Toute la bière trappiste que j’aime…

6 décembre 2017, Johnny Hallyday nous quitte. Au lieu de s’apitoyer sur son sort et de pleurer son idole, un fan de toujours nous propose de revivre la carrière de la star du Rock’n’Roll en buvant des bières trappistes.   

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Rochefort 10 : J’ai un problème / Allumer le feu

J’ai un problème, je crois bien que je t’aime. La Rochefort 10, on est beaucoup à aimer. A priori, ce n’est pas un problème mais il faut reconnaître quand même que, si le goût est excellent, la bière est forte en alcool. Titrant à 11,3%, c’est la bière trappiste la plus forte. Elle permet donc d’Allumer le feu et dans état second, de voir danser les diables et les dieux.

 

Zundert : Je me sens si seul

Ce n’est pas la chanson la plus connue de Johnny mais après une première adaptation du tube d’Elvis « Heartbreak hotel », intitulée A l’hôtel des cœurs brisés, il signe lui-même une nouvelle adaptation qu’il appelle Je me sens si seul. Naturellement, nous étions obligés de rapprocher ce titre de l’excellente bière produite à Zundert puisque la brasserie a pour politique de tout miser sur une seule bière, comme le fait Orval.

 

La Trappe : Tutti Frutti

A l’opposé, La Trappe propose un choix de neuf bières très varié (blanche, blonde, triple, etc.). Alors, bien sûr, littéralement, Tutti Frutti signifie « Tous les fruits » mais pour l’occasion, nous le traduirons par « Toutes les saveurs », ce qui nous permet de conseiller les bières Trappes : il y en a pour tous les goûts.

 

Achel : Je te promets / L’envie

Je te promets, si la bière parlait, ça serait les trois mots des bières Achel. C’est le petit avis subjectif récurent de l’ABBET : en général, la bière de Achel n’est pas trop appréciée. Pourtant, la première fois que nous l’avons bu, nous étions plein d’espoir. Nous avions L’Envie. « Une bière trappiste, s’était-on dit, ça ne peut pas être mauvais ». En plus, dans le premier trappist tour, le trappist tour officieux qui a donné naissance à l’ABBET, il s’agissait de la première dégustation. Hélas, ce fut une déception, comme beaucoup de promesses et pourtant, nous avions envie d’avoir envie.

 

Spencer Imperial Stout : Noir, c’est noir

Une vraie stout ! On n’est même pas sur de la brune, non, l’Imperial Stout de Spencer, la brasserie du Massachusetts, c’est noir et c’est tout. Pour celles et ceux qui ont du mal avec les stouts, nous déconseillons mais rassurez-vous : même si Johnny chantait Noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir, ce n’est pas valable pour les Spencer car ils ont une gamme très variée avec de bonnes bières.

 

Westvleteren : Que je t’aime / J’oublierai ton nom

Tous les amateurs sont unanimes : la Westvleteren est une des meilleurs bières du monde. La Westvleteren XII a d’ailleurs eu officiellement ce titre plusieurs années. Il est donc assez normal de lui attribuer cette chanson de Johnny : Que je t’aime, que je t’aime, que je t’aime… On aurait pu également faire un petit clin d’oeil à ce nom difficile à prononcer et donc difficile à retenir pour celles et ceux qui ne maîtrisent pas la langue Flamande : Westvleteren, j’oublierai ton nom.

 

Chimay : L’idole des jeunes

Contrairement à la Westvleteren, la Chimay est sans doute la plus commercialisée. En tout cas, ce fut l’une des premières bières trappistes que l’on trouvait en grande surface. A l’époque, quand nous étions jeunes, il était donc de bon ton d’amener en soirée une Chimay. Cela changeait des véritables idoles des jeunes (la Despe par exemple) et c’est quand même largement meilleure ! La Chimay, L’idole des jeunes et des moins jeunes.

Faut-il acheter de l’Achel ?

Parmi toutes les bières trappistes dont nous vous parlons régulièrement ici il en est une qui souffre d’occurrences bien plus rares que les autres : l’Achel. Ou alors c’est pour l’évoquer de façon bien peu flatteuse. Il suffit peut-être de rappeler à nos lecteurs distraits que dans un article consacré à vos repas de fête nous proposions de l’associer sur vos plateaux de fromage, tiède, à un Babybel…(https://abbetrappiste.wordpress.com/2015/12/15/que-boire-avec-une-belle-dinde/)

C’est que cette bière ne rencontre aucun défenseur au sein de notre amicale, qui, pire, parle en connaissance de cause puisque nous avons tous goûté sur place les quatre breuvages proposés par l’abbaye (dont certains ont fini dans le bac à fleur jouxtant notre table…).

Mais c’est l’été, nous nous détendons, et nous laissons une dernière (…) chance à l’Achel de vous convaincre d’en faire l’acquisition chez votre brasseur ou à la terrasse d’un bistrot audacieux.

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Et pourtant cette bière fut renommée

D’abord peut-être en évoquant l’histoire ancestrale de cette abbaye.

Parce qu’Achel fait office de précurseur au sein des communautés trappistes. Dès 1731 les moines bénédictins qui occupent le terrain acquis en 1686 par Peter van Enneten y sont soumis à la stricte application de la règle de St Benoit : silence, langage des signes, heures canoniales.

Et il est attesté qu’ils boivent de la bière qu’ils brassent eux même puisque, expulsés comme les autres par les lois révolutionnaires françaises (la France s’étend alors sur la Belgique et les Pays-Bas actuels), l’acte de vente de leur domaine en 1798 mentionne une brasserie.

Ce sont les moines de Westmalle qui y essaiment en 1845 et entreprennent la rénovation des bâtiments.
A leur tour les moines d’Achel seront à l’origine de la fondation de St Rémy de Rochefort en 1887… mais vous le savez sûrement déjà, sinon : https://abbetrappiste.wordpress.com/2016/05/23/cetait-le-trappist-tour-2016/

Les moines d’Achel ne tardent pas à produire à nouveau leur bière, dès 1850 une malterie et une brasserie ouvrent au sein de l’abbaye et fabriquent le doux breuvage malté «exclusivement destiné à l’usage de la communauté », brassé à partir de l’eau bouillie de la rivière voisine.

Les moines d’Achel ne rigolent d’abord pas avec leur production. La meilleure bière, servie dans leur maison d’hôte, titre ainsi 12°, soit plus que toutes les trappistes produites aujourd’hui.

Mais le 7 octobre 1914 le général de l’armée belge De Schepper installe ses quartiers dans l’abbaye St Benoit à Achel pour barrer la progression allemande en direction d’Anvers. Peine perdue puisque les soldats allemands s’y installent. Le père Antonius Bus, administrateur de l’ermitage d’Achel pendant la guerre, indique ainsi qu’ils y boivent 2300 litres de bière pendant leurs quelques jours d’occupation !

Achel a ceci de particulier que le site est à la frontière entre Belgique et Pays-Bas. Quelques moines se réfugient donc 100 mètres plus loin dans au sein de baraquements situés sur territoire néerlandais, où ils sont contraints de rester puisque la frontière est électrifiée par l’armée d’occupation. Ils y assistent impuissants au démantèlement de la brasserie à l’été 1917. Et oui, les installations sont pour l’essentiel en cuivre et la pénurie de métaux fait rage côté allemand…

Après guerre l’état belge ne dédommage pas l’abbaye…considérée comme néerlandaise ( !). Comme 1100 autres brasseries belges celle d’Achel ferme alors ses portes. Même si la Patersvaatje, cette fameuse bière à 12°, ne disparait pas pour autant puisque la recette a vraisemblablement fait des adeptes…à Rochefort !

