L’Abbet s’est procurée de la Westvleten XII, on vous explique comment

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Notre exploit relève sans doute du coup de bol plus que du parcours du combattant. Alors que certains amateurs de cette bière, à l’instar de Flip et Leon, venus des Pays-Bas pour acquérir le précieux élixir, ont passé plus de 300 appels avant qu’un interlocuteur ne décroche à l’autre bout du fil, l’Abbet n’a eu qu’à passer quatre coups de fil avant de parvenir au Graal. Mais avant de brandir le téléphone, mieux vaut savoir quand et où appeler. C’est là que l’affaire se corse.

La quête

Plusieurs sites ont beau nous indiquer le numéro de téléphone de l’abbaye (+32 70 21.00.45), rares sont ceux à préciser les dates auxquelles la ligne est ouverte, et pour quelle Westvleteren. A force de recherches, nous sommes tombés sur LA page à garder dans ses favoris : l’agenda des commandes mis à jour par les moines.

A gauche, les horaires de réservation (en général le matin). A droite, ceux de retrait. A préciser qu’une fois au bout du fil, il vous est impossible de choisir la date et l’heure de retrait : toutes deux vous sont imposées. Idem pour le nombre de bières : deux casiers de 24 bouteilles par personne. Pas plus, pas moins.

Là, il ne reste plus qu’à appeler et à croiser des doigts pour que quelqu’un décroche et que la date et l’heure de retrait correspondent à vos disponibilités. Pour nous, c’était le cas. Et heureusement, nous avions au préalable noté sur un carnet le numéro de notre plaque d’immatriculation, elle aussi demandée lors de la réservation.

Un empêchement ? Inutile d’essayer d’appeler pour modifier votre date de retrait. Il faudra patienter jusqu’au prochain appel et à la prochaine vente.

L’obtention du Graal

En général, le retrait se fait durant la semaine qui suit la commande, au drive qui longe l’abbaye quand on vient de Watou ou de Popperinge. La file n’est pas trop dense, puisque chacun respecte les horaires de passage. Contre un mur, des dizaines de caisses en bois estampillées Westvleteren patientent. Un laïc vous accueille et vous aide à les déposer dans votre coffre. Il vous donne un ticket. Dessus, une mention précise qu’il est interdit de revendre ces bières.

Photo Abbet

Au drive-in près de l’abbaye de Saint-Sixte

On passe alors au guichet, comme dans les célèbres drives d’une chaîne de fast-food américains. Mais là, c’est un moine qui nous accueille et nous fait payer l’addition. Pour deux caisses de XII, 108 euros. Avec les consignes des deux caisses en bois et des bouteilles (24 euros au total), à rapporter en état à l’abbaye lors de la prochaine commande.

Désormais, il faut attendre 60 jours avant de pouvoir rappeler l’abbaye. Aucun des appels passé avec votre numéro de téléphone n’aboutira avant cela, et le coffre de votre voiture devra se contenter d’autres trappistes. Le temps de déguster les breuvages de l’abbaye de Saint-Sixte, ou de les laisser vieillir pour ceux qui lui préfèrent un goût plus sucré.

Mais ils veulent dire quoi, ces logos ?

Aujourd’hui, nous nous intéressons au cas de Zundert.
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Les amateurs de bières trappistes, qui chérissent avant toute chose le goût de ces breuvages, ne s’arrêtent souvent pas à cela. En effet, ces derniers ne s’avalent pas comme de vulgaires pils et derrière les qualités gustatives que l’on trouve dans ces boissons, se cachent bien d’autres choses.

Il n’est ainsi pas rare que les férus de trappistes cherchent à en percer tous les secrets. De l’histoire à la conception, peu à peu, cette soif de connaissance devient intarissable. En admirant le calice dans lequel s’exprime le jus de houblon ou en étudiant la bouteille à la recherche d’informations, l’on se pose souvent une question : que signifie ce que l’on trouve sur l’étiquette ? Pour certaines la réponse est plus qu’évidente, comme par exemple celle d’Achel, à moins que votre dégustation ne soit déjà bien avancée ou que vous accusiez un retard mental, l’un n’excluant pas l’autre.

