qui était une brune légère. J’ai des photos qui montrent des gens attablés en train de la boire dans des flûtes. Les calices ne sont apparus qu’avec des bières bien plus fortes, après les années 30. Chez Rochefort et Chimay aussi, on servait dans des verres droits et dans des flûtes. Orval a eu un premier verre droit mais a très vite embrayé sur les calices. Et la forme de son verre a peu changé depuis.

Avez-vous aussi quelques objets trappistes plus récents, de Spencer ou Tre Fontane ?

Oui, évidemment. Mais c’est plus par acquis de conscience. Je préfère l’ancien, voire le très ancien. J’ai quelques objets ayant appartenu à des abbayes trappistes françaises d’avant la Première guerre mondiale. Des verres, quelques objets publicitaires… A l’époque, il y en avait une dizaine en France. On trouvait aussi des abbayes trappistes en Allemagne, en Bosnie, et même en Algérie !

Quelle est votre bière trappiste préférée ?

La Westmalle double, au fût uniquement. C’est une bière exceptionnelle. Quand vous la goûtez au fût, elle est parfaite. Plus fine, pas refermentée… Ça lui donne un autre caractère. C’est une bière conviviale. Il faut la boire comme on le faisait à l’époque : il faut aller sur place, à l’abbaye de Westmalle.

Parole à Moon Sang Wook, tenancier du bar Bel.G, dans le quartier d’Itaewon

Amis lecteurs, bonjour

Revoilà l’été, et avec lui le sujet spécial de l’ABBET : cette année, c’est le thème de l’interview qui a été choisi. Pour ouvrir ce dossier, nous vous proposons un voyage au Pays du Matin Calme, à Séoul exactement, afin de vérifier jusqu’où rayonne la culture trappistozythologique…

Laissons donc la parole à Moon Sang Wook, tenancier du bar Bel.G (un nom qui ne trompe pas sur la marchandise) dans le quartier d’Itaewon :

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Depuis combien de temps tenez-vous ce bar à bières ?

Depuis deux ans.

Pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans les bières belges ?

J’aime la bière, et comme il existe de nombreux types de bières belges, cela me permet d’offrir une grande variété de saveurs différentes.

Comment avez-vous découvert les bières trappistes ?

Grâce à mes fournisseurs, des entreprises coréennes qui importent des bières européennes et parmi elles, des trappistes.

Est-il simple de se procurer des bières trappistes en Corée ?

Oui, et de plus en plus. Depuis quelques années, le nombre de sociétés important de la bière a beaucoup augmenté, et il devient vraiment facile d’obtenir des bières trappistes.

Y’a-t-il une demande particulière sur les bières trappistes ici ? Si oui, depuis combien de temps ?

Il y a peu de temps (quelques années seulement) que les trappistes arrivent en Corée. Elles sont donc de plus en plus connues. Mais comme elles sont importées, et donc plus chères que les bières locales (NDLR : environ 15 euros la bouteille de 33 cL, contre quelques euros pour une Pils coréenne), les clients qui les commandent restent encore peu nombreux.

Quelles trappistes proposez-vous, et comment les avez-vous sélectionnées ?

Nous proposons actuellement des bières « la Trappe » (la Witte, la Double, la Triple et la Quadruple) ainsi que la Rochefort 10 et la Westmalle double. Je les ai sélectionnées pour leur goût très particulier, et parce qu’elles sont moins fréquentes que d’autres. (NDLR : sans doute une allusion à Chimay…)

Les consommateurs s’intéressent-ils à l’histoire, l’origine des bières trappistes ?
La plupart d’entre eux sont déjà des amateurs de bières trappistes, et ont donc déjà quelques connaissances sur leur origine ou leur fabrication. Mais ils restent demandeurs d’informations. Soit ils se documentent sur le web, sur Google ou Naver (NDLR : moteur de recherche n°1 en Corée), soit ils m’en demandent. J’ai hélas rarement le temps de leur en dire beaucoup, simplement que ce sont des bières faites par des moines, car je dois m’occuper des autres clients. Je les renvoie alors vers les sites Ratebeer ou Beer Advocate sur lesquels ils trouvent des informations.

Quelle est la trappiste la plus vendue ? Pour quelle raison à votre avis ?

Les bières « la Trappe » sont les plus vendues, principalement pour leur prix plus faible à l’import, et donc à la vente. Mais, bien qu’elle soit plus chère, la Rochefort a également beaucoup de succès car son goût plaît beaucoup.

Quelle est votre préférée ? Pourquoi ?

J’ai goûté d’autres trappistes lors de mes voyages en Belgique, comme 3 autres « Trappe » entre autres, mais ma préférée reste la Westvleteren 12. J’aime également beaucoup les bières de Rochefort, qui sont délicieuses.

Un grand merci à Moon Sang Wook pour avoir pris le temps de nous répondre, et à Park Ha Neul pour avoir tout traduit lors de l’entretien !

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On l’aura compris, les bières trappistes comptent encore peu d’adeptes en Corée. Ce qui est compréhensible, puisque le pays ne s’est ouvert que récemment au reste du monde et que ces bières sont très différentes des bières locales, essentiellement à base de riz et de basse fermentation. Mais cela devrait changer rapidement, en raison des goûts de la jeune génération, bien plus voyageuse que la précédente, mais aussi grâce à cette prédisposition très humaine et mondialement répandue à lever le coude. Pour preuve, depuis environ dix ans, les microbrasseries se multiplient en Corée et on y trouve de plus en plus facilement des variétés très différentes de bières. Même des gueuzes ou des stouts. Alors pourquoi pas une trappiste coréenne à l’avenir ?