Les moines d’Achel se tournent eux vers la production d’encaustique et de produits de la ferme.

Mais celles-ci périclitent dangereusement à la fin du XXe siècle. Seule la supérette de produits belges de frère Martinus (toujours en activité !) assure encore quelques revenus grâce à la fréquentation régulière des frontaliers néerlandais. Les moines d’Achel décident alors la commercialisation d’une nouvelle bière.

C’est toutefois la brasserie De Kluis à Hoegaarden qui est d’abord sollicitée. Avant d’être rachetée par le groupe Interbrew, celle-ci fabriquait de la Vader Abt, maintenant disparue, qu’elle accepte de livrer à l’abbaye d’Achel sous le nom de Trappistenbier van de Achelse Kluis. Pour justifier l’appellation trappiste, les moines deviennent détenteurs de 5% de la bière d’Hoegaarden ! Subterfuge insuffisant pour convaincre la communauté des abbayes trappistes, la bière d’Achel doit être rebaptisée Sint Benedict. L’incendie de la brasserie De Kluis d’Hoegaarden en 1985 met fin à cette première expérience. Cette dernière est donc rachetée par Interbrew (Leffe, Tongerlo…).

La brasserie Sterckens à Meer prend alors le relai et livre sa Poorter sous étiquette Achel. Fin de l’expérience cette fois en 1990, et début de la coopération avec la brasserie De Teut…qui fait faillite en 1995.

Malheureusement (oups…) les moines d’Achel semblent ne pas y voir d’avertissement divin, et ils persistent. Sous l’impulsion d’un nouvel abbé venu d’Orval, la communauté acte en 1997 la création d’une brasserie associée à une cafétéria, destinées à capter les 500 000 habitants des 20km environnants et à proposer un but ou une halte aux nombreux cyclistes sillonnant la région.

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Et Achel se remis à brasser

Les premières bières sont brassées à partir de 1998 par frère Thomas qui souhaite « une bière de caractère, légère et désaltérante, sans aromates ni sucres, parfumée de cônes de houblon nature ».

Les Achel 4 (considérée comme bière de table), 5 (brune très légère) et 6 (blonde) sont alors servies uniquement au fut aux visiteurs de passage.

Mais les revenus sont toujours insuffisants. Embouteillage et commercialisation sont donc nécessaires, et une nouvelle bière, une Triple titrant 8%, est alors mise au point en 2001 à partir de la Achel 6. La version brune titrant également 8% suit en 2002. L’Achel 4 et 6 disparaissent, restent la 5 brune et une version 5 blonde proposée uniquement sur place. Enfin une brune à 9,5%, l’extra, est commercialisée également depuis fin 2002, et sa sœur blonde, l’extra 9,5° a suivie en 2004 (régulièrement produite à partir de 2007).

Jusque 2013 ces bières furent brassées par un moine de l’abbaye, mais ce dernier a depuis été remplacé par un employé laïc.

Achel 5°, pour se désaltérer sur place

Nous ne nous attarderons pas ici sur les bières pression, à consommer tirées au fût dans la cafétéria de l’abbaye.

Ce sont des bières légères, peu alcoolisées et peu sucrées. Comme pour l’Orval vert servie uniquement sur place ces bières ont peu de prétention et nous vous laissons juges si vous faites le déplacement. Tout juste regretterons nous à nouveau le cadre peu convivial de cette cafétéria. Au moins sa désignation est-elle fort juste. Vous faites la queue le plateau à la main, prenez vos bières ou vos pâtisseries, et la caissière en bout de chaîne calcule votre compte. Un peu dommage car le site ne manque pas de charme.

Nous n’évoquerons pas plus non plus l’extra blonde ou brune que nous n’avons pas goûtées sur place (étrange d’ailleurs car nous avons commandé tout ce qui se dégustait…). Il faudra que nous revenions ultérieurement sur ces produits qui divisent d’ailleurs les internautes…

Non, nous nous intéresserons ici à la triple d’Achel blonde 8° et à l’Achel brune 8°, aisément trouvables dans nos commerces. Et puisque nous ne sommes pas leurs meilleurs défenseurs, la parole est aux « experts » !

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Ils ont dégusté l’Achel 8

Récente parmi les bières trappistes, la technique de brassage et surtout de filtrage et de fermentation de la Triple a évolué avec le temps.

Comme c’est à lui que nous reprenons les riches informations ci-dessus, nous laisserons d’abord la parole à Jef Van den Steen.

Il décrit la triple blonde 8° ainsi : « elle exhale un nez finement houblonné, de séduisantes touches maltées et florales, augmentées d’une note liquoreuse. Le nez prometteur ne déçoit pas en bouche : la douceur initiale se déploie en saveurs fleuries et houblonnées. Cette bière charnue assure une bonne longueur en bouche d’une délicieuse amertume tempérée par le velouté de la note maltée ».

De l’Achel brune 8°, il affirme cette fois qu’elle présente « un nez qui dévoile d’abord une douceur légère que lui procure l’alcool, mais sans perdre sa fraîcheur, malgré sa haute teneur en alcool. Bien charpentée cette bière picote légèrement sur la langue. Douce sans être sirupeuse, elle regorge de notes de fruits mûrs et de café amer. L’amertume persiste en finale ».

Mais Jef Van den Steen l’avoue lui-même : beaucoup des brasseurs et des moines sont devenus des amis. S’il nous donne des pistes lorsqu’on l’interroge il n’affirme pourtant ouvertement aucune préférence et n’indique jamais dans son ouvrage qu’une bière lui déplaît.

Il nous faut donc chercher des avis disons, plus neutres.

Puisque nous avons déjà évoqué ce site de notation en ligne voyons ce qu’en pensent cette fois les amateurs du ratebeer (ratebeer.com).

L’Achel blonde 8 y est notée 3.74/5, après avoir été commentée par 1415 membres de la communauté. Elle partage sérieusement les buveurs qui laissent leurs appréciations. Par exemple « beachmaster », un membre originaire de l’Oklahoma, lui attribue la note de 4.4/5 et déclare que « le nez est sur le fruit et la levure, le goût fruité avec un peu d’amertume au final, de longueur moyenne. Tout à fait agréable », quand « konrril, » un danois, lui décerne un 3.2/5 et précise que « l’arôme est doux, épicé, malté, mais aussi un peu collant. Idem pour le goût, assez médiocre. La fin est relativement longue, pas particulièrement formidable, bref, ce n’est pas ma tasse de thé ».

L’Achel brune 8 obtient de son côté la note de 3.76/5, testée par 1408 personnes. De ce fait on retrouve dans les commentaires les mêmes désaccords.

« Lele », un amateur italien, lui donne un 4.8/5 et affirme qu’il s’agit là d’une « bière savoureuse et intense. De très belle couleur acajou sombre marron avec des reflets grenade. Au nez elle est caramélisée et légèrement liquoreuse. En bouche se représentent les mêmes arômes qu’au nez, avec en plus fruits sec et pruneau. Un chef-d’œuvre! », tandis que « mariuspoenari », des Pays-Bas, se contente d’un 3.2/5 qu’il justifie ainsi : « odeur de levure, de cuivre, de fruits secs. Le goût suit sur les mêmes notes aigres douces avec une impression métallique assez marquée. Moyennement longue en bouche, l’arrière goût est toujours aigre doux et très métallique ».

