Au cœur du malt 4, on est monté en puissance avec No stress!

Avec un set plus long qu’initialement prévu, ils ont assuré les No stress pour faire progressivement monter l’ambiance!

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Mais notre public était déjà chaud bouillant, alors il n’a pas tardé à vouloir des danses endiablées 😉

Au final une ambiance comme les adore, festive et chaleureuse à souhait.

Là encore vous retrouverez ci-dessous une grande partie du concert.

Et même si on ne le voit pas, nous on sait qu’on a fait les petits ponts sur Cotton eye joe.

Au cœur du malt 4, on a commencé fort avec N’holl en roulotte

Les voici les voilà, les images tant attendues des moments de folie que nous avons vécus ensemble samedi dernier!

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Pour commencer, vous les connaissiez déjà si vous étiez présents au Festimalt, nous nous réjouissons d’avoir à nouveau accueilli N’holl en roulotte pour ouvrir les concerts de notre édition 2018.

Et comme Bernard était fidèle au poste, vous pouvez désormais retrouver la quasi intégralité de leur concert en regardant les vidéos ci-dessous.

On était bien quand même… 😉

 

La première gorgée de trappiste

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Il est 20h30, et la nuit vient de tomber sur Séoul. La journée a été tranquille, après deux semaines intenses, et ce moment de calme bienvenu est parfait pour savourer une Rochefort 8. Elle est à température, ses arômes sont pleinement développés, et le plaisir de la première gorgée fait rapidement place à une certaine volupté. Pour ce goût merveilleux, bien sûr, mais aussi pour les pensées qu’elle ravive : les copains, avec qui je l’ai partagée (et la repartagerai bientôt) de nombreuses fois ; des anecdotes de cette étape, mémorable, du Trappist Tour ; cette petite communauté, aux prises avec un géant industriel pour sauver une modeste source…

Un petit moment de félicité donc, qui laisse songeur, voire méditatif. Aujourd’hui, boire une de nos chères trappistes (ou, par extension, une excellente bière) est assez aisé et reste un plaisir simple. Mais en a-t-il toujours été ainsi ? La découverte n’aurait-elle pas été un petit choc ? En tout cas suffisant pour susciter une réflexion sur ce que nous buvons et le plaisir que nous en tirons ?

Un exemple tendant à le confirmer s’est produit récemment : un ami, d’une nature épicurienne et curieuse, m’a fait part de son désir de découvrir davantage la bière. Ni une ni deux, rendez-vous était pris peu après pour une première soirée de dégustation, une fois les canettes soigneusement sélectionnées. Et bien entendu, quelques trappistes faisaient partie du lot… La soirée commença sous les meilleurs auspices : Le défilé des flacons commença doucement, entrecoupé de commentaires, de questions, et de discussions diverses. Et tandis que le saucisson et le fromage disparaissaient, la gaieté allait croissant. Attention, nulle question d’ivresse ici, les quantités étant adaptées à une dégustation ! Par gaieté, j’entends bien sûr le bien-être lié à un moment de plaisir entre amis… La gaieté, donc, allait croissant, jusqu’à ce qu’il pose son nez, puis ses lèvres, sur un verre de Rochefort 10. Son expression est alors devenue plus grave, me faisant redouter un dégoût de sa part, puis, après un court silence, le verdict tomba :
« C’est vraiment délicieux, ça… ».

Et voilà la discussion relancée avec entrain ! Sur les arômes que l’on y détectait, sur l’influence de la température, sur le dépôt de levure, sur le label ATP, puis sur l’ABBET, les trappist tours, …etc (bien évidemment, je résume, car plein d’imbécilités ont été dites en même temps).

Bien entendu, des soirées de ce type se sont reproduites, et les suivantes sont en préparation. Et les effets ont été rapides chez cet ami en question ! Depuis, à chaque découverte d’une nouvelle bière, il prend un petit moment pour analyser le nez, les arômes, la texture,… Mais si cette étape « technique » peut être utile pour étayer un jugement, l’essentiel n’est pas là. Le plus important est bien sûr le plaisir, et cet ami connaît désormais ses préférences en matière de bières. Face à un choix multiple, il peut donc sélectionner avec plus de facilité celle qui le satisfera le plus. Revers de la médaille, il se plaint de plus en plus plus des jus de houblons locaux, à base de riz, et les délaisse plus facilement…

En conclusion, une consommation légèrement différente d’auparavant : plus critique, mais davantage centrée sur le plaisir…

Pour ma part, le premier « choc » trappiste est survenu il y a un peu plus de dix ans, alors qu’avec un groupe d’amis nous découvrions tout juste la bière. L’un d’entre eux travaillait alors en Belgique et rentrait presque tous les week-ends, en prenant soin de nous ravitailler en nouveautés… C’est à l’occasion d’un de ses retours que je découvris l’Orval, dont le caractère sec et bien amer m’a immédiatement séduit. Depuis, j’y reviens régulièrement avec beaucoup de plaisir, sans jamais m’en lasser, et elle a considérablement influencé mes dégustations : en effet, l’amertume est devenu pour moi un critère particulièrement important lorsque je goûte une petite nouvelle.

