Nous vous avons emmené Au cœur du malt

Le groupe Diyo.

Trappe, Rochefort et même Gregorius. Seize bières trappistes ont répondu présent à l’appel de l’Abbet samedi 21 novembre à Ledringhem. Et quoi de mieux, pour nous tenir compagnie en ces jours si tristes, que de bonnes trappistes ? Au cœur des Flandres, vous êtes nombreux à avoir voulu jouer le jeu (flamand) et à avoir ondulé sur les cordes de guitares et violons en dégustant ces breuvages aux mille teintes. Et franchement, on vous en remercie !

Mais avant de dévoiler les liens qui vous permettrons de (re)découvrir cette soirée en images, revenons sur le déroulement des festivités.

Un vent glacial. Des trombes de pluie. Un ciel gris. L’hiver vient, comme dirait l’autre. Il est même venu, mais ne nous a pas vaincu. Dehors, bien avant que vous ne soyez levés sans doute, les membres des Quickepitchenaeres -qui organisent cet événement de concert avec l’Abbet- se réchauffent au bouillonnement de l’huile lors de la précuisson des frites (Ahhh, les Flandres!). Les bières arrivent. Les jeux aussi. Dans la salle, chacun s’anime, dans la hâte de vous accueillir. Et à 17 heures tapantes, vous voilà. Avec vos sourires, et votre envie de vous amuser.

Ça tombe bien, nous aussi, on veut vous faire passer un bon moment. Et les groupes présents aussi. Après deux heures à lancer de palets dans la bouche d’une grenouille et à taper dans des boules pour tenter de gagner quelques bières, les premiers accords des Bouts de ficelle retentissent. Nico, vêtu d’une belle chemise bleue, entonne sa première chanson. La foule se rapproche, un -ou des (on vous a vus)- verre à la main, et commence à se déhancher sur les airs de ces Cergy-Pointains, tout en savourant quelques planches apéro préparées avec soin par les «Quicks».

Après ces textes  parfois facétieux, place à Lano. Le trio de sœurs originaire d’Arneke (Nord) dévoile à son tour ses mélodies dans un style épuré, une guitare acoustique comme seul instrument. Quelques reprises et des compositions aux sonorités irlandaises et italiennes conquièrent rapidement le public qui reprend déjà les airs chantés par les jeunes nordistes. Côté bar, les dégustations continuent. Quelques bières sont déjà en rupture de stock. Parmi elles, la Chimay dorée, la petite dernière commercialisée par l’abbaye de Scourmont.

Retentit alors un air de violon. Une guitare électrique. Et des percussions. Diyo entre en scène avec ses airs festifs. Les Cergy-Pontains font onduler les jambes du public. Il se laisse porter et commence à danser, endiablé. Quelques refrains sont repris à pleins poumons. Diyo clôture en beauté cette soirée. Mais impossible de partir sans goûter une dernière trappiste. (D’ailleurs, laquelle avez-vous préféré ?)

Oh, on a failli oublier : pour les photos, c’est sur notre page Facebook !

Et les vidéos, sur notre chaîne Dailymotion.

Dans le secret des moines ?

Amis lecteurs, bonjour.

Pour notre plus grand plaisir, nous avons pu goûter récemment une bière rare, qu’un membre de l’Abbet a réussi à se procurer : il s’agit de la Westmalle Extra, dont les premiers brassins datent de 1934, date à laquelle l’appellation trappiste figure pour la première fois sur les bières de Westmalle. Cette bière, brassée deux fois l’an, est réservée, à l’instar de la Chimay Dorée et de l’Orval Vert, à une consommation interne à l’abbaye. Elle diffère cependant de ces deux dernières en ce sens qu’elle n’est, selon l’AIT, pas commercialisée (la Chimay Dorée se trouve désormais facilement, et l’Orval Vert est disponible à la dégustation à l’auberge de l’abbaye), et est réservée à l’usage exclusif des moines et de leurs hôtes.

A l’aspect, c’est une blonde, à la robe dorée, à la mousse abondante quoique plus fine que ses deux consœurs (la double et la triple). Au nez, le houblon est perceptible ainsi qu’une légère acidité. En bouche, c’est un mariage subtil entre des malts légers, une saveur de miel assez prononcée et un houblon avec juste ce qu’il faut de présence pour lui conférer une amertume douce. Son titrage alcoolique léger (4,8 %) lui donne un caractère très rafraîchissant. Un excellent produit donc, très bien fait et bien équilibré, mais qui de notre part suscite quelques interrogations.

Sur la saveur en premier lieu, si différente de la double et de la triple, qui laisse supposer des ingrédients ou un brassage différents. Sur l’étiquette ensuite, où figurent des éléments tout à fait dispensables, à notre sens, pour un usage interne : le titrage, et la consigne notamment. Mais aussi le logo déconseillant la consommation aux femmes enceintes : difficile de les imaginer légion parmi les moines trappistes…

La Westmalle Extra : une blonde, légère, destinée aux moines. Mais pourquoi tant de différences avec la double et la triple ? Pourquoi toutes ces mentions légales sur l’étiquette, si l’embouteillement est réalisé sur place et qu’elle n’est pas destinée à la vente ?

Pour répondre à ces questions, nous avons donc contacté la brasserie de l’abbaye de Westmalle, qui nous a répondu rapidement. Tout d’abord, elle dément la rumeur qui circule et qui nous était parvenue : la Westmalle Extra est bien disponible à la vente, sur le site (géographique, pas internet) de l’abbaye. En revanche, les quantités sont extrêmement limitées, et la boutique est ouverte sur un créneau très court : seulement quatre heures par semaine !

La recette, quant à elle, diffère effectivement de la double et de la triple : contre toute attente, et malgré l’arôme de miel bien présent, l’Extra est la seule bière brassée par Westmalle qui ne contient pas de sucre. Les autres ingrédients sont les mêmes : de l’eau de source, du houblon, des malts d’orge, et de la levure «de culture propre», autrement dit cultivée sur place. Le brassage est lui aussi identique, et la garde en cuve dure deux semaines, tout comme la double.

Voilà donc un peu de mystère dévoilé… Et, pour rester sur le thème du mystère qui s’envole, une petite remarque sur la Chimay Dorée, que nous avons goûtée de nouveau juste après. Peut-être avions nous le palais perturbé par cette découverte westmallienne, mais toujours est-il que nous avons trouvé dans la Chimay, pourtant connue, des arômes d’orange bien plus marqués que d’habitude. Plus inquiétant : en dehors de cette saveur, la bière nous a paru plus fade… Ce qui soulève un nouveau mystère ! Quelles bières boire, et dans quel ordre, pour que tous les arômes se révèlent, et qu’elles soient appréciées à leur juste valeur ? Encore un sujet qu’il va falloir creuser…