Emmanuel Moutot : « Il y a quelque chose de rassurant dans le goût des trappistes »

La rentrée approche à grands pas, aussi il est temps de boucler notre série de l’été ! Pour cette dernière interview, nous laissons la parole à Emmanuel Moutot qui, après avoir été caviste pendant plusieurs années dans le douzième arrondissement de Paris, se lance aujourd’hui dans le brassage artisanal, avec comme objectif l’utilisation de l’eau de la source présente sur le site de la brasserie.

Bonjour Emmanuel. Peux-tu te présenter rapidement ?

 Actuellement agent commercial en vins, j’ai suivi une formation d’œnologie puis suis devenu caviste dans un magasin à Paris. Je crée par ailleurs en ce moment avec quelques associés une brasserie artisanale en Isère.

En tant que caviste, comment sélectionnes-tu les bières que tu proposes à la vente ?

 Ma sélection de bières a beaucoup évolué au cours de mon expérience de caviste mais les brasseries belges traditionnelles ont toujours eu une large part dans ma gamme.

La dégustation est le point clé dans la sélection des produits. Mais il apparaît également nécessaire de retirer des références qui ne tournent pas suffisamment et de se démarquer de grosses enseignes qui se sont elles aussi orientées dans la vente de bières de qualité comme les trappistes.

Lors de mes dernières années comme caviste, ma gamme a ainsi pris une orientation plus française avec la mise en avant de toutes petites brasseries souvent en bio refusant la vente en grande distribution.

Il y a très souvent eu des trappistes dans tes sélections. Les Parisiens ont-ils un attrait particulier pour ces bières ?

Je ne crois pas que beaucoup de Parisiens distinguent les trappistes des autres brasseries réputées de Belgique mais ils portaient à l’époque un intérêt (il y a maintenant quatre ans) pour ce style de bières.

Quelle en est la raison ?

A mes yeux, c’est par leur côté connu que ces bières les attirent. Il y a quelque chose de rassurant dans le goût des trappistes. Ma gamme de trappistes a donc permis de lancer la vente de bières dans une cave qui n’en vendait que de manière anecdotique avant cela.

Par la suite, j’ai orienté cette clientèle vers des nouveautés moins connues mais tout en préservant les grandes classiques dans ma gamme, mes propositions et mes ventes

Y’en a-t-il une qui a plus de succès que les autres ? Si oui, laquelle, et pourquoi ?

Parmi les grandes classiques, Orval et Chimay sont celles qui se vendaient le mieux. Bières connues dans une gamme très diverse ? Le fait de ne pas trouver Orval partout également ?

La Trappe a également a eu un joli succès à la cave (malgré son origine lointaine…). La Puur et la White se démarquaient bien et m’ont permis de sortir ma clientèle de la gamme des classiques.

Les clients sont-ils en général demandeurs d’explications sur l’origine de ces bières ?

Certains connaissent bien et n’en ont pas besoin, mais tous sont contents d’en apprendre un peu plus en venant chez le caviste du quartier.

Si oui, les leur donnes-tu ?

Toutes celles que je connais, oui bien sûr…

Quelle est ton opinion personnelle sur les bières trappistes ?

Les trappistes ne représentent pas un univers très homogène à mes yeux. D’un côté, certaines ont fait le choix d’une production proche des industrielles, dans la distribution en tout cas. De l’autre certaines sont introuvables. Pour revenir sur la Trappe, eux ont fait le choix de la nouveauté et cela donne des résultats plutôt intéressants.

Mon goût va cependant aujourd’hui vers des bières moins alcoolisées et moins sucrées que les bières de style « belge » traditionnel.

As-tu eu l’occasion de toutes les goûter ? As-tu des préférées ?

Je crois avoir goûté des bières de toutes les brasseries (sauf si on commence à parler des nouvelles trappistes…) mais pas toutes les recettes. Je reviens régulièrement vers l’Orval avec beaucoup de plaisir.

Tu te lances avec une petite équipe dans le brassage professionnel, certaines trappistes vous inspirent-elles dans l’élaboration de votre bière ? (Aussi bien sur le plan gustatif que commercial)

Non, je ne crois pas que cela soit la direction que nous prenons. Mais une collaboration avec les moines du monastère de la Grande Chartreuse c’est mon rêve ! (ndlr : la brasserie, installée dans l’ancienne scierie des Michallets, se trouve à Saint-Pierre-de-Chartreuse à quelques minutes du monastère).

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Merci Emmanuel, et l’équipe de l’ABBET vous souhaite bonne chance, à toi et tes associés, dans cette belle aventure ! « A suivre sur www.facebook.com/lesmichallets « 

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Au vu de ces réponses, il apparaît donc que même dans des villes où la bière n’est pas forcément ancrée dans la culture, ou en tout cas moins que le vin, les bières belges en général et les trappistes en particulier sont remarquées et appréciées, et que beaucoup de consommateurs sont à la recherche de produits de qualité. Un tel intérêt ne peut être qu’encouragé, et la démarche des cavistes à la recherche de variété et d’originalité louée ! Nul doute que la diversité croissante des bières trappistes permettra à l’avenir de prolonger davantage cette tendance rassurante…

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