Mais après tout rien de très illogique que les avis soient aussi partagés sur ce genre de site (quoique certaines de nos boissons préférées y fassent presque l’unanimité…).

Voyons donc du côté des vendeurs la façon dont ils présentent les bières d’Achel.

Le site saveurs-bières.com (n°1 de la vente de bières en ligne) indique que l’Achel blonde 8: « apparait dans le verre drapée d’une robe ambrée et présente ainsi un nez aromatique, rond et doux où l’on retrouve aisément la présence des esters, et les senteurs de malt assez doux qui évoquent des raisins bien murs de vendanges tardives. En bouche, l’entrée est agréable, franche, ronde, veloutée, douce avec une pointe d’amertume et d’âcreté évoquant une pelure de pamplemousse bien mûr. L’ampleur en bouche est longue avec un corps ample et on note une post-amertume pas trop sèche toutefois. Une douceur maltée miellée domine l’ensemble ».

Pas d’avis de leur biérologue sur l’Achel brune 8.

C’est donc sur l’empiredumalt.fr que nous sommes allés chercher la description suivante : « au nez, elle dégage des odeurs florales d’intensité moyenne à forte parmi lesquelles on distingue les épices et le houblon. Sa bouche est épicée, très ronde, la texture épaisse et agréable. »

Inutile de multiplier les notes de dégustation à l’infini.

Surtout que nous ne nous inquiétons pas.

Si nous ne vous avons probablement pas encore convaincus de la qualité des bières d’Achel, nous savons que nous pourrons bientôt compter sur vos nombreuses appréciations personnelles puisque, comme nous d’ailleurs, il y a fort à parier que, cet article fini, vous allez chercher à vous faire, ou refaire, votre propre opinion.

Alors qui sait, bonne dégustation peut-être! Même si on vous aura prévenu…

A la prochaine !

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Non non, personne ne part. Il s’agit plutôt de trinquer à l’arrivée de la (ou des) nouvelle(s) trappiste(s) arborant le logo Authentic Trappist Product ! Pour l’instant, il en existe onze, que vous connaissez déjà probablement (enfin, onze abbayes, mais davantage de bières). Et d’après l’interview que Jef Van De Steen a accordée à l’ABBET, la liste pourrait s’allonger dans les années à venir. Bien évidemment, la discrétion reste de mise et aucun nom n’a été cité. Mais, lors d’un autre entretien, il a apporté une précision supplémentaire : d’après lui, il y aurait deux élues. D’où la question : lesquelles ?

Aucune mention n’a été trouvée sur les abbayes éventuellement nominées. Ni aucune rumeur, ni aucun bruit de couloir. Rien. Nada. Tout ça pour dire que, dans les lignes qui suivent, nous serons dans la spéculation la plus totale. Mais nous allons tenter des pronostics ! D’ailleurs, si quiconque a vent d’une information intéressante, qu’il la partage sans hésiter…

Avant de se lancer…

La condition à respecter pour qu’une bière porte le logo ATP est que l’abbaye qui la produit soit membre de l’Association Internationale Trappiste. Par exemple, la dernière en date (l’abbaye Tre Fontane) a rejoint l’AIT en 2014 et sa bière a obtenu le logo en 2015.

Une première possibilité serait que l’une des onze abbayes brassant déjà sorte une nouvelle bière. Chimay l’a fait à plusieurs reprises, avec la Dorée ou la Bleue vieillie en fûts, l’abbaye de Koeningshoeven a sorti la trappe Isid’Or, Engelszell la Nivard, …etc. Mais ce serait très difficile à prévoir, et, avouons-le, un peu moins excitant que si une nouvelle abbaye se lançait dans cette noble tâche qu’est l’art brassicole.

Ensuite, il y a la Mont des Cats, bière trappiste qui, en raison de sa production à Notre Dame de Scourmont, n’est pas estampillée ATP. Mais aux dernières nouvelles (août 2015), il n’était pas question de brasser sur place ni même de demander le logo.

Tournons-nous donc vers les abbayes trappistes inconnues, et voyons si l’on peut repérer quelque chose. Facile, il n’y en a que quatre-vingt-seize, auxquelles il faut ajouter soixante-six monastères, répartis un peu partout en Europe, mais aussi aux Etats Unis, à Madagascar, en Inde, en Chine, au Japon… Bref, partout. Il serait passionnant de leur demander s’ils comptent un jour brasser, mais il y aurait là de quoi alimenter une thèse de doctorat en zythologie.

Limitons donc la sélection aux abbayes déjà membres de l’AIT…

Les nominés sont…

Ces abbayes sont aujourd’hui au nombre de dix-neuf, et si l’on ôte les onze abbayes que nous connaissons déjà, il en reste (environ) huit. Chacune produit des denrées, alimentaires ou non, détaillées dans le tableau ci-dessous :

Abbaye

Pays

Produits

Notre Dame de Nazareth

Belgique

Savons, shampooings, drapeaux, ornements liturgiques

Notre Dame de Brialmont

Belgique

Champignons, œufs, confitures, biscuits

San Pedro de Cardeña

Espagne

Vins, liqueurs, céramiques, fromages de brebis

Notre Dame de Clairefontaine

Belgique

Boulangerie, biscuits, céramiques, peintures sur soie

Abbaye Lilbosch

Pays Bas

Vins, liqueurs (autrefois), puis produits agricoles

Prieuré Klaarland

Belgique

Tablettes de levure de bière de Chimay, ornements liturgiques, bougies, cartes de voeux

Abbaye de Mariawald

Allemagne

Bière (autrefois) puis liqueurs, biscuits, moutarde, produits cosmétiques

Notre Dame de Soleilmont

Belgique

Pains de ménage, hosties, biscuits, céramiques

On remarque qu’une majorité de ces abbayes est belge, mais aussi que toutes viennent d’un pays où il existe une grande culture brassicole. Même l’Espagne : il y a de très bonnes brasseries en Catalogne et en Galice, mais c’est un peu hors sujet.

Mais surtout, ce qui saute aux yeux, c’est que l’abbaye de Mariawald a produit de la bière ! En se penchant davantage sur l’histoire de cette abbaye, il apparaît que la brasserie a été créée après le Seconde Guerre Mondiale, mais que la production a cessé en 1956 par manque de matières premières. La recette n’a pas été oubliée pour autant, et c’est la brasserie Bitburg qui a repris le flambeau, et qui commercialise encore aujourd’hui cette bière sous le nom de « Fluitter ». Si l’installation existe encore au sein de l’abbaye, il est tout à fait envisageable que la production reprenne, comme ce fut le cas pour l’abbaye d’Engelszell.

Oui mais alors, la deuxième ?

Difficile à dire. Mais en fouillant un peu parmi les abbayes trappistes disséminées dans le monde, on peut trouver des traces certaines de brasseries dans onze d’entre elles, dont une grande majorité (huit) en France : Notre Dame de la Trappe, Notre Dame de Melleray, Notre Dame de Chambarand, Notre Dame du Gard, Notre Dame du bon repos, Notre Dame du Port du Salut, et les abbayes de Sept-Fons et d’Oelenberg. Les trois autres sont situées en Algérie (Notre Dame du Staoueli), aux Pays Bas (abbaye de Tegelen) et en Bosnie (abbaye de Banja Luka). Dans la plupart d’entre elles, le brassage a cessé au début du XXe siècle.

