Oh puis tant pis, goûtons les toutes !

Au mois d’octobre, découvrant la Chimay dorée avec un peu de nostalgie, nous nous rassurions en pensant qu’il restait des bières trappistes inconnues qu’on goûterait peut-être un jour, ou qu’on ne décapsulerait jamais, mais c’était beau.

Parmi elles la Westmalle extra, réservée aux moines de l’abbaye.

Et nous voilà le mois suivant à chercher si le miel perçu en bouche figurait bien dans les ingrédients de cette dernière (non ! Mais vous le savez déjà…)

On se disait aussi que déguster une Spencer se mériterait. Qu’il faudrait traverser l’océan, qu’on espérait un jour s’offrir ce plaisir. On l’évoquait d’ailleurs auprès du journaliste venu couvrir la soirée du 21 novembre pour La voix du Nord.

Et puis en franchissant la porte de notre caviste (à bière) préféré, voilà qu’il nous hèle fièrement : « J’ai de la Spencer! Une caisse!».

On sourit, puis on saisit bien le sens de la phrase. La Spencer ? Celle brassée dans le Massachussetts ? Et oui, celle-là même. Et nous voilà 6 000 km plus proches de ce qu’on imaginait le Graal suprême, l’intouchable, celui dont la quête prendrait une vie de zythologue.

On est tenté alors de ne pas répondre. Tel Perceval chez le Roi Pêcheur, on est à deux doigts d’ignorer cet appel, de ne pas poser les bonnes questions, de répondre «Ah? Mouais, je vais plutôt reprendre de cette délicieuse Troubadour westkust». On le sait, la révélation peut être trop brutale. Galaad perdit la vie en plongeant les yeux au fond du calice.

Et quel geste héroïque ce serait !

«Et les jeunes, y avait de la Spencer chez Cash boisson

«Non? Trop fort! T’en as eu combien?»

«Aucune. Le mystère avant tout. Comptez pas sur moi pour sombrer dans cette facilité navrante. On se boit une westkust

Mais héros incompris, probablement.

Aucune réponse et tout le monde qui filerait chercher la dixième trappiste en s’inquiétant à haute voix pour notre santé mentale.

Alors soit, on cède, à peine réjouit par la limitation à trois bouteilles, mais trépignant une fois le pas franchi d’annoncer la nouvelle! «J’ai de la Spencer! De la Spencer nom de…!» Un peu la même joie que lorsque l’AIT aime nos articles sur Facebook. Le sentiment d’avoir déjà un peu réussi sa vie. Celui qui vous anime lorsqu’on vous tend votre permis alors que vous avez franchi deux lignes continues ou que vous lisez votre nom dans les reçus d’un concours passé dix fois. Ce sera fugace, mais c’est bon.

Et c’est cette euphorie passagère qui vous fait renier tout ce que vous pensiez défendre. Vous êtes à deux doigts d’acheter une caisse de Chimay bleue, juste parce que l’abbaye a réédité les bouteilles originales de 1956, la capsule permettant seule de différencier les breuvages. Quelles canailles ces moines de Scourmont. Çà va qu’ils font vivre une région des Ardennes à eux seuls…

Mais bon, à 40 euros la caisse, pour au final la ramener et récupérer 10 centimes de consigne par canette, la raison s’impose tout de même. Nous craquons toutefois sur la seconde nouveauté Chimay. Une Grande Réserve 2015 élevée en fûts de bois. La bouteille coûte là encore de quoi faire vivre la communauté de Scourmont pendant une année entière, réveillons compris, sauf que là c’est vraiment nouveau.

Alors que valent ces bières? Ces nouvelles trappistes?

Elles sont évidemment très différentes.

Spencer

La Spencer est trouble, sa mousse est bien dense même si elle ne tient pas dans le verre calice recommandé. Au nez on trouve la levure fraîche, elle rappelle alors un peu la Westvleteren 6. En bouche elle est légère, l’amertume est marquée en entrée, c’est cette fois l’Orval qui vient à l’esprit. Mais ensuite elle laisse peu de saveur, développe peu d’identité et s’efface très vite des papilles.

Bref, dit autrement :

«C’est une bière à boire après avoir monté un mur de parpaings en plein soleil.»

«C’est idéal à la pression dans un mariage pour picoler toute la nuit.»

Vous commencez à cerner le produit?

Rien à voir en tout cas avec la Chimay grande réserve élevée en fûts de bois.

chimay fut-1

Au nez on est sur du vieux champagne, de la banane. On retrouve un peu cette dernière au goût. C’est rond, très nourrissant, et finalement on s’oriente plutôt sur des arômes de vieux rhum un peu vanillé.

Plus clair?

«C’est une alternative très crédible à la plupart des digestifs que contient votre bar.»

«Boire la bouteille seul au petit-déjeuner permet de s’abstenir tranquillement de tout repas les 24 heures suivantes.»

Une blonde très agréable donc mais qui manque un peu de caractère, et une brune originale et à la saveur très prononcée mais rapidement un peu écœurante.

Au point où nous en sommes alors, maintenant goûtons les toutes!

Il nous reste une ou deux autrichiennes inconnues, mais nous les savons à portée de clic.

Et puisqu’il suffit apparemment d’en parler pour voir nos vœux s’exaucer, nous rappelons ici que nous ne savons toujours pas comment nous procurer des Tre Fontane.

De toute façon, il restera forcément toujours des découvertes à faire et des bières dont rêver. 160 abbayes trappistes disséminées dans le monde ne brassent pas encore.

Mais il se dit que deux seraient sur le point de passer à l’acte.

Lesquelles? Eh eh… Mystère, mystère…

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