Évidemment, ces histoires de goûts restent très personnelles, et ce « choc » peut très bien se produire avec (presque) n’importe quelle bière. Mais le panel de saveurs offert par les trappistes étant maintenant assez large et qualitatif, cela facilite les rencontres…

Et vous ? Y’a-t-il une bière trappiste qui vous ait marqué lors de sa découverte ? Ou simplement que vous appréciez particulièrement ? N’hésitez pas à nous le raconter (vous pouvez envoyer vos récits à abbetrappiste@gmail.com) pour faire partager votre expérience à tous nos lecteurs !

A la vôtre !

L’abbaye de Scourmont, moteur économique du pays de Chimay

Pour la 1ère fois ce week-end, l’ABBET emmène ses membres à l’abbaye de Scourmont, dont la bière est mondialement connue sous le nom de « Chimay ».

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Pourquoi avoir jusqu’ici évité ces lieux ? Pour les raisons qui reviennent constamment quand on évoque cette bière : une très grosse production (un temps la moitié de la production trappiste mondiale…mais Spencer doit modifier cette proportion), un produit connu de tous, et trouvé partout ou presque.

Il suffit de taper « Chimay » sur un site de vente en ligne pour voir les références proposées couvrir plusieurs pages : bleue, rouge, triple, dorée bien sûr, mais également grande réserve sérigraphiée en 75cl, en jeroboam ou en mathusalem, Chimay vieillie en barrique, coffret trilogie ou quadrilogie avec verre, édition spéciale bouteille de 1956, coffret métal, coffret étui bois, verres, plateau, Chimay spéciale cent cinquante, ouvre-bouteille, casquette, canister métal Chimay bleue, packs de 4 ou de 12, plaque Chimay triple, rouge ou Chimay pères trappistes,  t-shirt, jeu de cartes…

L’espace de dégustation lui-même (l’auberge de Poteaupré) pousse au maximum l’exploitation économique de la bière, sans chaleur et en facturant toute commande au prix fort.

On en oublierait presque que Scourmont brasse d’excellentes bières et qu’abbaye et brasserie ont toujours eut le souci de la population du pays de Chimay. Ce que nous explique une fois de plus Jef Van den Steen dans son ouvrage de référence Les trappistes, bières de tradition (éditions Racine).

 

Un développement constant

 

En effet, l’installation des moines trappistes en 1850 répond au souci du curé de Virelles, un village voisin de Chimay, de développer l’agriculture dans la région pour compenser la perte des emplois dans la métallurgie, ces derniers s’étant déplacés alors vers les nouvelles régions houillères de Belgique.

Ce sont les moines de Westvleteren qui essaiment alors près du Mont des Secours, les religieux de Westmalle ayant refusé à plusieurs reprises les terres proposées par le prince de Chimay Joseph de Riquet. La terre est mauvaise, les marécages nombreux, mais les moines s’attellent à la tâche, extraient 2600m3 de pierrailles, défrichent, et parviennent à aménager une terre agricole satisfaisante…quoiqu’il leur faille une vingtaine d’année avant de récolter de l’orge de qualité.

Une petite laiterie est alors ajoutée en 1859, améliorée les années suivantes.

C’est en 1861 que l’autorisation de brasser est accordée aux moines…qui dès le départ ont l’ambition de ne pas brasser uniquement pour les seuls moines de l’abbaye puisqu’ils construisent en plus de leur brasserie un moulin à farine et un concasseur de malt actionnés par une machine à vapeur.

Le premier brasseur connu est le frère Benoît, qui produit vraisemblablement une bière de fermentation basse…vite remplacée par le choix d’une bière forte, brune de haute fermentation, inspirée apparemment de Westvleteren qui brasse depuis 1839. Elle s’accompagne toutefois d’une bière de table plus légère…qui, longtemps réservée aux moines de l’abbaye, est commercialisée depuis quelques années. Vous trouverez d’ailleurs la Chimay dorée au fût lors de notre soirée Au Cœur du Malt III le 18 novembre.

Les moines décident rapidement de vendre leur bière forte, conditionnée en bouteilles de 75cl.

Ainsi en 1874, Auguste Malengreau, auteur d’un ouvrage sur les couvents de la région de Chimay, indique que « la brasserie, construite d’après les techniques les plus avancées, produit une bière excellente qui jouit d’une grande renommée dans la région, et que les trappistes expédient en quantités considérables vers des régions lointaines. La bière est forte et nourrissante, mais les trappistes ne la boivent pas eux-mêmes. Ils brassent une bière plus légère destinée à leur propre consommation ».

Les médecins et chimistes louent également la production de Scourmont, décrite alors comme « boisson hygiénique, très nourrissante et dépourvue de produits chimiques et de matières premières médiocres, d’une durée de conservation de plus de dix ans » et surnommée « bière de santé ». Le frère Freddy Lebrun va jusqu’à la qualifier de boisson miraculeuse puisqu’il écrit alors « qu’il est prouvé que d’aucuns doivent leur guérison à cette bière ».

En 1871, Scourmont est érigée en abbaye sous le nom de Notre-Dame-de-Saint-Joseph (rebaptisée plus tard Notre-Dame-de-Scourmont).

A partir de 1875 la brasserie produit deux bières : une « bière forte hygiénique » et une « bière forte goudronnée », référence au traitement des tonneaux de bois dans lesquels s’opèrent garde et maturation.