Pour affiner l’investigation, il sera indispensable de les contacter. Et dans le cas des abbayes françaises, une telle démarche a prouvé par le passé que l’abbaye de Sept-Fons n’envisageait absolument pas de brasser à l’avenir, mais surtout que beaucoup ne répondaient pas… Donc, les paris sont ouverts !

En conclusion, nous ne pouvons dans l’immédiat proposer qu’un seul pronostic : l’abbaye de Mariawald semble en effet être une candidate très sérieuse. Un second pronostic demandera une réflexion plus poussée. Quoi qu’il en soit, l’apparition d’une nouvelle bière trappiste ne pourra être qu’une réjouissance, et ce pour deux raisons : la première, c’est évidemment l’enrichissement d’une diversité de saveurs déjà importante. Si la petite nouvelle est allemande, bosniaque ou algérienne, elle risque en effet d’être bien différente de celles que nous connaissons déjà. La deuxième… C’est bien sûr qu’un tel évènement s’arrose !

Aux sources de la polémique Rochefort

Abbaye de Saint-Rémy, Rochefort, (CC Grentidrez Wikimedia)

Abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy, Rochefort, (CC Grentidrez Wikimedia)

L’abbaye Notre-Dame de Saint-Rémy, à Rochefort (Wallonie), a pour l’instant été évoquée sur ce site essentiellement à travers ses produits : trois bières, à savoir la 6, la 8, qui remporte tous les suffrages au sein du bureau de l’ABBET, et la 10, surnommée à juste titre la « merveille ».

Le sujet est tout autre aujourd’hui, puisque nous vous présentons une problématique à laquelle doit fait faire face l’abbaye depuis quelques années. En effet, l’entreprise Lhoist, un des leaders mondiaux de production de chaux, a pour projet d’approfondir la carrière de la Boverie, voisine de l’abbaye. D’après les moines, cet approfondissement risque de tarir ou de polluer l’eau de la source qu’ils utilisent pour le brassage, la source Tridaine. Auquel cas, la production et la qualité de la bière s’en ressentiraient forcément, pour le bonheur de nos foies mais le malheur de nos palais, et surtout des moines. Lhoist assure de son côté que son projet préservera la qualité de l’eau, et que les deux activités sont compatibles. Pour débroussailler un peu le terrain, commençons par une brève présentation des acteurs de cette affaire.

Les protagonistes

  • La source Tridaine :

Découverte à la fin du XVIIIe siècle par les moines en creusant une galerie dans la mine de galène (minerai de plomb) qu’ils exploitaient alors, elle appartient à l’abbaye depuis 1833. L’exploitation de la mine a cessé, mais la ville de Rochefort a percé une galerie en 1892 pour capter l’eau de la nappe, d’une qualité si remarquable qu’aucun traitement pour la rendre potable n’est nécessaire. Cette galerie, encore en fonction aujourd’hui, permet de capter 500 000 m3 d’eau par an en moyenne. Une centaine parvient à Notre Dame de Saint Rémy pour son fonctionnement et la brasserie. Les 400 000 m3 restants sont offerts à la ville de Rochefort et alimentent 4800 habitants en eau potable. Cette distribution à la commune est gratuite car aucun pompage n’est mis en place, l’eau s’écoulant simplement par gravité.

En cas de forte sécheresse, comme en 2011, la source ne débite plus suffisamment d’eau pour satisfaire cette demande. Les moines utilisent alors l’eau d’un puits sur leurs terrains, le « puits de Neuville », et la ville de Rochefort achète de l’eau au barrage de Nisramont, distant de quelques kilomètres.

  • La carrière de la Boverie :

Propriété de l’entreprise Lhoist Industrie S.A., la carrière de la Boverie est exploitée depuis 1956. Chaque année, près de 2 millions de tonnes de pierre en sont extraites, dont 1,3 millions de tonnes de calcaire d’excellente qualité, utilisé pour produire 400 000 tonnes de chaux. Les revenus générés sont très importants, puisque les recettes fiscales annuelles sont de l’ordre de 5,9 millions d’euros, dont 20% environ vont aux pouvoirs locaux. Une centaine de personnes travaille directement sur le site, et en comptant les emplois indirects, la carrière emploie au total 468 personnes.

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Localisation de l’abbaye, de la carrière, et de la source Tridaine.

Une cohabitation harmonieuse qui devient houleuse

Pendant des années, tout va bien. Des précautions sont cependant prises afin que l’exploitation ne risque pas d’altérer la source : en octobre 1984, l’abbaye, la ville de Rochefort et l’entreprise Lhoist signent une convention, dont un extrait est présenté ci-dessous, afin de limiter la profondeur des forages.

Article 2. Une zone sphérique de protection d’un rayon de 250 m. autour du point d’émergence principal de l’eau de TRIDAINE sera maintenue inexploitée. La cote de ce point est de + 211,45 m. par rapport au niveau de la mer.

Article 3. Autour de la zone de protection, l’exploitation ne descendra pas sous la cote + 220 m. par rapport au niveau de la mer. Cette limitation pourra être adoucie ultérieurement s’il est démontré que l’exploitation à un niveau inférieur ne risque pas de porter préjudice à TRIDAINE ; à ce sujet, l’avis du service géologique de Belgique sera déterminant.

Extrait de la convention signée le 1eroctobre 1984 par la ville, Lhoist et l’abbaye.

En résumé, il est convenu qu’au plus profond, la carrière peut atteindre une altitude de 220 m au-dessus du niveau de la mer, soit 10 m environ au-dessus de la source, mais que, sur avis des autorités compétentes, ce niveau peut être réévalué. Cette altitude limite, atteinte aujourd’hui, permet une exploitation de calcaire jusqu’en 2023.

Mais, à partir de 2006, l’entreprise Lhoist songe à un approfondissement de la carrière. Les moines l’apprennent en constatant le tarissement (pendant quelques heures) de la source. L’entreprise Lhoist leur confirme alors qu’un forage d’essai a été entrepris sous la cote convenue. Une fois le forage interrompu, la source a retrouvé son débit normal.

Ce projet d’approfondissement, qu’en est-il exactement ?

L’entreprise Lhoist envisage une extension de la carrière en creusant dans la zone rocheuse contenant la nappe (l’aquifère, en termes géologiques) jusqu’à une altitude de 160 m, ce qui lui permettrait de poursuivre son activité jusqu’en 2046. Mais cette fois, afin d’éviter tout risque de tarissement de la source, le projet comporte également la mise en place de trois puits afin de pomper l’eau à une altitude de 80 m, qui alimenteraient en eau la source Tridaine.

Le projet a été présenté au public sous la forme d’une brochure, disponible ici, et sous la forme d’une vidéo que vous pouvez visionner ici.

D’après Lhoist, ce projet présente plusieurs avantages : en plus de pérenniser les 468 emplois concernés, un pompage permettrait d’obtenir un débit plus constant à la source Tridaine, et l’eau, en raison de la plus grande profondeur du captage, devrait être d’aussi bonne qualité, voire meilleure. Ainsi, la qualité de la bière ne serait pas affectée.

D’accord, mais est-ce faisable ?

Pour répondre à cette question, la ville, l’abbaye et l’entreprise font réaliser une étude de faisabilité par des experts géologues. Cette étude, décidée par une nouvelle convention signée en 2008, est encadrée par le « Groupe de travail Tridaine », constitué de représentants des trois parties, du SPW (Service Public de Wallonnie) et du département de géologie du FUNDP (Facultés Universitaires de Notre Dame de la Paix).