Pour d’autres, l’ensemble est parfois énigmatique. Nous vous expliquerons ainsi plus tard pourquoi un poisson figure sur les bouteilles d’Orval (désolé pour ceux qui croyaient y voir un dauphin…). A l’ABBET, on apprécie le goût des choses bien faites. Aussi c’est une véritable investigation qui a été menée. Qui mieux que les producteurs de ces bières sont à même de certifier la signification de ces éléments ? Qu’il nous soit donc permis ici de remercier Henri Reuchlin, brasseur de la Zundert qui a eu la gentillesse d’éclairer notre lanterne. C’est avec plaisir que nous vous transmettons des informations qui vous permettront de forger un peu plus votre culture trappiste.

Quelques rappels pour les néophytes semblent ici nécessaires. La Zundert est une bière ambrée titrant à 8 degrés, qui nous vient du sud des Pays-Bas. Elle a obtenu le 10 décembre 2013 l’appellation et le logo « Authentic trappist product ».

L’étiquette se veut un savant mélange de tradition et de modernité. La tradition d’abord, rappelée par le nom de la bière qui notifie le lieu de brassage. La brasserie De Kievit se situe au sein même de l’abbaye Maria Toevlucht, dans ce que les moines appellent l’Open Tas de l’ancienne ferme, là où le blé était auparavant entassé. Depuis la fondation de l’abbaye en 1900 la ferme était la source principale de subsistance pour les moines. La brasserie est donc perçue comme une perpétuation de cette tradition.

Au dessus du nom de la bière apparait un oiseau que nos fidèles lecteurs amateurs d’ornithologie auront reconnu. Pour les autres, sachez qu’il s’agit d’un vanneau huppé, espèce limicole courante en Europe de l’ouest. Ce dernier est prisonnier d’une clé de voute couleur crème, évoquant les clés de voutes visibles dans l’abbaye. Les herbes desquelles il surgit sont également visibles. SI vous êtes un fin observateur, vous aurez sans nul doute remarqué que la typographie utilisée pour la lettre D rappelle l’aigrette de l’oiseau. Quant à la couleur violette, les moines ont voulu attirer l’attention. Ils souhaitaient que leur produit soit identifiable rapidement avec des tons peu utilisés pour d’autres bières.

Espérant que ces quelques explications auront satisfait votre curiosité, nous vous donnons rendez-vous bientôt pour découvrir d’autres étiquettes aux multiples symboles. Nous vous encourageons également à nous rejoindre lors de notre Trappist Tour prévu les 14, 15 et 16 mai 2016, pour aller déguster sur place la Zundert et pourquoi pas, observer des vanneaux.

Y a des trappistes dans le Ratebeer !

Sans titreEt voilà, les amateurs de bières du monde entier ont rendu leur verdict 2015.

Pardon ? Vous ne connaissez pas Ratebeer ?

Oups, une mise au point s’impose alors.

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Ratebeer, c’est un site Internet (www.ratebeer.com), lancé par Joe Tucker, un Californien, il y a près de 20 ans. Son principe est aujourd’hui simple : vous vous inscrivez et à chaque fois que vous dégustez une bière vous vous connectez pour la décrire et la noter.

Chaque bière se voit ainsi attribuer une note qui dépend du nombre d’évaluations, de celle reçue également par la brasserie, de l’expérience de la personne donnant la note (un nouveau membre compte moins que celui qui commente sa 100e bière sur le site).

Si son fondateur affirme ne pas chercher le profit, son site a une influence grandissante. 1,4 millions d’internautes s’y connectent chaque mois. Et qui a nommé la Wesvleteren XII meilleure bière du monde ? Et bien le classement Ratebeer.

Alors qu’on mette les choses au point tout de suite : il y a bien des critiques et des remises en cause à faire du classement général comme des classements particuliers.

Avant tout la surreprésentation des bières et des dégustations états-uniennes, qui tiennent à l’origine du site. Mais bon, comme c’est bel et bien une trappiste qui trône en haut du classement, on veut bien en parler ici.

Du classement général 2015 d’abord, tous styles de bières confondus.

Innovation

Cette année, Ratebeer a innové. Ils ont organisé un festival, une grosse soirée, et ils ont nommé 100 bières comme étant les meilleures du monde. Pourquoi pas. C’est plutôt malin, comme l’est ce principe de notation collective.

Parmi celles-ci (données par liste alphabétique), on trouve alors les Rochefort 8 et 10, ainsi que les Westvleteren 8 et XII. On notera tout de même la présence de 71 bières états-uniennes dans les 100…

Ensuite, si on cherche un classement plus précis, il faut chercher par catégorie. Rapide pour nous, puisque nos trappistes chéries ne figurent que dans une seule du classement 2015 : Belgian Style Strong Ales.