L’aménagement croissant de voies de chemin de fer reliant Chimay aux grandes villes, dont Paris dès 1860, va accélérer la conquête des nouveaux marchés par la brasserie de Forges (le nom exact du village où se situe l’abbaye). Machine à vapeur, équipements de taille, goudronnage des fûts, exportation par le train : c’est sûr, dès le départ les moines de Chimay ont souhaité que leurs bières rencontrent un large public. La situation actuelle n’est que le fruit de 150 ans d’efforts pour produire en quantité et répandre aussi loin que possible les bières de l’abbaye.

Évidement les deux guerres mondiales ont porté de durs coups à la brasserie. Comme beaucoup d’autres les moines n’ont pas d’autre solution que de quitter l’abbaye réquisitionnée par les Allemands en 1942. S’ils louent un temps la brasserie Caignet, sise à Momignies, le village où ils ont trouvé abri, pour brasser leur propre bière, l’état lamentable dans lequel ils retrouvent abbaye et brasserie en 1944 les incite à tout repenser dans le processus de production. Avec le précieux concours du professeur Jean Declerck de la Haute école de brasserie de l’université de Louvain, auteur en 1948 d’un Cours de brasserie en 2 tomes, et conseiller de Scourmont jusqu’à sa mort en 1978.

Les moines commencent par isoler la cellule souche de la levure que la brasserie utilise toujours actuellement. Ils investissent ensuite dans des cuves carrées en inox et montent un laboratoire de contrôle du brassage.

Le premier résultat ne tarde pas : la Chimay rouge est soutirée dès 1948 par la nouvelle chaîne d’embouteillage automatisée. Cette cuvée est lancée à l’époque de Pâques.

C’est donc logiquement à Noël qu’apparaît l’année suivante la Chimay bleue, d’abord réservée à cette période de fête puis brassée toute l’année dès 1954. Pour l’occasion est alors créée une 2e salle de brassage avec des réservoirs de 175 hectolitres.

La Chimay « blanche» apparaît en 1966, et les perfectionnements techniques ne s’arrêtent plus, permettant des bénéfices toujours plus importants, et en tout cas nettement supérieurs aux besoins de la communauté monastique.

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Faire vivre le pays de Chimay

 

Dilemme donc, car l’activité peut nuire à la vie monastique, mais la santé florissante de la brasserie est une exception dans une région économiquement sinistrée.

En 1974 alors les moines décident de profiter du changement de leur chaîne d’embouteillage pour déplacer l’atelier d’embouteillage mais également les services commerciaux et administratifs en dehors de l’abbaye, et pour les confier à une nouvelle société indépendante du monastère, la SA Bières de Chimay. Dit autrement, les moines ont été dépassés par un succès qu’ils ont néanmoins tout fait pour provoquer. Mais en implantant leur nouveau site à Baileux, à 10km de l’abbaye, ils permettent une recrudescence de l’emploi dans la région.

Dès lors le choix du volume est assumé sans états d’âme. 3 brassins par jour dès 1983, une nouvelle modernisation en 1996 portant la capacité des cuves à 250 hectolitres.

Aujourd’hui la Chimay est exportée dans plus de 40 pays (environ la moitié de la production de 175 000 hectolitres/an), 70 personnes travaillent pour la SA bières de Chimay, et le volume produit continue d’augmenter de quelques % chaque année, d’autant que depuis 2011 c’est elle qui brasse également la Mont-des-Cats pour l’abbaye française Sainte-Marie-du-Mont.

En parallèle une fondation comme la Wartoise (évoquée cet été lors de l’interview sur notre site d’Audrey Claessens) finance les projets de jeunes et soutient l’économie et l’emploi dans la région.

https://abbetrappiste.com/2017/07/18/audrey-claessens-mon-oeuvre-prendra-place-sur-le-rond-point-en-face-de-la-brasserie/

Alors oui, pour les défenseurs d’une bière trappiste plus confidentielle, pour ceux qui pensent que la rareté est gage de bonnes pratiques, de traditions respectées, Chimay interroge, voire nuit à l’image des bières trappistes.

Mais il n’est peut-être pas si facile de catégoriquement condamner les choix opérés par la communauté monastique du Hainaut, qui va bien au-delà de l’obligation faite par l’AIT d’employer une partie des bénéfices pour financer les œuvres caritatives de l’abbaye.

Spencer met des couleurs dans les trappistes

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L’abbaye américaine, récemment membre des abbayes productrices de bières trappistes, n’a pas tardé à élargir sa gamme. La blonde a été rejointe ces derniers mois par une IPA, une Imperial stout et une Holiday ale que nous avons toutes goûtées avec des fortunes diverses… Quoiqu’il en soit, la gamme des trappistes s’élargit donc avec des breuvages et des styles de bières jusqu’alors absents pour les amateurs. Retour sur l’histoire de Spencer et nos impressions à la dégustation.

Peut-être vous souvenez-vous des moines de l’ordre de la Trappe fuyant l’Europe et ses persécutions religieuses à le fin du XVIIIe siècle? De ceux qui tentèrent de fonder un monastère au Canada mais y renoncèrent finalement pour fonder Westmalle en 1794? Et bien d’autres persistent alors dans cet espoir d’une fondation dans le Nouveau Monde, tel Augustin de Lestrange qui, après plusieurs tentatives, charge Vincent de Paul Marie d’une fondation en Nouvelle-Ecosse en 1825. Cinq moines forment dès lors la première abbaye trappiste permanente sur le territoire américain: Petit Clervaux. Les renforts venus de Saint Sixte, 18 moines flamands entre 1857 et 1862, permettent à la fondation de se consolider, d’autant que d’autres suivent en provenance de Westmalle.

