Ainsi naquit… l’Abbet

Nous, fondateurs de l'Abbet, pour vous servir.

Nous, fondateurs de l’Abbet, pour vous servir.

Si l’on se fie à la littérature, l’ABBET a des origines très anciennes. Ainsi, Schopenhauer écrivait, dans le Monde comme volonté et comme représentation, que « l’Etat n’est que la muselière dont le but est de rendre inoffensive l’ABBET » (1818). Quelques années plus tard, Emile Zola écrivit quant à lui l’un de ses plus grands romans, l’ABBET Humaine, anecdote de l’histoire de la famille Lantier, ravagée par l’alcool. A les lire, l’ABBET peut apparaître comme un rassemblement de rebelles alcooliques.

La réalité est toute autre. Et si l’on peut trouver flatteur que de tels fantasmes soient nourris à son égard, l’ABBET ne reste qu’un simple rassemblement, d’hommes et de femmes, unis dans l’épicurisme par la plus fraternelle des amitiés.

Tout a commencé en 2014, par un matin de printemps comme les autres : le soleil brillait, les oiseaux chantaient, les cerisiers étaient en fleur, et les distributeurs de billets étaient en panne. Ce matin-là, cinq amis étaient sur le départ, Grand Place de St-Omer (Pas de Calais) : Max, Manu, Oliv, Nico, et Greg, déjà amateurs de bières trappistes, mais soucieux de combler d’éventuelles lacunes en ralliant, en trois jours, la totalité des abbayes trappistes Belges et Néerlandaises : Westmalle, Achel, La Trappe, Rochefort, Orval, Chimay, Westvleteren.

Tout était prêt : le trajet enregistré, les tentes vérifiées, et surtout, précaution indispensable : le tour des roulements des conducteurs était établi, après quelques négociations… Nous voilà donc partis, et c’est sans encombre que s’achèvera cette première journée. Quel bonheur d’arriver à notre première étape, Westmalle ! Enfin, nous voyons l’abbaye, qui depuis plusieurs années ne nous était connue qu’à travers ses produits. Enorme avantage de cette abbaye, son architecture fort moderne laisse davantage de temps à la dégustation de la double et de la triple. Une surprise de taille nous attendait ensuite à Achel, à savoir la dégustation de leurs quatre spécialités. Quelle apothéose enfin, avec l’abbaye de Koningshoeven, dont la bière, la Trappe, se décline en pas moins de huit pressions ! Tout n’a pas été simple cependant : ce premier jour nous apprend que le tour des trappistes se mérite, et qu’une certaine vaillance est nécessaire: la restauration à Tilburg, difficile, et surtout la météo, hostile, ont bien failli ternir la journée! L’un d’entre nous n’a-t-il d’ailleurs pas, d’après ses propres dires, failli trépasser le soir, la température ayant été, je cite, « la plus basse qu’il n’ait connue dans sa vie » ?

Le lendemain, une étape supplémentaire est décidée en début de journée : nous ne sommes qu’à quelques encablures de Ciney, où, naïvement, nous pensions brassée la bière de même nom. Une fois au village, la place nous séduit, mais le soleil attise la soif, et nous cherchons désespérément la brasserie. L’Office du Tourisme nous explique que nous nous sommes fourvoyés : en effet, la Ciney n’est pas brassée sur place, mais par Grimbergen ! Un estaminet ayant retenu notre attention, nous décidons tout de même d’y rester pour déjeuner. Les spécialités de la maison, cuisinées à l’Orval, la Gauloise, jusqu’alors méconnue, nous redonnent la vie, et c’est dans une atmosphère de gaieté que nous arrivons ensuite à Rochefort. Un crochet par l’abbaye, que nous ne pouvons visiter qu’en partie, puis un bar local, pour la dégustation des fameuses 6, 8 et 10. L’ambiance de la ville, en fête, nous confirme dans notre gaieté et notre soif de découvertes. C’est donc dans d’excellentes conditions que nous parvenons à Orval, magnifique abbaye dans un écrin de verdure. Sans doute est-ce cette verdure qui a inspiré les moines pour nommer une de leurs bières, que nous découvrons sur place. A moins qu’il ne s’agisse que d’un produit manquant de maturité. Mystère…

La matinée du troisième jour est fraîche est brumeuse. Les tentes humides sont repliées, et peu après avoir salué nos hôtes, nous nous dirigeons vers l’abbaye de Scourmont, dans la commune de Chimay. L’atmosphère change, la dégustation de leurs quatre bières se fait dans une ambiance inattendue… Arrive alors la dernière abbaye de notre périple, St-Sixtus. Est-ce parce que c’est notre dernière étape, ou bien parce qu’elle est si difficile à trouver, ou encore que nous en entendions parler depuis si longtemps, que la sensation de pèlerinage se fait sentir lorsque nous passons son porche ? Peut-être un peu de tout cela…

A l’issue de ce voyage, nous retournons vaquer à nos occupations quotidiennes. Des étoiles plein la tête (et des bulles plein l’estomac), une douce nostalgie nous envahit, en même temps qu’une certitude, celle de recommencer. D’autant plus que nous avons constaté que nous n’étions passés qu’à quelques kilomètres, sans le savoir, de l’abbaye de Zundert, reconnue comme trappiste peu de temps auparavant. Une autre idée s’impose également, celle de faire découvrir ce magnifique patrimoine injustement méconnu. Quoi de mieux qu’une association pour cela ? C’est ainsi que quelques mois plus tard est créée l’Amicale des Buveurs de BièrEs Trappistes, pour que la prochaine fois, vous nous accompagniez.