Que se cache-t-il derrière le logo de Westvleteren?

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Suite de notre décryptage des logos présents sur vos trappistes préférées. Aujourd’hui, intéressons-nous au cas singulier de Westvleteren.

En tant qu’amateur ou lecteur assidu de nos publications, vous n’êtes pas sans savoir que ces bières sont brassées par l’abbaye Saint-Sixte. Mais connaissez-vous bien le logo associé à ces trois breuvages ? J’entends déjà certains me dire qu’il n’y en a aucun, eu égard au fait que les bouteilles ne comportent pas d’étiquette. Soit. Certains ont cependant eu le loisir de se rendre à In de Vrede, seul endroit où vous pouvez normalement consommer ces boissons. Ils ont alors pu apprécier ces délices dans les verres siglés. D’autres ont pu porter leur regard sur les capsules. Tous ont dû remarquer l’enchevêtrement de symboles. A moins que la dégustation ne soit déjà bien avancée, auquel cas l’on ne se soucie plus de grand-chose…

Revenons à nos moutons et tentons de décrypter ce qui se cache derrière ce logo, qui, après quelques recherches, n’en est pas un. Il s’agit en effet des armoiries de l’abbaye Saint-Sixte, qui brasse et vend ses productions depuis 1877. Pour de plus amples informations sur l’histoire de ladite abbaye, je vous renvoie à notre très riche compte-rendu du Trappist Tour, disponible ici. Trois éléments bien distincts attirent le regard, à commencer par la crosse qui surplombe l’ensemble. Elle rappelle le souci pastoral de l’abbé pour sa communauté. Rien de bien compliqué à saisir. Les deux autres composantes sont quant à elles moins évidentes à décoder. Mais n’ayez crainte, l’ABBET, dans son souci de vous cultiver a trouvé de quoi vous faire briller lors de vos soirées trappistes, vous garantissant une image de personne de goût et érudite.

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Ainsi, les deux clés qui se croisent sous la crosse sont les clés pontificales. Édouard Bouyé dans son article Les armoiries pontificales à la fin du XIIIe siècle : construction d’une campagne de communication (paru dans la revue Médiévales [En ligne], 44, printemps 2003, Presses universitaires de Vincennes, disponible ici) rappelle que les clés sont, depuis le Ve siècle au moins, les attributs de saint Pierre, qui les tient dans la main. Il faut cependant attendre le pontificat d’Innocent III (1198-1216), pour que ces clés soient détachées de la figure du saint et deviennent un emblème, renfermées dans un écu, donnant naissance aux armoiries des papes. Quel rapport avec l’abbaye Saint-Sixte fondée au XIXe siècle me demanderez-vous ? Il faut remonter au troisième siècle de notre ère pour trouver trace d’un pape (vingt-quatrième évêque de Rome pour être plus précis, le terme pape n’étant employé que plus tardivement) nommé Xyste ou Sixte, deuxième du nom (vous ajouterez qu’il s’agit du premier évêque de Rome à porter le même nom qu’un prédécesseur, devant une assistance, nous l’imaginons, ébahie). Ce dernier, grec, sera victime de persécution de l’empereur romain Valérien. Réfugié dans des catacombes de la voie Appienne, il est découvert le 6 août 258 et décapité avec certains de ses diacres. Le martyr devient donc saint. Vous savez désormais d’où vient le nom de l’abbaye qui brasse ces délicieuses bières.

Demeure finalement la partie qui peut étonner le plus, à savoir cet arbre dans la partie basse des armoiries. Peut-être lirez-vous ces quelques lignes sous des latitudes où cette espèce pousse naturellement. Vous aurez sans nul doute reconnu le palmier. Plus habitués à voir ce dernier orner les bouteilles de boissons à base de coco ou de fruits de la passion, nous avons creusé et découvert l’origine de sa présence en Belgique. Il s’agit en fait d’une référence biblique, plus précisément au psaume 92, verset 13, que nous vous livrons en version originale : « Justus ut palma florebit » que nous traduirons par « le juste poussera comme un palmier ». Laissons aux exégètes le soin de détailler cette métaphore. Pour notre part, nous comprenons désormais mieux la présence de cet arbre, qui avait pu nous laisser songeur à la vue du calice siglé dans lequel nous avons dégusté les trois bières. Jef Van den Steen, spécialiste des trappistes, explique que « les bières se vendent dans des caisses de bois typiques. Tant que la communauté comptait un frère menuisier, elles étaient fabriquées à l’abbaye. Aujourd’hui, c’est l’atelier protégé de Gits qui s’en charge. Les mystérieuses initiales UPF ornant les vieilles caisses rappellent le psaume Ut palma florebit, la devise de l’abbaye ».

Voilà un secret de plus percé grâce à l’ABBET. Nous vous narrerons prochainement une légende où reine, poisson et bague se croisent. Mais, en attendant, n’hésitez pas à (re)lire nos articles, accompagnés d’une bonne trappiste, évidement.

Une réflexion sur “Que se cache-t-il derrière le logo de Westvleteren?

  1. Pingback: Quelle bière te fera passer l’hiver ? | abbetrappiste

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