Néanmoins, les incendies de 1892, et surtout de 1896, porteront des coups presque fatals à la communauté qui ne compte plus que 12 moines à la fin du XIXe siècle. Pour survivre, car la région est peu hospitalière et puisqu’ils n’ont plus rien, ces derniers décident de déménager.

C’est à Providence, près de Rhode Island, qu’on les retrouve d’abord en 1902, région catholique d’où les novices affluent immédiatement, au sein de Notre-Dame de la vallée, nouvelle appellation de l’abbaye. Mais c’est cette fois l’urbanisation galopante qui menace la tranquillité de la communauté qui cherche une nouvelle fois un nouveau refuge… trouvé dans les pages d’un magazine immobilier: une propriété à Spencer, Massachusetts, acquise au moment où… la fondation de Rhode Island part à son tour en fumée suite à un nouvel incendie.

En 1942 les voici toutefois arrivés sur leur emplacement actuel, l’abbaye Saint-Joseph de Spencer, qui connaît une croissance spectaculaire et essaime très rapidement, aux Etats-Unis mais également en Argentine, au Chili…

Besoin de nouvelles ressources

L’abbaye vit de l’élevage et de la confection de vêtements liturgiques, activités aléatoires qui finissent par ne plus suffire pour couvrir les besoins des moines. Et vers quoi imaginent-ils alors de se tourner selon vous?

Et oui, vous l’avez vu venir, et en même temps c’était facile. Les moines se mettent à produire des confitures et des gelées, forts d’un succès immédiat lors de leur première expérience de gelée à la menthe. Voilà qui suffit un temps mais les moines constatent en 2000 qu’avec le vieillissement de leur communauté, les dépenses vont tout de même finir par excéder les recettes à court terme.

C’est là qu’arrive frère Brian, qui glisse l’idée de la bière, mais doit convaincre. Il embarque alors le portier, frère Isaac, pour la Belgian Beer Fest de Boston en 2008 où ils entrent en contact avec les distributeurs d’Orval. C’est ensuite le Monk’s cell, un bar de Brooklyn, près de Boston, qui reçoit leur visite. Ils y goûtent une Saint-Bernardus Abt 12. Voilà frère Isaac totalement convaincu.

Ils brassent alors une bière d’essai sans l’accord de l’abbé, un peu mécontent, qu’ils font goûter aux moines de la communauté à Noël.

En décembre 2010 ils obtiennent finalement l’autorisation d’aller visiter les brasseries trappistes belges et néerlandaises, et de leur demander de l’aide. Koningshoeven approuve le projet, Scourmont apporte son aide pour chiffrer les coûts liés au projet et envoie deux délégations pour convaincre l’abbaye américaine.

L’accord des abbayes européennes comporte néanmoins une recommandation importante: se limiter à une seule bière pendant cinq ans. Si on observe que la production de Spencer a débuté en octobre 2013, les moines américains n’ont pas été aussi patients que conseillé…

Une gamme élargie

Alors, à quoi ressemble t-elle cette Spencer Trappist Ale? Notre première dégustation l’avait trouvé très légère, peu expressive, assez amère. Bref désaltérante, agréable mais sans grand caractère.

Depuis nous en avons trouvé le goût changé. A-t-il fallu du temps pour que la recette se fixe réellement? Les premières bouteilles ont-elles «bougé» avec la traversée de l’Atlantique?

C’est en tout cas une blonde titrant 6,5° qui n’offre plus tout à fait ce caractère sec et rafraichissant. Elle est aujourd’hui un peu «doucereuse» puis amère en fin de bouche, elle se boit de ce fait un peu moins facilement que les premières bouteilles que nous avions goûtées. Mais nous connaissions déjà ce breuvage. Ce sont bien les nouveautés 2016 qui attirent ici notre attention.

Nous attendions depuis quelques mois le lancement d’une bière trappiste IPA.

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Ce principe qui consiste à houblonner massivement la bière date de la colonisation britannique. Pour conserver la bière lors du long transport jusqu’aux Indes, les Britanniques ont donc inventé ce procédé nommé depuis «Indian Pale Ale». (Nous évoquions les vertus du houblon dans un article précédent)

Les IPA sont devenues ces dernières années la grande mode de la bière. Toutes les marques ou presque en proposent leurs versions et beaucoup n’offrent d’ailleurs que des IPA ou des ale qui en ont furieusement le goût! A l’Abbet, nous sommes très partagés sur la question.

S’il n’est pas désagréable de boire cette bière de temps en temps, nous trouvons toutefois qu’en dépit des arômes différents qu’expriment les variétés de houblon cette mode nuit à la diversité de la bière et tend même à une certaine uniformisation autant qu’il permet aux brasseurs médiocres de sauver leur production en y infusant du houblon en quantité.

Mais bon, il ne faisait nul doute que les trappistes allaient finir par s’y mettre également. Si nous avions un temps parié sur Koningshoeven déjà pionnière sur la blanche, la bio, la quadruple, il est finalement fort logique que les Américains s’y soient essayés les premiers. Allez jeter un coup d’œil au rayon «bières nord-américaines» de votre brasseur pour vous convaincre si besoin de la folie IPA qui a touché ce continent.