Cette étude doit se dérouler en deux phases :

  • une phase « passive », qui a pour but de collecter toutes les données nécessaires à une connaissance exhaustive du sous-sol.
  • Une phase « active » et réversible, comportant des pompages d’essai de longue durée.

Malgré les réserves de la ville et de l’abbaye, comme le montre l’extrait du PV du Conseil Communal ci-dessous,  l’accord est conclu et l’étude de faisabilité est effectuée.

Extrait du Procès-Verbal du Conseil Communal de Rochefort du 30 juin 2008

Extrait du Procès-Verbal du Conseil Communal de Rochefort du 30 juin 2008

Le rapport complet de l’étude est remis en mai 2012 et est disponible ici : partie 1 / partie 2. Si toutefois vous faites partie des 99,9 % de la population qui ne sont pas géologues de formation, les conclusions générales sont disponibles .

Là où la situation s’emballe…

La phase passive s’effectue sans encombre. Mais, pour l’abbaye, le passage à la phase active risque de polluer ou tarir la source. C’est donc précisément ce point qui oppose l’industrie Lhoist et l’abbaye, et qui va s’amplifier jusqu’à atteindre la plus haute juridiction administrative du pays… Une frise des évènements détaillés ci-dessous est disponible ici.

En mai 2013, l’entreprise Lhoist demande un permis d’environnement et un permis d’urbanisme afin de commencer le forage des puits. Comme pour toute demande de permis environnemental, une enquête publique est ouverte le 17 juin. Le 18, l’abbaye de Notre Dame de Saint Rémy organise une conférence de presse, lors de laquelle elle affirme son opposition au projet, puis, dans la foulée, le nouveau ministre de l’Environnement, Philippe Henry, soulève l’idée de la rédaction d’un arrêté définissant une zone de prévention autour de la source Tridaine. En se penchant sur cette affaire, il annonce qu’il sera « très attentif à la défense d’un patrimoine culturel important qu’est la source utilisée pour la production des Trappistes de Rochefort ». Et voilà comment une petite source devient une affaire d’état !

Reprenons le cours des évènements : le 1er juillet, les résultats de l’enquête publique tombent : 2000 personnes sont pour le passage à la phase active, 8600 contre. Visiblement, ce résultat n’a pas beaucoup de poids, puisque le 14 août, l’administration wallonne délivre à l’entreprise Lhoist le permis d’urbanisme. Le permis environnemental est quant à lui octroyé  au début du mois d’octobre. La réaction de l’opinion publique ne se fait pas attendre, puisque des comités de soutien apparaissent (le « Comité Source Tridaine » notamment), des pétitions fleurissent, et des associations déjà existantes (de spéléologie, d’écologie,…) prennent le parti de l’abbaye.

Pendant ce temps, l’idée de la zone de prévention fait son chemin : une seconde enquête publique est ouverte à ce sujet le 15 janvier 2014 (elle se clôturera environ un mois plus tard, et aboutira à un arrêté ministériel détaillé plus loin). Quelques jours plus tard, l’entreprise Lhoist présente le projet d’approfondissement à ses collaborateurs, fournisseurs et sous-traitants lors de deux soirées d’informations, les 20 et 21 janvier 2014.  Le 25, des artistes et des habitants de Rochefort tournent un clip musical pour exprimer leur opposition au projet («ne touchez pas à la tridaine», des Samouraïs de iD eaux).

Coup de tonnerre le 31 janvier 2014 : le ministre Henry retire à Lhoist le permis environnemental, estimant que les garanties pour maintenir la qualité de l’eau sont insuffisantes.

Inutile de dire qu’après ça, forcément, l’ambiance devient tendue…

Le ministre Henry encourage pourtant le dialogue pour trouver un compromis, et suggère de pomper l’eau du puits de Neuville (souvenez-vous, celui qui a déjà été utilisé en 2011) pour approvisionner l’abbaye en eau. C’est dans cet esprit de conciliation qu’est organisée le 10 mars une réunion entre les autorités communales de Rochefort, et les représentants de l’entreprise Lhoist et de Notre Dame de Saint Rémy. Frère Jean Paul Wilkin, représentant de l’abbaye, n’est pas présent mais dit, dans sa lettre déclinant l’invitation, rester ouvert au dialogue…

Le 3 avril 2014, l’entreprise Lhoist introduit un recours au Conseil d’Etat belge, afin d’obtenir l’annulation de la décision ministérielle. Sa décision, encore à venir, pourra peut-être apporter un point final à cette polémique, face à laquelle chacun campe fermement sur ses positions.

Les arguments de chacun

Côté Lhoist…

En ayant recours au Conseil d’Etat, l’entreprise Lhoist avance que :

  • Les 468 emplois concernés par l’exploitation sont pérennisés jusqu’à 2046.
  • Les pompages de test avaient été décidés par la convention Tridaine de 2008.
  • Cette phase de test est réversible à 100%.
  • L’eau étant pompée à une plus grande profondeur, sa qualité sera au moins équivalente à aujourd’hui, voire meilleure.
  • La décision ministérielle, contraire à l’avis de l’administration, est infondée : lorsque le ministre affirme que «l’exécution du test par Lhoist est non conforme à ses droits et obligations civiles », Lhoist répond que l’entreprise est propriétaire des sites envisagés pour les tests de pompage et du terrain sous lequel la nappe alimente la source.
  • Les coûts d’installation et de pompage sont totalement pris en charge par l’entreprise, et ce pour une durée de 100 ans.
  • Toutes les mesures sont prises conformément à la loi pour ne pas nuire à l’écosystème local.
Coté abbaye…
  • Si la qualité de l’eau est altérée, les 120 emplois générés par la brasserie, encore pérennes pour bien plus de 20 ans, sont menacés.
  • Lhoist ne respecte pas la convention de 2008.
  • Rien ne garantit la réversibilité des tests.
  • L’eau fournie par la source devenant une eau d’exhaure (c’est-à-dire pompée pour assécher la carrière), ni sa qualité actuelle ni son goût ne seront retrouvés.
  • Le coût du pompage, même si Lhoist respecte son engagement sur 100 ans, sera à la charge des habitants de Rochefort dès 2114.
  • L’abbaye étant propriétaire de la source, elle est en droit de s’opposer à sa destruction.
  • L’épuisement de la carrière en 2023, déjà prévisible en 1984, aurait dû laisser le temps à Lhoist de préparer une reconversion des emplois concernés.
  • Une fois la carrière épuisée, un lac s’y formera en cas de fortes précipitations et sa surface, à l’air libre, favorisera la contamination de la source par des polluants jusqu’alors évités.
  • L’écosystème local, fragile, sera perturbé irréversiblement.

 

C’est donc un sacré dilemme auquel le Conseil d’Etat devra faire face ! Par ailleurs, les publications les plus abondantes provenant soit de l’abbaye (http://www.tridaine.be/) soit de l’entreprise Lhoist (http://www.info-tridaine.be/), il n’est pas forcément aisé de se documenter de manière impartiale.

