A la prochaine !

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Non non, personne ne part. Il s’agit plutôt de trinquer à l’arrivée de la (ou des) nouvelle(s) trappiste(s) arborant le logo Authentic Trappist Product ! Pour l’instant, il en existe onze, que vous connaissez déjà probablement (enfin, onze abbayes, mais davantage de bières). Et d’après l’interview que Jef Van De Steen a accordée à l’ABBET, la liste pourrait s’allonger dans les années à venir. Bien évidemment, la discrétion reste de mise et aucun nom n’a été cité. Mais, lors d’un autre entretien, il a apporté une précision supplémentaire : d’après lui, il y aurait deux élues. D’où la question : lesquelles ?

Aucune mention n’a été trouvée sur les abbayes éventuellement nominées. Ni aucune rumeur, ni aucun bruit de couloir. Rien. Nada. Tout ça pour dire que, dans les lignes qui suivent, nous serons dans la spéculation la plus totale. Mais nous allons tenter des pronostics ! D’ailleurs, si quiconque a vent d’une information intéressante, qu’il la partage sans hésiter…

Avant de se lancer…

La condition à respecter pour qu’une bière porte le logo ATP est que l’abbaye qui la produit soit membre de l’Association Internationale Trappiste. Par exemple, la dernière en date (l’abbaye Tre Fontane) a rejoint l’AIT en 2014 et sa bière a obtenu le logo en 2015.

Une première possibilité serait que l’une des onze abbayes brassant déjà sorte une nouvelle bière. Chimay l’a fait à plusieurs reprises, avec la Dorée ou la Bleue vieillie en fûts, l’abbaye de Koeningshoeven a sorti la trappe Isid’Or, Engelszell la Nivard, …etc. Mais ce serait très difficile à prévoir, et, avouons-le, un peu moins excitant que si une nouvelle abbaye se lançait dans cette noble tâche qu’est l’art brassicole.

Ensuite, il y a la Mont des Cats, bière trappiste qui, en raison de sa production à Notre Dame de Scourmont, n’est pas estampillée ATP. Mais aux dernières nouvelles (août 2015), il n’était pas question de brasser sur place ni même de demander le logo.

Tournons-nous donc vers les abbayes trappistes inconnues, et voyons si l’on peut repérer quelque chose. Facile, il n’y en a que quatre-vingt-seize, auxquelles il faut ajouter soixante-six monastères, répartis un peu partout en Europe, mais aussi aux Etats Unis, à Madagascar, en Inde, en Chine, au Japon… Bref, partout. Il serait passionnant de leur demander s’ils comptent un jour brasser, mais il y aurait là de quoi alimenter une thèse de doctorat en zythologie.

Limitons donc la sélection aux abbayes déjà membres de l’AIT…

Les nominés sont…

Ces abbayes sont aujourd’hui au nombre de dix-neuf, et si l’on ôte les onze abbayes que nous connaissons déjà, il en reste (environ) huit. Chacune produit des denrées, alimentaires ou non, détaillées dans le tableau ci-dessous :

Abbaye

Pays

Produits

Notre Dame de Nazareth

Belgique

Savons, shampooings, drapeaux, ornements liturgiques

Notre Dame de Brialmont

Belgique

Champignons, œufs, confitures, biscuits

San Pedro de Cardeña

Espagne

Vins, liqueurs, céramiques, fromages de brebis

Notre Dame de Clairefontaine

Belgique

Boulangerie, biscuits, céramiques, peintures sur soie

Abbaye Lilbosch

Pays Bas

Vins, liqueurs (autrefois), puis produits agricoles

Prieuré Klaarland

Belgique

Tablettes de levure de bière de Chimay, ornements liturgiques, bougies, cartes de voeux

Abbaye de Mariawald

Allemagne

Bière (autrefois) puis liqueurs, biscuits, moutarde, produits cosmétiques

Notre Dame de Soleilmont

Belgique

Pains de ménage, hosties, biscuits, céramiques

On remarque qu’une majorité de ces abbayes est belge, mais aussi que toutes viennent d’un pays où il existe une grande culture brassicole. Même l’Espagne : il y a de très bonnes brasseries en Catalogne et en Galice, mais c’est un peu hors sujet.

Mais surtout, ce qui saute aux yeux, c’est que l’abbaye de Mariawald a produit de la bière ! En se penchant davantage sur l’histoire de cette abbaye, il apparaît que la brasserie a été créée après le Seconde Guerre Mondiale, mais que la production a cessé en 1956 par manque de matières premières. La recette n’a pas été oubliée pour autant, et c’est la brasserie Bitburg qui a repris le flambeau, et qui commercialise encore aujourd’hui cette bière sous le nom de « Fluitter ». Si l’installation existe encore au sein de l’abbaye, il est tout à fait envisageable que la production reprenne, comme ce fut le cas pour l’abbaye d’Engelszell.