A la dégustation bien peu de surprise du coup. On reconnaît nettement la Spencer originelle, peu gazeuse, peu florale, mais en plus amère, sans être non plus astringente le côté «doux» de la ale étant toujours bien présent. Pour les amateurs de ce type de bière.

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Et puisque Spencer a décidé de varier sa gamme, la troisième bière n’est pas vraiment une surprise non plus.

Si vous consultez parfois le site américain Ratebeer, vous aurez noté que du temps où il désignait une seule bière comme «meilleure du monde», la Westvleteren 12 avait perdu son titre en 2015 au profit de la Toppling Goliath Kentucky Brunch, une bière de l’Iowa, et une Imperial Stout (30€ la canette si vous la commandez!). Voilà donc le style de bière, à l’origine britannique, qui plaît également beaucoup de l’autre côté de l’Atlantique et que beaucoup de brasseries européennes ont depuis ajouté à leur gamme.

Le moût brassé à partir de grains très torréfiés donne son goût très prononcé de café au breuvage. La trappiste Gregorius s’en approchait déjà un peu. La Spencer Imperial Stout ne déçoit pas en la matière. Préparez un café bien raide, laissez votre cafetière cramer sur le feu puis léchez le dépôt qui s’y est formé: et voilà, c’est à peu près l’idée.

A réserver encore plus que l’IPA aux amateurs de ce genre de bière. Pour nous il marque également un excès qui nuit un peu à la bière et offre un goût très déséquilibré. Mais il faut de tout mon bon monsieur!

Mais heureusement, il y a la dernière, l’inconnue, celle que nous ne cherchions pas chez le brasseur mais sur laquelle notre œil s’est arrêté en lisant les étiquettes au mur, immédiatement relayé par nos bras pour déblayer les caisses et mettre la main sur une bouteille de Spencer Holiday Ale. Et là, les amis, on peut discuter.

Bière brune inspirée des bières belges de Noël, c’est donc une bière de fête! Et pas de problème, la bière au fond du verre, puis de votre gorge, c’est en effet joyeux!

Une brune un peu cuivrée, voire rousse foncée, peu gazeuse, un peu épicée même si aucun arôme ne l’emporte vraiment, avec une longue amertume en bouche. On la tient la bonne bière de Spencer ! Elle est vraiment très agréable et on y reviendrait avec plaisir…si on la retrouve. Croisons les doigts pour qu’elle se démocratise peu à peu dans nos drinks.

Enfin voilà, comme toutes les dégustations celles-ci n’engagent que nous et il est évident que tout le monde ne s’y retrouvera pas ici. C’est normal, c’est le jeu, c’est ce qui fait le plaisir de goûter encore et toujours de nouvelles bières!

Et pour vous faire un avis sur la Spencer IPA venez à Ledringhem le 12 novembre, vous la trouverez au bar.

Au passage vous y trouverez également la Nivard de l’abbaye d’Engelszell. Rien à voir avec cet article, si ce n’est que cette trappiste autrichienne encore peu répandue mérite également la dégustation.

A bientôt!

J’ai dégusté pour vous : la Tre Fontane !

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Août, période des vacances, propice aux balades et aux découvertes. Aussi par une belle journée ensoleillée (mais oui !) me voici avec mon épouse sur ces chemins de découvertes et de détente en compagnie d’un couple d’amis.

Certes, le sud de la ville de Rome présente une beau but de sortie, surtout si après que vous ayez longé la via Acque Salvie se révèle devant vos yeux curieux l’abbaye de Tre Fontane qui fut élevée à partir du VIème siècle sur le lieu du martyre par décapitation de Saint Paul, au côté d’édifices plus anciens. La tradition rapporte que la tête de l’apôtre en tombant sur le sol aurait rebondi trois fois, faisant jaillir à chaque rebond une source d’où le nom de Tre Fontane resté jusqu’à nos jours. L’abbaye d’abord gréco arménienne, détruite par le feu au VIIIème siècle, reconstruite aussitôt vivra malgré d’importantes dotations notamment en 805 par Charlemagne une période de déclin et d’abandon telle qu’en 1080, le pape Grégoire VI, tout en confirmant les droits et possessions de l’abbaye, entreprend sa restauration et y fait venir des moines bénédictins de Cluny, alors à la pointe du renouveau monastique en Occident, pour y reprendre une vie monastique régulière. Les cisterciens resteront à l’abbaye jusqu’en 1808, date à laquelle les troupes de Napoléon spolient le monastère et provoquent de ce fait sa désertion par les moines cisterciens. Le pape Léon XIII visitant le monastère en 1826 déplora son abandon et le confia à la famille franciscaine mais ceux-ci ne relevèrent pas le monastère. Les bâtiments dégradés et devenus insalubres ne seront finalement rénovés qu’en 1867 grâce à un généreux mécène français : le comte de Maumigny. En 1867, le Pape Pie XII demande aux Franciscains de céder le monastère afin de le rendre aux cisterciens trappistes et y reconstitue par bulle du 21 avril 1868 une communauté d’au moins 14 moines. C’est la renaissance de Tre Fontane. Après 1870, les moines feront d’importants travaux de drainage des sols environnants pour assécher le sol plutôt marécageux et planteront de nombreux eucalyptus et autres plantes dans le but d’assainir l’air et de lutter contre la malaria. Enfin, en 2015, les moines qui commercialisent déjà de l’huile d’olive, du miel d’acacia, millefleurs et d’eucalyptus, un large choix de chocolats et des liqueurs, installent avec les conseils de l’Association Internationale Trappiste, une micro brasserie pour fabriquer une bière triple blonde titrant 8,5° aromatisée aux feuilles d’eucalyptus. Ils obtiennent le logo Authentic Trappist Product le 04 mai 2015 et leur bière devient de la sorte la 11ème bière authentique trappiste du monde !