Côté trappistes

C’est la Wesvleteren XII qui obtient la médaille d’or et se classe numéro 1. Mais cette médaille est partagée avec la Rochefort 10 (2e), la Westvleteren 8 (3e) et, pour info, la Struise Pannepot reserva (brassée par De Struise Brouwers à Oostvleteren, ce qui ne s’invente pas !) ainsi que la Saint Bernardus 12. Soyons francs, ce classement provoque chez l’Abbet un début de pâmoison. Quelle belle liste…

Viennent ensuite, médaille d’argent, la Rochefort 8 (10e), puis médailles de bronze la Trappe Quadrupel (13e…derrière la Triple Karmeliet…y a des claques qui se perdent…) et la Chimay bleue (14e).

Un classement intrigant

Ce classement a de la gueule, les 15 bières proposées sont (presque) toutes d’excellentes factures.

Mais ensuite, plus rien ! Plus de bière trappiste dans les autres catégories. Et il faut bien reconnaître que du coup ces classements nous laissent très dubitatifs. Pourquoi? Parce que si on s’intéresse aux classements «en continu» que publie le site, on trouve bien plus de trappistes. Des exemples? D’accord. Cela vous évitera de fastidieuses recherches.

Le 1er février à midi (et oui, ça bouge !). Au classement général, la Wesvleteren XII occupe ce matin la 1ère place (note de 4.43 sur 5, 3529 avis). On opine du chef, néanmoins on ne peut s’empêcher d’y voir un «effet de mode». Pour être plus clair, la Westvleteren XII a contribué fortement à la médiatisation du site Ratebeer. Mise alors sur le devant de la scène, devenue «mythique», les internautes entretiennent cette notoriété renforcée par la rareté de ce breuvage. Mais nous validons, bien sûr !

On trouve ensuite dans ce classement la Rochefort 10 à la 12e place (4.30 sur 5), et la Wesvleteren 8 à la 32e place (4.22).

Dans la catégorie «Dubbel abbey», la Westmalle double se classe 2e, la Chimay rouge 4e, et la Trappe double 26e.

Catégorie «abbey triple» (1ère la triple karmeliet ! Ce qui peut nuancer la suite…) la Westmalle triple est 9e, la Chimay triple 13e, l’Achel blonde 26e. Cette dernière mention le confirme : n’accordez pas d’importance au classement de cette catégorie…

Dans les «Abbaye quadruple» la Westvleteren XII est 1ère, la Rochefort 10 2e, la Trappe quadruple Oak aged 20 (correspond au numéro de brassin de cette bière vieillie en fût) 3e, la 21 8e, la 22 9e, la 19 16e, l’Achel extra bruin est 7e, la Trappe quadruple 17e, la Trappe Quadrupel Quercus Eikenvat gelagerd Batch #1 36e (ça existe çà ???).

En catégorie «Belgian Ale» Orval est 1ère, la Westvleteren blonde 2e, la Trappe Isidor 45e

Chez les «Belgian strong Ale» la Westvleteren 8 est 1ère, la Rochefort 8 5e, la Chimay bleue 11e.

Parmi les blanches… On ne trouve aucune mention de la Trappe Witte.

Bref, jugements douteux, catégories mouvantes, absences criantes…mais tout de même quelques qualités.

D’abord, parcourir ce site est une leçon d’humilité.

Si vous avez l’impression de vous y connaître quand vous arrivez chez votre brasseur, les listes vertigineuses de breuvages maltés que recense Ratebeer.com vous renvoient à votre fragile condition de perpétuel novice en la matière.

Ensuite, passé l’éventuel abattement lié au constat précédent, il vous vient une furieuse envie de découvrir certaines brasseries qui semblent vraiment intéressantes.

Dans le cas du présent rédacteur : la Brasserie 3 fontaines (Belgique), la brasserie Dieu du ciel (Québec), la bière «Révolution au paradis» (brasserie le Paradis à Blainville sur l’eau, en Meurthe et Moselle) ou la «bavaisienne ambrée» de la brasserie Theillier, qui paraît meilleure qu’on ne l’imaginait.

Vous l’aurez donc compris, les classements de Ratebeer sont indicatifs. Mais ils donnent envie de découvrir des bières, et ça, ça nous plaît.