Oui mais alors, la deuxième ?

Difficile à dire. Mais en fouillant un peu parmi les abbayes trappistes disséminées dans le monde, on peut trouver des traces certaines de brasseries dans onze d’entre elles, dont une grande majorité (huit) en France : Notre Dame de la Trappe, Notre Dame de Melleray, Notre Dame de Chambarand, Notre Dame du Gard, Notre Dame du bon repos, Notre Dame du Port du Salut, et les abbayes de Sept-Fons et d’Oelenberg. Les trois autres sont situées en Algérie (Notre Dame du Staoueli), aux Pays Bas (abbaye de Tegelen) et en Bosnie (abbaye de Banja Luka). Dans la plupart d’entre elles, le brassage a cessé au début du XXe siècle.

Pour affiner l’investigation, il sera indispensable de les contacter. Et dans le cas des abbayes françaises, une telle démarche a prouvé par le passé que l’abbaye de Sept-Fons n’envisageait absolument pas de brasser à l’avenir, mais surtout que beaucoup ne répondaient pas… Donc, les paris sont ouverts !

En conclusion, nous ne pouvons dans l’immédiat proposer qu’un seul pronostic : l’abbaye de Mariawald semble en effet être une candidate très sérieuse. Un second pronostic demandera une réflexion plus poussée. Quoi qu’il en soit, l’apparition d’une nouvelle bière trappiste ne pourra être qu’une réjouissance, et ce pour deux raisons : la première, c’est évidemment l’enrichissement d’une diversité de saveurs déjà importante. Si la petite nouvelle est allemande, bosniaque ou algérienne, elle risque en effet d’être bien différente de celles que nous connaissons déjà. La deuxième… C’est bien sûr qu’un tel évènement s’arrose !

Cergy-Pontoise et les trois fontaines

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Pour les habitants de Cergy-Pontoise, ce titre peut surprendre sur un site dédié à la bière trappiste car dans cette agglomération, tout le monde est déjà passé par ce centre commercial géant qui s’appelle les trois fontaines. Qu’on l’aime ou non, c’est inévitable ! Mais les amateurs de bières trappistes italophones comprendront rapidement qu’il ne s’agit pas de cela mais de la dernière bière trappiste (en date) : la Tre Fontane. On ne voit toujours pas le rapport… Patience !

Avant tout, un petit rappel des faits : en 2015, l’Italie devient le cinquième pays à avoir une bière trappiste et l’abbaye de Tre Fontane la onzième brasserie. La birra dei monaci obtient le logo Authentic Trappsist Product ! On pouvait se douter que les membres de l’ABBET chercheraient à la goûter au plus vite. Pas si facile que ça car pour la trouver, il faut chercher et savoir où chercher. Ils ont imaginé dans un premier temps se rendre en Belgique. Après tout, c’est le pays où la variété de bières vendues est la plus importante. Ils ont imaginé ensuite chercher en Italie puisque cette bière est italienne mais les occasions de se rendre dans cette contrée sont peu nombreuses. Finalement, c’est à Conflans-Sainte-Honorine, au bord de la Seine, à quelques kilomètres de Cergy, qu’on la trouve, car comme l’annonce la carte : « Ici, toutes les trappistes du Monde » ! Le patron n’étant pas là, je questionne le barman. Il me conte que s’ils ont la Tre fontane à la carte, c’est un hasard. En effet, ils allaient en Belgique chez leur fournisseur dans le but obstiné de trouver de la Spencer. Ils sont revenus avec la Spencer et la Tre fontane.

Tout cela, c’est bien beau mais la question que l’on se pose, c’est : « que vaut cette bière ? ». Évidemment, chacun se fera son avis mais une chose est sûre : elle ne laissera pas indifférent. Au visuel, rien de nouveau : une belle couleur or, déjà vue dans d’autres abbayes. Dans la bouche en revanche, c’est une découverte. Mes connaissances en italien sont limitées mais suffisantes pour traduire sur l’étiquette : « bière aromatisée à l’eucalyptus ». C’est peu commun ! Bien ronde, son goût est très prononcé et l’eucalyptus rend la bière particulière. On a l’impression d’être emporté par plusieurs saveurs successives avec la prédominance de l’eucalyptus et des épices. Personnellement, après une première gorgée qui m’a surpris et m’a fait hésiter, j’ai apprécié. L’arrière-goût sucré, voire caramélisé, est également très agréable. Seul hic : le prix. On le sait : « tout ce qui est rare est cher ». Ce bar le sait aussi puisque la Tre fontane est vendu à 9€ les 33cL. On espère donc voir cette bière se répandre.