Mais non, les chemins empruntés par notre susdit groupe ne nous emmenaient pas ce jour là sur les chemins romains (même si tous les chemins y mènent paraît-il !) mais vers la Belgique toute voisine pour nous y régaler d’abord des bières de l’abbaye Saint Sixtus de Westvleteren et terminer cette délicieuse journée autour d’un petit repas convivial dans un estaminet. Ce fut l’estaminet « Au nouveau saint Eloi » à Watou qui fit l’unanimité de notre choix. Là, quelle ne fut notre grande et joyeuse surprise en consultant la carte des boissons d’y trouver parmi la longue liste des bières belges, la quasi totalité des bières trappistes dont la Grégorius benno, la Nivard et la Spencer, mais surtout l’introuvable à ce jour : la Tre Fontane !

C’est donc sans aucune hésitation que je déboursai les douze euros demandés pour me livrer à la réjouissante dégustation de ce rare breuvage. Bien que non spécialiste, j’ai apprécié d’abord sa couleur presque ambrée et la finesse de sa mousse. A l’odorat perce d’abord le parfum discret d’eucalyptus et un peu de levure mais ceci dans une douce fraicheur de verdeur. Au goût, pas de déception puisque l’on retrouve les promesses de l’odorat avec un bon équilibre d’eucalyptus, de houblon et de levure qui lui donne à la fois une certaine rondeur, une bonne tenue en bouche et, malgré son taux d’alcool, de la légèreté très rafraichissante, eucalyptus oblige. Il reste en bouche une bonne longueur de fraicheur et d’eucalyptus qui nous invite à y revenir ! Mais bon là, j’attendrai un peu vu le coût toutefois moins élevé que si j’avais dû me rendre à son abbaye d’origine pour en effectuer la dégustation. Selon les dégustateurs de l’association internationale trappiste, sa haute carbonatation offre une finale sèche agréable. Un arrière-goût légèrement sucré provient de la saveur apaisante d’eucalyptus qui nettoie et rafraîchit le palais. Cette bière qui donne l’impression d’être légère possède un corps bien rond. Sa haute teneur en alcool de 8,5% ajoute une sensation de chaleur. Alors, amis et membres de l’ABBET si vous ne supportez plus de n’avoir encore découvert toutes les bières trappistes, si vous voulez profiter de la dolce vita romaine sous nos cieux nordiques, vous savez maintenant comment et où combler tout vos manques à quelques kilomètres de chez nous en franchissant juste la frontière. Merci amis Belges !

Faut-il acheter de l’Achel ?

Parmi toutes les bières trappistes dont nous vous parlons régulièrement ici il en est une qui souffre d’occurrences bien plus rares que les autres : l’Achel. Ou alors c’est pour l’évoquer de façon bien peu flatteuse. Il suffit peut-être de rappeler à nos lecteurs distraits que dans un article consacré à vos repas de fête nous proposions de l’associer sur vos plateaux de fromage, tiède, à un Babybel…(https://abbetrappiste.wordpress.com/2015/12/15/que-boire-avec-une-belle-dinde/)

C’est que cette bière ne rencontre aucun défenseur au sein de notre amicale, qui, pire, parle en connaissance de cause puisque nous avons tous goûté sur place les quatre breuvages proposés par l’abbaye (dont certains ont fini dans le bac à fleur jouxtant notre table…).

Mais c’est l’été, nous nous détendons, et nous laissons une dernière (…) chance à l’Achel de vous convaincre d’en faire l’acquisition chez votre brasseur ou à la terrasse d’un bistrot audacieux.

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Et pourtant cette bière fut renommée

D’abord peut-être en évoquant l’histoire ancestrale de cette abbaye.

Parce qu’Achel fait office de précurseur au sein des communautés trappistes. Dès 1731 les moines bénédictins qui occupent le terrain acquis en 1686 par Peter van Enneten y sont soumis à la stricte application de la règle de St Benoit : silence, langage des signes, heures canoniales.

Et il est attesté qu’ils boivent de la bière qu’ils brassent eux même puisque, expulsés comme les autres par les lois révolutionnaires françaises (la France s’étend alors sur la Belgique et les Pays-Bas actuels), l’acte de vente de leur domaine en 1798 mentionne une brasserie.

Ce sont les moines de Westmalle qui y essaiment en 1845 et entreprennent la rénovation des bâtiments.
A leur tour les moines d’Achel seront à l’origine de la fondation de St Rémy de Rochefort en 1887… mais vous le savez sûrement déjà, sinon : https://abbetrappiste.wordpress.com/2016/05/23/cetait-le-trappist-tour-2016/

Les moines d’Achel ne tardent pas à produire à nouveau leur bière, dès 1850 une malterie et une brasserie ouvrent au sein de l’abbaye et fabriquent le doux breuvage malté «exclusivement destiné à l’usage de la communauté », brassé à partir de l’eau bouillie de la rivière voisine.

