Et le sprint est lancé…

…dans la course à la prochaine trappiste !

On se souvient que le monastère San Pedro de Cardeña, en Espagne, produit depuis plusieurs mois la bière du même nom, élaborée par un brasseur écossais d’après les conseils d’un expert de l’AIT. Mais la production étant extérieure à l’abbaye, les conditions ne sont pas encore rassemblées pour que cette bière bénéficie du label ATP.

La construction d’une brasserie dans l’enceinte du monastère était bien envisagée, mais rien de neuf sous le soleil, ce qui rend pour l’instant très incertaine la date de labellisation de la Cardeña. Affaire à suivre…

Or, une autre abbaye, en Grande-Bretagne cette fois, s’est vue octroyer en octobre par les autorités locales le permis de bâtir une brasserie : il s’agit du monastère du Mont Saint Bernard (près de Coalville, dans le Leicestershire), membre de l’AIT depuis mars 2017.

Voilà donc les deux trappistes dont parlait Jef Van de Steen lors de son interview !

Mount_St_Bernards_Abbey

Église du monastère du Mt St Bernard: simple, dans l’esprit cistercien de la stricte observance

 

Cette nouvelle signifie deux choses. Premièrement, que les pronostics que nous avions faits sont totalement dans les choux. Deuxièmement, que la douzième trappiste viendra peut-être finalement du pays de l’ale et de la stout, ce qui promet !

 

Présentation de la petite nouvelle !

Comme pour beaucoup d’autres abbayes, la création du monastère est une conséquence indirecte de la Révolution Française. Contraints à l’exil, plusieurs moines trappistes S.A.F. (Sans Abbaye Fixe) arrivent à Londres en 1794, avec en tête l’établissement d’une communauté au Canada. C’était sans compter sur la bienveillance de Thomas Weld, châtelain de Lulworth, dans le Dorset, qui leur permet de s’installer sur leurs terres. Quelques années plus tard, suite à la Restauration des Bourbons, les moines retournent en France et s’installent à l’abbaye de Melleray, en Bretagne. Mais ce retour est de courte durée, puisque la Révolution de 1830 les contraint de nouveau à la fuite. Ils trouvent cette fois refuge en Irlande, où ils fondent l’abbaye du Mont Melleray en 1833. C’est de cette abbaye-mère que part un groupe de sept moines, mené par le Père Odilo Woolfrey, pour fonder en 1835 le monastère du Mont St Bernard, sur les terres achetées à leur intention par Ambrose Philipps de Lisle, un noble local désireux de réintroduire la vie monastique dans sa région.

tableau

Laborare Est Orare, de John Rogers Herbert, dévoile le projet de monastère de Pugin, qui restera inachevé

 

Le premier monastère, édifié par William Railton (l’architecte de la colonne Nelson), connait des difficultés financières mais survit grâce à l’agriculture. Un choix d’activité plutôt judicieux, puisque c’est en labourant la terre qu’est découvert, en 1840, un trésor de 2000 pièces de monnaie et de nombreuses poteries romaines. Dès lors, le site attire des curieux, reçoit quelques donations et sert de lieu de refuge ou de retraite pour de nombreuses personnes : principalement des miséreux souffrant de la famine, mais aussi, un peu plus tard, des personnalités comme Charles Dickens. Cette renommée permet la construction d’un monastère définitif en 1844, dessiné à titre gracieux par Augustus Pugin, encore aujourd’hui en activité (le monastère, pas l’architecte). Son église, bien qu’inachevée par manque de fonds, est consacrée la même année, puis il est érigé en abbaye quatre ans plus tard par le pape Pie IX.

Pour l’anecdote, il a été brièvement question que les ossements de Richard III, découverts en 2012, reposent au monastère du Mt St Bernard, avant d’être finalement inhumés dans la cathédrale de Leicester.

 

Et la bière dans tout ça ?

On peut trouver quelques traces d’une bière de table produite au monastère au XIXe siècle. Mais elles sont peu nombreuses (seuls quelques visiteurs l’ont décrite) et surtout peu flatteuses, puisque les témoignages concordent sur son caractère insipide. Si les moines ont en effet brassé dans le passé, il ne s’agissait donc probablement que d’un produit destiné à une consommation interne, l’essentiel de leur activité étant centrée sur leur potager, leur verger et surtout leur ferme laitière. Mais depuis le début des années 2010, une crise au Royaume-Uni  fait chuter le prix du lait, rendant l’exploitation, comme environ 10 000 autres dans le pays, trop peu rentable. A problème de croissance, solution responsable : le monastère abandonne le lait au profit de la bière. Mais le silence règne encore autour de cette décision, et la communauté ne laisse rien filtrer sur le brassage ou la recette envisagés. Même l’implication de l’AIT ou d’autres abbayes dans la production est, elle aussi, inconnue. Difficile donc de prédire quoi que ce soit sur la saveur de cette future trappiste ! Au plus peut-on espérer, afin que nos chers breuvages proposent un panel encore plus varié, qu’elle aura un caractère britannique de tradition. Par exemple, en s’apparentant à une ale ou une lager de pub. Ou bien, en mémoire d’un des plus célèbres hôtes du monastère, Sir Alec Guiness, à une stout ?

Ne nous hasardons pas, et attendons. Quant à toutes celles et ceux qui ont trinqué à la douzième trappiste en pensant à la Cardeña, navré, mais il va peut-être falloir recommencer…

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