Là où l’Abbet fourre son museau…

Un des principaux enjeux amenant les autorités à chercher un consensus est évidemment celui de l’emploi. Et l’abbaye comme Lhoist avancent des arguments totalement irréfutables : si l’exploitation continue, de nombreux emplois sont conservés, mais à court terme. Dans le cas de l’abbaye, les emplois sont bien moins nombreux, mais n’ont pas de limite dans le temps. Impossible de trancher…

De même, il est difficile de prévoir la situation au-delà des 100 ans évoqués. En revanche, certaines questions peuvent être davantage creusées. Pour tenter d’y répondre, l’ABBET a contacté (avec, avouons-le, peu de succès) M. François Bellot, Bourgmestre de Rochefort, Mme Laurence Indri, porte-parole de Lhoist Industries S.A, et M. De Doncker, porte-parole de l’abbaye.

  • La convention de 2008 est-elle bien respectée ?

Lhoist affirme que oui, mais l’abbaye soutient que non, les décisions devant être prises à l’unanimité. Qui a raison ? Eh bien on ne sait pas, les supers pouvoirs d’investigation de l’ABBET n’ayant pas permis d’obtenir le texte de la convention… Et personne ne nous a pas répondu là-dessus… Voilà voilà.

  • La réversibilité des tests de pompage est-elle totale ?

Pour vérifier cela, épluchons le rapport de l’étude de faisabilité. Dans les conclusions générales, il apparaît, d’après les mesures effectuées, que les tests de pompage proposés par Lhoist S.A. sont en théorie possibles. D’un point de vue quantitatif, aucun problème ne semble à craindre, et les débits prévus sont tout à fait cohérents. D’un point de vue qualitatif maintenant, un extrait de l’étude de faisabilité retient notre attention :

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Extrait des conclusions générales du rapport d’étude de faisabilité (p.233)

En clair, le site de pompage est un peu plus bas (en altitude) que le site où se mélangent les eaux d’infiltration qui alimentent la nappe. Par conséquent, cette eau devrait avoir les mêmes caractéristiques que l’eau de Tridaine.

Cependant, certains paramètres restent difficiles à évaluer précisément :

Extrait des conclusions générales du rapport d’étude de faisabilité (p.233)

Extrait des conclusions générales du rapport d’étude de faisabilité (p.233)

Si on traduit ce jargon géologique, cela signifie que les roches renfermant la nappe contiennent du soufre, mais on ne sait pas précisément où ni en quelles quantités. Or, si un pompage est mis en place, elles seront asséchées, et risqueront de s’oxyder au contact de l’air. Cela formera des sulfates, que l’on pourra retrouver dans l’eau.  Et les sulfates ont une influence énorme sur la qualité et le goût de l’eau… Ce paramètre demeurant relativement inconnu, et si on ajoute à cela les possibilités d’accident ou de fausse manipulation lors des forages, le doute sur la réversibilité des tests est permis.

En conclusion, il existe une incertitude, probablement faible, qui empêche de garantir une réversibilité absolument totale des tests. Le géologue de Lhoist S.A. ne nous a pas fourni de réponse à ce sujet.

  • Si la carrière est approfondie, l’eau de la source Tridaine est-elle vraiment menacée ?

On peut raisonnablement supposer que si le forage des puits se déroule sans encombre et que la carrière est approfondie, les processus d’infiltration alimentant la nappe seront forcément modifiés. Ceux-ci se produisant dans un milieu karstique (calcaire fracturé) complexe, où l’eau circule rapidement, il est difficile de prévoir exactement dans quelle mesure ils seront modifiés. Cela rend difficile la prédiction de la teneur en nitrates de l’eau (p.233 du rapport d’étude). Or, les nitrates ont un impact direct sur le goût et même la potabilité de l’eau.

Par ailleurs, dans la situation actuelle, les eaux s’infiltrant dans le sous-sol présentent une caractéristique intéressante : elles ont la capacité de stabiliser leur pH (c’est-à-dire leur niveau d’acidité, et donc leur caractère corrosif), ce qui protège la nappe (ces eaux sont alors dites tamponnées). Si les écoulements souterrains sont modifiés, cette protection pourrait être altérée (p.234).

Enfin, l’infiltration d’un ruisseau voisin dans le sol risque d’être accentuée, et la nappe serait donc davantage alimentée par cette eau de surface. Or, une eau de surface est plus facilement polluée qu’une eau souterraine, en raison de son exposition, par exemple, à des polluants provenant de cultures voisines, traitées chimiquement. Les géologues ayant réalisé l’étude ont donc établi une liste de précautions à prendre afin de minimiser les risques, ainsi que les contrôles permanents à effectuer sur la qualité de l’eau (p. 234). En gros, si jamais le ruisseau est pollué, son lit devra être étanchéisé…

Les pages suivantes du rapport détaillent toutes les précautions à prendre et les mesures à effectuer régulièrement pour que la qualité de l’eau soit surveillée, et maintenue. Ne les détaillons pas ici, car elles sont nombreuses et techniques. Retenons que des pompages secondaires sont prévus pour alimenter la ville et l’abbaye, au cas où un problème survienne.

Donc, pour faire court : en prenant les mesures préconisées, la qualité de l’eau de la source ne devrait pas, en théorie, être modifiée, mais les risques de pollution seraient plus nombreux qu’aujourd’hui, et une incertitude demeure.

Maintenant, concernant le lac pouvant se former dans la carrière en cas de fortes précipitations : clairement, oui, c’est une source de pollution encore plus importante. Mais si le pompage est adapté, un tel lac ne devrait en toute logique pas se former. Enfin, une exploitation de karst entraîne souvent l’apparition de particules en suspension dans l’eau, appelées fines. Ces fines augmentent la turbidité de l’eau : autrement dit, elles la rendent trouble. Mais l’abbaye, contactée à ce sujet, a confirmé qu’une turbidité seule ne serait pas un problème, dans la mesure où elle peut être éliminée par une simple filtration.

  • Le puits de Neuville est-il une bonne alternative à la source ?

L’eau de ce puits, appartenant à l’abbaye, a déjà été utilisée en 2011 pour brasser la bière de Rochefort. Cette eau a-t-elle eu un effet sur la qualité de la bière produite ? L’abbaye nous a répondu qu’à priori aucun changement n’avait été noté, mais que cela n’avait pas été approfondi dans la mesure où d’autres problématiques étaient en cours. Ce qui est tout à fait compréhensible, dans la mesure où un incendie avait ravagé l’abbaye quelques mois auparavant…

Le rapport d’étude montre que d’un point de vue quantitatif, les réserves du puits de Neuville sont certainement suffisantes. D’un point de vue qualitatif, il est difficile de conclure, dans la mesure où cette formation calcaire est mal connue (p. 31). D’où vient cette eau ? On ne sait pas bien. Mais si elle est alimentée par les mêmes réseaux que la source Tridaine, elle pourrait difficilement la remplacer. D’où la question fatidique : y a-t-il une connexion souterraine possible entre le puits de Neuville  et la nappe alimentant la source Tridaine? D’après l’abbaye, oui, d’après Lhoist, non. Aucune étude complète n’ayant été obtenue, nous ne nous avancerons pas davantage.

Une chose est sûre, un pompage d’essai dans ce puits a été décidé au conseil communal de Rochefort en septembre 2015. L’abbaye nous a confirmé que le pompage avait eu lieu, mais nous a invités à attendre que les résultats soient publiés. Interrogés sur le but de ce pompage, la ville et l’abbaye ne nous ont rien dit.

  • La zone de prévention autour de la Source change-t-elle la donne ?

