Pendant ce temps, à 40 années-lubière…

trappist-1-system

@NASA/D.Dierick/E.Jehin

Amis lecteurs, bonjour.

Peut-être en avez-vous entendu parler, mais une équipe de recherche belge, de l’Université de Liège, a annoncé très récemment une découverte qui a son importance dans le domaine de l’astronomie…

En effet,  un système de sept planètes, autour d’une petite étoile à 40 années-lumière de notre bonne vieille Terre, a été détecté. Et ces planètes sont très similaires à la nôtre sur bien des plans !

Tout ça c’est très joli, mais quel rapport avec nos chères boissons ? Eh bien le nom de cette étoile est… TRAPPIST-1 ! Et les planètes autour sont, par conséquent, TRAPPIST-1b, TRAPPIST-1c, … etc. Cela méritait bien une petite mention !

Pourquoi cette découverte fait-elle autant de bruit ?

Après tout, c’est vrai… Depuis un peu plus de 20 ans, des centaines d’exoplanètes, c’est-à-dire des planètes en dehors de notre Système Solaire, ont été découvertes. Un peu plus de 3 500, pour être précis. Alors pourquoi tout ce foin ? Pour deux raisons.

La première est que ces planètes sont très proches de la Terre, en termes de masse, taille et structure. Ce sont de petites planètes rocheuses, alors que beaucoup d’autres exoplanètes sont au contraire géantes et constituées de gaz, sans surface solide.

La deuxième, c’est que ces sept planètes sont dans ce qui est appelé la «zone habitable » de l’étoile, autrement dit ni trop près ni trop loin pour que l’eau puisse rester liquide a sa surface. Et l’eau est un ingrédient indispensable à la vie. Du coup, le pas est vite franchi dans les médias, où l’on peut lire des titres racoleurs du style «Une piste sérieuse pour la recherche de vie extraterrestre », ou encore « Pourquoi les planètes de TRAPPIST-1 peuvent abriter la vie »…

Évidemment. Une telle nouvelle à la une, ce n’est pas de la petite bière. Malheureusement, même si les rédacteurs se font mousser, ils sont souvent assez loin de la réalité.

L’eau est certes une condition pour que la vie (au sens où nous l’entendons) soit possible, mais elle est loin d’être la seule. D’ailleurs, on trouve de l’eau aussi sur Mars, Pluton, les comètes, bref partout, mais point de vie pour autant. Il faut aussi une atmosphère, assez épaisse mais pas trop, avec les bons composants, dans les bonnes proportions, un effet de serre adapté, un champ magnétique, et cætera et cætera… En clair, un énorme concours de circonstances, aujourd’hui encore mal défini. Même cette notion de « zone habitable » fait débat chez les chercheurs. Il y a donc encore un énorme travail de mesures et d’analyses à faire avant de connaître mieux ces planètes et de s’aventurer sur cette pente séduisante, mais glissante… Et si l’on se réfère à la publication des chercheurs Liégeois, dans la prestigieuse revue Nature, il n’est absolument pas question de vie.

Par contre, avec un tel nom, on peut légitimement se dire qu’il est question de bière. Et c’est sur quoi l’ABBET s’est penchée, avec toute la rigueur nécessaire pour aborder un sujet aussi important.

Pourquoi ce nom, TRAPPIST-1 ?

TRAPPIST-1 est l’acronyme de TRAnsiting Planets and PlanetesImals Small Telescope – 1, ou, en français, Petit Télescope à Planètes et Planétésimaux en Transit-1. Et même si on devine le sens général, sachant que le transit est une méthode de détection de planètes, on remarque clairement que c’est un bricolage pour que le nom soit « Trappist » et rien d’autre. Tout doute est levé quand on sait que ce projet fait lui-même partie d’un projet plus important, baptisé « SPECULOOS ». D’où l’hypothèse suivante: on affaire à des bons vivants… Mais pour en être sur, nous leur avons demandé ! Nous remercions d’ailleurs chaleureusement Emmanuël Jehin, membre du projet TRAPPIST et cosignataire de cette découverte, d’avoir répondu, au nom de son équipe, à nos questions malgré de nombreuses sollicitations.

Et l’hypothèse se confirme ! Quand on leur demande s’ils sont amateurs de bières trappistes, la réponse est sans appel : « Oui ! Toute l’équipe ! ». En revanche, le ton est bien moins décidé quand il s’agit de nommer leurs préférées : « C’est très difficile car elles sont tellement bonnes ! La Chimay Bleue est inévitable et était longtemps ma préférée, mais depuis récemment j’ai un faible pour l’Orval, si particulière… Et je ne peux pas résister à la Westmalle Triple… Et partager avec les collègues une Westvleteren à Washington avant une conférence de presse à la NASA est une expérience inoubliable… ». Ah, ça… En effet, si le contexte s’en mêle…

Quant aux raisons qui les ont amenés à nommer ainsi leur bébé, il s’agit tout simplement « d’un clin d’œil à nos origines, une façon amusante de faire le lien avec la Belgique ».

Mais le clin d’œil ne s’arrête pas la, puisque, par exemple, « Chimay Bleue est  le nom que porte l’ordinateur principal du télescope TRAPPIST-Sud, au Chili ». Ou encore, chacune de ces planètes a déjà un petit nom, que vous pouvez lire sur l’image qui nous a aimablement été envoyée, en en-tête de cet article. Sur cette vue d’artiste des sept planètes, les six trappistes belges sont évidemment présentes, la petite dernière étant nommée Spencer. Et la chronologie est respectée, c’est dire si les bières trappistes sont ancrées dans la culture belge ! Ces noms resteront cependant non officiels car, comme le rappelle E. Jehin, « ce ne sera pas nous qui déciderons mais bien l’Association Astronomique Internationale. Il n’y a pas de règles en vigueur pour l’appellation des exoplanètes, contrairement aux comètes par exemple ».

Sans compter que l’AIT peut elle aussi avoir son mot à dire, puisqu’en général, ce genre de publicité n’est pas vraiment à leur goût : « l’année passée, lors de la publication des 3 premières planètes, la réaction a été plutôt négative car ils nous ont demandé officiellement de retirer de notre site internet la page que nous avions faite à propos des bières trappistes. Nous avons trouvé cela très dommage d’autant plus que cette page était très bien faite, et que cela aurait permis de promouvoir les trappistes dans la Galaxie entière ! ».

Lointaines trappistes ?

Même si ces appellations ne seront jamais officielles, elles resteront des appellations informelles, voire affectueuses, et on peut dire désormais qu’il y a quelque part, à 40 années-lumière de nous, une Chimay, une Westvleteren, une Westmalle… Bien entendu, nous n’irons jamais, le voyage représentant, avec les meilleures technologies actuelles, une durée de 817 000 ans. Mais du coup, en comparaison, l’Autriche, l’Italie ou même le Massachussets ne paraissent-ils pas bien plus accessibles ?