Les moines d’Achel ne rigolent d’abord pas avec leur production. La meilleure bière, servie dans leur maison d’hôte, titre ainsi 12°, soit plus que toutes les trappistes produites aujourd’hui.

Mais le 7 octobre 1914 le général de l’armée belge De Schepper installe ses quartiers dans l’abbaye St Benoit à Achel pour barrer la progression allemande en direction d’Anvers. Peine perdue puisque les soldats allemands s’y installent. Le père Antonius Bus, administrateur de l’ermitage d’Achel pendant la guerre, indique ainsi qu’ils y boivent 2300 litres de bière pendant leurs quelques jours d’occupation !

Achel a ceci de particulier que le site est à la frontière entre Belgique et Pays-Bas. Quelques moines se réfugient donc 100 mètres plus loin dans au sein de baraquements situés sur territoire néerlandais, où ils sont contraints de rester puisque la frontière est électrifiée par l’armée d’occupation. Ils y assistent impuissants au démantèlement de la brasserie à l’été 1917. Et oui, les installations sont pour l’essentiel en cuivre et la pénurie de métaux fait rage côté allemand…

Après guerre l’état belge ne dédommage pas l’abbaye…considérée comme néerlandaise ( !). Comme 1100 autres brasseries belges celle d’Achel ferme alors ses portes. Même si la Patersvaatje, cette fameuse bière à 12°, ne disparait pas pour autant puisque la recette a vraisemblablement fait des adeptes…à Rochefort !

Les moines d’Achel se tournent eux vers la production d’encaustique et de produits de la ferme.

Mais celles-ci périclitent dangereusement à la fin du XXe siècle. Seule la supérette de produits belges de frère Martinus (toujours en activité !) assure encore quelques revenus grâce à la fréquentation régulière des frontaliers néerlandais. Les moines d’Achel décident alors la commercialisation d’une nouvelle bière.

C’est toutefois la brasserie De Kluis à Hoegaarden qui est d’abord sollicitée. Avant d’être rachetée par le groupe Interbrew, celle-ci fabriquait de la Vader Abt, maintenant disparue, qu’elle accepte de livrer à l’abbaye d’Achel sous le nom de Trappistenbier van de Achelse Kluis. Pour justifier l’appellation trappiste, les moines deviennent détenteurs de 5% de la bière d’Hoegaarden ! Subterfuge insuffisant pour convaincre la communauté des abbayes trappistes, la bière d’Achel doit être rebaptisée Sint Benedict. L’incendie de la brasserie De Kluis d’Hoegaarden en 1985 met fin à cette première expérience. Cette dernière est donc rachetée par Interbrew (Leffe, Tongerlo…).

La brasserie Sterckens à Meer prend alors le relai et livre sa Poorter sous étiquette Achel. Fin de l’expérience cette fois en 1990, et début de la coopération avec la brasserie De Teut…qui fait faillite en 1995.

Malheureusement (oups…) les moines d’Achel semblent ne pas y voir d’avertissement divin, et ils persistent. Sous l’impulsion d’un nouvel abbé venu d’Orval, la communauté acte en 1997 la création d’une brasserie associée à une cafétéria, destinées à capter les 500 000 habitants des 20km environnants et à proposer un but ou une halte aux nombreux cyclistes sillonnant la région.

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Et Achel se remis à brasser

Les premières bières sont brassées à partir de 1998 par frère Thomas qui souhaite « une bière de caractère, légère et désaltérante, sans aromates ni sucres, parfumée de cônes de houblon nature ».

Les Achel 4 (considérée comme bière de table), 5 (brune très légère) et 6 (blonde) sont alors servies uniquement au fut aux visiteurs de passage.

Mais les revenus sont toujours insuffisants. Embouteillage et commercialisation sont donc nécessaires, et une nouvelle bière, une Triple titrant 8%, est alors mise au point en 2001 à partir de la Achel 6. La version brune titrant également 8% suit en 2002. L’Achel 4 et 6 disparaissent, restent la 5 brune et une version 5 blonde proposée uniquement sur place. Enfin une brune à 9,5%, l’extra, est commercialisée également depuis fin 2002, et sa sœur blonde, l’extra 9,5° a suivie en 2004 (régulièrement produite à partir de 2007).

Jusque 2013 ces bières furent brassées par un moine de l’abbaye, mais ce dernier a depuis été remplacé par un employé laïc.

Achel 5°, pour se désaltérer sur place

Nous ne nous attarderons pas ici sur les bières pression, à consommer tirées au fût dans la cafétéria de l’abbaye.

Ce sont des bières légères, peu alcoolisées et peu sucrées. Comme pour l’Orval vert servie uniquement sur place ces bières ont peu de prétention et nous vous laissons juges si vous faites le déplacement. Tout juste regretterons nous à nouveau le cadre peu convivial de cette cafétéria. Au moins sa désignation est-elle fort juste. Vous faites la queue le plateau à la main, prenez vos bières ou vos pâtisseries, et la caissière en bout de chaîne calcule votre compte. Un peu dommage car le site ne manque pas de charme.