Ne nous emballons pas : une zone de prévention n’est pas une réserve naturelle non plus… Normalement,  dès qu’une eau est captée pour être consommée, une zone de protection rapprochée et une éloignée sont définies autour du captage. Ces zones imposent des précautions à prendre pour éviter que des polluants ne s’infiltrent dans le sous-sol. L’arrêté ministériel du 20 mai 2014, publié au moniteur belge le 12 juin, corrige donc l’absence de zone, qui aurait dû être définie il y a bien longtemps.

Considérant que les mesures de protection, visées dans la sous-section 5, à prendre en zone de prévention, ne sont en effet pas applicables à une carrière en activité lorsqu’elle se trouve en zone de prévention (article R.170, § 1er, du Code de l’Eau);

Extrait de l’arrêté ministériel définissant la zone de prévention

Et en y regardant de plus près, il apparaît que les changements seront minimes :

Les protections envisagées concernent entre autre le stockage de produits polluants et des fuites éventuelles d’hydrocarbures. Si le projet d’approfondissement est effectué aux normes, la zone de prévention ne lui fera donc probablement pas obstacle.

Conclusion

Laissons au Conseil d’Etat le soin de répondre à cette épineuse question. Le recours ayant été introduit il y a bientôt deux ans, il est vraisemblable que le verdict soit rendu dans peu de temps. Concernant les issues possibles, elles sont limitées. Soit Lhoist obtient gain de cause, et les moines peuvent introduire un recours à la Cour Européenne des Droits de l’Homme. (Avis personnel : il serait sans doute reposant pour les plus hauts magistrats d’Europe de débattre, entre deux génocides, d’une bière trappiste…). Soit le retrait du permis est confirmé, auquel cas l’entreprise Lhoist peut tout à fait présenter une demande de permis légèrement différente…

A chacun de se faire son idée sur la question, et pour conclure, je vous laisse, je vais boire une trappiste.

L’Abbet s’est procurée de la Westvleten XII, on vous explique comment

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Notre exploit relève sans doute du coup de bol plus que du parcours du combattant. Alors que certains amateurs de cette bière, à l’instar de Flip et Leon, venus des Pays-Bas pour acquérir le précieux élixir, ont passé plus de 300 appels avant qu’un interlocuteur ne décroche à l’autre bout du fil, l’Abbet n’a eu qu’à passer quatre coups de fil avant de parvenir au Graal. Mais avant de brandir le téléphone, mieux vaut savoir quand et où appeler. C’est là que l’affaire se corse.

La quête

Plusieurs sites ont beau nous indiquer le numéro de téléphone de l’abbaye (+32 70 21.00.45), rares sont ceux à préciser les dates auxquelles la ligne est ouverte, et pour quelle Westvleteren. A force de recherches, nous sommes tombés sur LA page à garder dans ses favoris : l’agenda des commandes mis à jour par les moines.

A gauche, les horaires de réservation (en général le matin). A droite, ceux de retrait. A préciser qu’une fois au bout du fil, il vous est impossible de choisir la date et l’heure de retrait : toutes deux vous sont imposées. Idem pour le nombre de bières : deux casiers de 24 bouteilles par personne. Pas plus, pas moins.

Là, il ne reste plus qu’à appeler et à croiser des doigts pour que quelqu’un décroche et que la date et l’heure de retrait correspondent à vos disponibilités. Pour nous, c’était le cas. Et heureusement, nous avions au préalable noté sur un carnet le numéro de notre plaque d’immatriculation, elle aussi demandée lors de la réservation.

Un empêchement ? Inutile d’essayer d’appeler pour modifier votre date de retrait. Il faudra patienter jusqu’au prochain appel et à la prochaine vente.

L’obtention du Graal

En général, le retrait se fait durant la semaine qui suit la commande, au drive qui longe l’abbaye quand on vient de Watou ou de Popperinge. La file n’est pas trop dense, puisque chacun respecte les horaires de passage. Contre un mur, des dizaines de caisses en bois estampillées Westvleteren patientent. Un laïc vous accueille et vous aide à les déposer dans votre coffre. Il vous donne un ticket. Dessus, une mention précise qu’il est interdit de revendre ces bières.

Photo Abbet

Au drive-in près de l’abbaye de Saint-Sixte

On passe alors au guichet, comme dans les célèbres drives d’une chaîne de fast-food américains. Mais là, c’est un moine qui nous accueille et nous fait payer l’addition. Pour deux caisses de XII, 108 euros. Avec les consignes des deux caisses en bois et des bouteilles (24 euros au total), à rapporter en état à l’abbaye lors de la prochaine commande.

Désormais, il faut attendre 60 jours avant de pouvoir rappeler l’abbaye. Aucun des appels passé avec votre numéro de téléphone n’aboutira avant cela, et le coffre de votre voiture devra se contenter d’autres trappistes. Le temps de déguster les breuvages de l’abbaye de Saint-Sixte, ou de les laisser vieillir pour ceux qui lui préfèrent un goût plus sucré.

Y a des trappistes dans le Ratebeer !

Sans titreEt voilà, les amateurs de bières du monde entier ont rendu leur verdict 2015.

Pardon ? Vous ne connaissez pas Ratebeer ?

Oups, une mise au point s’impose alors.

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Ratebeer, c’est un site Internet (www.ratebeer.com), lancé par Joe Tucker, un Californien, il y a près de 20 ans. Son principe est aujourd’hui simple : vous vous inscrivez et à chaque fois que vous dégustez une bière vous vous connectez pour la décrire et la noter.

Chaque bière se voit ainsi attribuer une note qui dépend du nombre d’évaluations, de celle reçue également par la brasserie, de l’expérience de la personne donnant la note (un nouveau membre compte moins que celui qui commente sa 100e bière sur le site).

Si son fondateur affirme ne pas chercher le profit, son site a une influence grandissante. 1,4 millions d’internautes s’y connectent chaque mois. Et qui a nommé la Wesvleteren XII meilleure bière du monde ? Et bien le classement Ratebeer.

Alors qu’on mette les choses au point tout de suite : il y a bien des critiques et des remises en cause à faire du classement général comme des classements particuliers.

Avant tout la surreprésentation des bières et des dégustations états-uniennes, qui tiennent à l’origine du site. Mais bon, comme c’est bel et bien une trappiste qui trône en haut du classement, on veut bien en parler ici.

Du classement général 2015 d’abord, tous styles de bières confondus.

Innovation

Cette année, Ratebeer a innové. Ils ont organisé un festival, une grosse soirée, et ils ont nommé 100 bières comme étant les meilleures du monde. Pourquoi pas. C’est plutôt malin, comme l’est ce principe de notation collective.

Parmi celles-ci (données par liste alphabétique), on trouve alors les Rochefort 8 et 10, ainsi que les Westvleteren 8 et XII. On notera tout de même la présence de 71 bières états-uniennes dans les 100…

Ensuite, si on cherche un classement plus précis, il faut chercher par catégorie. Rapide pour nous, puisque nos trappistes chéries ne figurent que dans une seule du classement 2015 : Belgian Style Strong Ales.

Côté trappistes

C’est la Wesvleteren XII qui obtient la médaille d’or et se classe numéro 1. Mais cette médaille est partagée avec la Rochefort 10 (2e), la Westvleteren 8 (3e) et, pour info, la Struise Pannepot reserva (brassée par De Struise Brouwers à Oostvleteren, ce qui ne s’invente pas !) ainsi que la Saint Bernardus 12. Soyons francs, ce classement provoque chez l’Abbet un début de pâmoison. Quelle belle liste…

Viennent ensuite, médaille d’argent, la Rochefort 8 (10e), puis médailles de bronze la Trappe Quadrupel (13e…derrière la Triple Karmeliet…y a des claques qui se perdent…) et la Chimay bleue (14e).

Un classement intrigant

Ce classement a de la gueule, les 15 bières proposées sont (presque) toutes d’excellentes factures.

Mais ensuite, plus rien ! Plus de bière trappiste dans les autres catégories. Et il faut bien reconnaître que du coup ces classements nous laissent très dubitatifs. Pourquoi? Parce que si on s’intéresse aux classements «en continu» que publie le site, on trouve bien plus de trappistes. Des exemples? D’accord. Cela vous évitera de fastidieuses recherches.

Le 1er février à midi (et oui, ça bouge !). Au classement général, la Wesvleteren XII occupe ce matin la 1ère place (note de 4.43 sur 5, 3529 avis). On opine du chef, néanmoins on ne peut s’empêcher d’y voir un «effet de mode». Pour être plus clair, la Westvleteren XII a contribué fortement à la médiatisation du site Ratebeer. Mise alors sur le devant de la scène, devenue «mythique», les internautes entretiennent cette notoriété renforcée par la rareté de ce breuvage. Mais nous validons, bien sûr !

On trouve ensuite dans ce classement la Rochefort 10 à la 12e place (4.30 sur 5), et la Wesvleteren 8 à la 32e place (4.22).

Dans la catégorie «Dubbel abbey», la Westmalle double se classe 2e, la Chimay rouge 4e, et la Trappe double 26e.

Catégorie «abbey triple» (1ère la triple karmeliet ! Ce qui peut nuancer la suite…) la Westmalle triple est 9e, la Chimay triple 13e, l’Achel blonde 26e. Cette dernière mention le confirme : n’accordez pas d’importance au classement de cette catégorie…

Dans les «Abbaye quadruple» la Westvleteren XII est 1ère, la Rochefort 10 2e, la Trappe quadruple Oak aged 20 (correspond au numéro de brassin de cette bière vieillie en fût) 3e, la 21 8e, la 22 9e, la 19 16e, l’Achel extra bruin est 7e, la Trappe quadruple 17e, la Trappe Quadrupel Quercus Eikenvat gelagerd Batch #1 36e (ça existe çà ???).

En catégorie «Belgian Ale» Orval est 1ère, la Westvleteren blonde 2e, la Trappe Isidor 45e

Chez les «Belgian strong Ale» la Westvleteren 8 est 1ère, la Rochefort 8 5e, la Chimay bleue 11e.

Parmi les blanches… On ne trouve aucune mention de la Trappe Witte.

Bref, jugements douteux, catégories mouvantes, absences criantes…mais tout de même quelques qualités.

D’abord, parcourir ce site est une leçon d’humilité.

Si vous avez l’impression de vous y connaître quand vous arrivez chez votre brasseur, les listes vertigineuses de breuvages maltés que recense Ratebeer.com vous renvoient à votre fragile condition de perpétuel novice en la matière.

Ensuite, passé l’éventuel abattement lié au constat précédent, il vous vient une furieuse envie de découvrir certaines brasseries qui semblent vraiment intéressantes.

Dans le cas du présent rédacteur : la Brasserie 3 fontaines (Belgique), la brasserie Dieu du ciel (Québec), la bière «Révolution au paradis» (brasserie le Paradis à Blainville sur l’eau, en Meurthe et Moselle) ou la «bavaisienne ambrée» de la brasserie Theillier, qui paraît meilleure qu’on ne l’imaginait.

Vous l’aurez donc compris, les classements de Ratebeer sont indicatifs. Mais ils donnent envie de découvrir des bières, et ça, ça nous plaît.

Dans le secret des moines ?

Amis lecteurs, bonjour.

Pour notre plus grand plaisir, nous avons pu goûter récemment une bière rare, qu’un membre de l’Abbet a réussi à se procurer : il s’agit de la Westmalle Extra, dont les premiers brassins datent de 1934, date à laquelle l’appellation trappiste figure pour la première fois sur les bières de Westmalle. Cette bière, brassée deux fois l’an, est réservée, à l’instar de la Chimay Dorée et de l’Orval Vert, à une consommation interne à l’abbaye. Elle diffère cependant de ces deux dernières en ce sens qu’elle n’est, selon l’AIT, pas commercialisée (la Chimay Dorée se trouve désormais facilement, et l’Orval Vert est disponible à la dégustation à l’auberge de l’abbaye), et est réservée à l’usage exclusif des moines et de leurs hôtes.

A l’aspect, c’est une blonde, à la robe dorée, à la mousse abondante quoique plus fine que ses deux consœurs (la double et la triple). Au nez, le houblon est perceptible ainsi qu’une légère acidité. En bouche, c’est un mariage subtil entre des malts légers, une saveur de miel assez prononcée et un houblon avec juste ce qu’il faut de présence pour lui conférer une amertume douce. Son titrage alcoolique léger (4,8 %) lui donne un caractère très rafraîchissant. Un excellent produit donc, très bien fait et bien équilibré, mais qui de notre part suscite quelques interrogations.

Sur la saveur en premier lieu, si différente de la double et de la triple, qui laisse supposer des ingrédients ou un brassage différents. Sur l’étiquette ensuite, où figurent des éléments tout à fait dispensables, à notre sens, pour un usage interne : le titrage, et la consigne notamment. Mais aussi le logo déconseillant la consommation aux femmes enceintes : difficile de les imaginer légion parmi les moines trappistes…

La Westmalle Extra : une blonde, légère, destinée aux moines. Mais pourquoi tant de différences avec la double et la triple ? Pourquoi toutes ces mentions légales sur l’étiquette, si l’embouteillement est réalisé sur place et qu’elle n’est pas destinée à la vente ?

Pour répondre à ces questions, nous avons donc contacté la brasserie de l’abbaye de Westmalle, qui nous a répondu rapidement. Tout d’abord, elle dément la rumeur qui circule et qui nous était parvenue : la Westmalle Extra est bien disponible à la vente, sur le site (géographique, pas internet) de l’abbaye. En revanche, les quantités sont extrêmement limitées, et la boutique est ouverte sur un créneau très court : seulement quatre heures par semaine !

La recette, quant à elle, diffère effectivement de la double et de la triple : contre toute attente, et malgré l’arôme de miel bien présent, l’Extra est la seule bière brassée par Westmalle qui ne contient pas de sucre. Les autres ingrédients sont les mêmes : de l’eau de source, du houblon, des malts d’orge, et de la levure «de culture propre», autrement dit cultivée sur place. Le brassage est lui aussi identique, et la garde en cuve dure deux semaines, tout comme la double.

Voilà donc un peu de mystère dévoilé… Et, pour rester sur le thème du mystère qui s’envole, une petite remarque sur la Chimay Dorée, que nous avons goûtée de nouveau juste après. Peut-être avions nous le palais perturbé par cette découverte westmallienne, mais toujours est-il que nous avons trouvé dans la Chimay, pourtant connue, des arômes d’orange bien plus marqués que d’habitude. Plus inquiétant : en dehors de cette saveur, la bière nous a paru plus fade… Ce qui soulève un nouveau mystère ! Quelles bières boire, et dans quel ordre, pour que tous les arômes se révèlent, et qu’elles soient appréciées à leur juste valeur ? Encore un sujet qu’il va falloir creuser…