Nous n’évoquerons pas plus non plus l’extra blonde ou brune que nous n’avons pas goûtées sur place (étrange d’ailleurs car nous avons commandé tout ce qui se dégustait…). Il faudra que nous revenions ultérieurement sur ces produits qui divisent d’ailleurs les internautes…

Non, nous nous intéresserons ici à la triple d’Achel blonde 8° et à l’Achel brune 8°, aisément trouvables dans nos commerces. Et puisque nous ne sommes pas leurs meilleurs défenseurs, la parole est aux « experts » !

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Ils ont dégusté l’Achel 8

Récente parmi les bières trappistes, la technique de brassage et surtout de filtrage et de fermentation de la Triple a évolué avec le temps.

Comme c’est à lui que nous reprenons les riches informations ci-dessus, nous laisserons d’abord la parole à Jef Van den Steen.

Il décrit la triple blonde 8° ainsi : « elle exhale un nez finement houblonné, de séduisantes touches maltées et florales, augmentées d’une note liquoreuse. Le nez prometteur ne déçoit pas en bouche : la douceur initiale se déploie en saveurs fleuries et houblonnées. Cette bière charnue assure une bonne longueur en bouche d’une délicieuse amertume tempérée par le velouté de la note maltée ».

De l’Achel brune 8°, il affirme cette fois qu’elle présente « un nez qui dévoile d’abord une douceur légère que lui procure l’alcool, mais sans perdre sa fraîcheur, malgré sa haute teneur en alcool. Bien charpentée cette bière picote légèrement sur la langue. Douce sans être sirupeuse, elle regorge de notes de fruits mûrs et de café amer. L’amertume persiste en finale ».

Mais Jef Van den Steen l’avoue lui-même : beaucoup des brasseurs et des moines sont devenus des amis. S’il nous donne des pistes lorsqu’on l’interroge il n’affirme pourtant ouvertement aucune préférence et n’indique jamais dans son ouvrage qu’une bière lui déplaît.

Il nous faut donc chercher des avis disons, plus neutres.

Puisque nous avons déjà évoqué ce site de notation en ligne voyons ce qu’en pensent cette fois les amateurs du ratebeer (ratebeer.com).

L’Achel blonde 8 y est notée 3.74/5, après avoir été commentée par 1415 membres de la communauté. Elle partage sérieusement les buveurs qui laissent leurs appréciations. Par exemple « beachmaster », un membre originaire de l’Oklahoma, lui attribue la note de 4.4/5 et déclare que « le nez est sur le fruit et la levure, le goût fruité avec un peu d’amertume au final, de longueur moyenne. Tout à fait agréable », quand « konrril, » un danois, lui décerne un 3.2/5 et précise que « l’arôme est doux, épicé, malté, mais aussi un peu collant. Idem pour le goût, assez médiocre. La fin est relativement longue, pas particulièrement formidable, bref, ce n’est pas ma tasse de thé ».

L’Achel brune 8 obtient de son côté la note de 3.76/5, testée par 1408 personnes. De ce fait on retrouve dans les commentaires les mêmes désaccords.

« Lele », un amateur italien, lui donne un 4.8/5 et affirme qu’il s’agit là d’une « bière savoureuse et intense. De très belle couleur acajou sombre marron avec des reflets grenade. Au nez elle est caramélisée et légèrement liquoreuse. En bouche se représentent les mêmes arômes qu’au nez, avec en plus fruits sec et pruneau. Un chef-d’œuvre! », tandis que « mariuspoenari », des Pays-Bas, se contente d’un 3.2/5 qu’il justifie ainsi : « odeur de levure, de cuivre, de fruits secs. Le goût suit sur les mêmes notes aigres douces avec une impression métallique assez marquée. Moyennement longue en bouche, l’arrière goût est toujours aigre doux et très métallique ».

Mais après tout rien de très illogique que les avis soient aussi partagés sur ce genre de site (quoique certaines de nos boissons préférées y fassent presque l’unanimité…).

Voyons donc du côté des vendeurs la façon dont ils présentent les bières d’Achel.

Le site saveurs-bières.com (n°1 de la vente de bières en ligne) indique que l’Achel blonde 8: « apparait dans le verre drapée d’une robe ambrée et présente ainsi un nez aromatique, rond et doux où l’on retrouve aisément la présence des esters, et les senteurs de malt assez doux qui évoquent des raisins bien murs de vendanges tardives. En bouche, l’entrée est agréable, franche, ronde, veloutée, douce avec une pointe d’amertume et d’âcreté évoquant une pelure de pamplemousse bien mûr. L’ampleur en bouche est longue avec un corps ample et on note une post-amertume pas trop sèche toutefois. Une douceur maltée miellée domine l’ensemble ».

Pas d’avis de leur biérologue sur l’Achel brune 8.

C’est donc sur l’empiredumalt.fr que nous sommes allés chercher la description suivante : « au nez, elle dégage des odeurs florales d’intensité moyenne à forte parmi lesquelles on distingue les épices et le houblon. Sa bouche est épicée, très ronde, la texture épaisse et agréable. »

Inutile de multiplier les notes de dégustation à l’infini.

Surtout que nous ne nous inquiétons pas.

Si nous ne vous avons probablement pas encore convaincus de la qualité des bières d’Achel, nous savons que nous pourrons bientôt compter sur vos nombreuses appréciations personnelles puisque, comme nous d’ailleurs, il y a fort à parier que, cet article fini, vous allez chercher à vous faire, ou refaire, votre propre opinion.

Alors qui sait, bonne dégustation peut-être! Même si on vous aura prévenu…