Une trappiste française ? C’est pas gagné…

Alors que les derniers vacanciers comptent les secondes qui leur reste à bronzer sur leurs serviettes, les membres de l’ABBET achèvent éreintés un été d’investigations brûlantes.

Oui, nous aussi y sommes allés de notre sujet spécial été. Tels Les Inrockuptibles sortant courageusement leur numéro «sexe 2015», tel Grazzia nous interrogeant impertinemment sur «l’érotisme et nous», tel Elle et son test vérité «qui sommes nous vraiment au lit ?», tel Le monde du camping-car qui prend position en présentant ses futures stars 2016, tel enfin Le chasseur français qui nous offre ses meilleurs conseils pour bichonner son arme en prévision de la rentrée. Oui, nous avons également enquêté sur un sujet crucial : à quand une bière trappiste brassée en France ?
Récapitulons. Deux trappistes sont brassées aux Pays-Bas, une en Italie, une en Autriche, une aux Etats-Unis, et six trappistes le sont en Belgique. Ou plutôt sept en fait. Depuis 2011, l’abbaye de Scourmont (Chimay) brasse en effet la Mont des Cats pour l’abbaye française du même nom située dans le Nord, à Godewaersvelde.
En proposant cette bière éponyme, l’abbaye trappiste française renoue avec une tradition brassicole déjà ancienne. La première brasserie de l’abbaye du Mont des Cats avait vu le jour en 1848. Vendues en fût de bois jusqu’à Paris, les bières brunes et blondes voient néanmoins leur production stoppée en 1907. Accueillant de nombreux moines étrangers, le départ de ceux-ci du Mont des Cats suite aux lois de 1905 prive la brasserie de la main d’œuvre nécessaire à la poursuite du brassage. Seule perdure dès lors l’activité fromagère. Les bâtiments de la brasserie sont bombardés lors de la première guerre mondiale. Détruits, ils ne seront jamais reconstruits.

portesouvertes 1898Source: (http://www.abbaye-montdescats.fr/).

C’est la situation financière de la communauté qui explique la réapparition d’une bière au Mont des Cats, source de nouveaux revenus, mais c’est elle qui explique aussi l’impossibilité des moines de reconstruire une brasserie et leur accord avec Scourmont pour le brassage. Forte d’une production de plus de 170 000 hectolitres par an, la brasserie de la Chimay a alors accepté de créer et de brasser une nouvelle bière spéciale (donc différente des Chimay déjà existantes).
Lors de la conférence de presse accompagnant le lancement de la bière, l’économe de l’abbaye du Mont des Cats évoquait la possibilité de reconstruire ultérieurement une brasserie. Contacté cet été, il nous a répondu que «le projet de brasser une bière trappiste au sein même de l’abbaye n’est toujours pas d’actualité». Certains sites spécialisés avaient alors douté du caractère trappiste de cette bière, suscitant des réactions vives des moines du Mont des Cats sur certains forums. Son caractère trappiste n’est pourtant pas contestable, mais le logo Authentic Trappist Product (ATP) ne lui a pas été attribué depuis. Il devait faire l’objet d’une étude affirme-t-on au Mont des Cats en 2011. Aujourd’hui, on nous répond que l’obtention de ce logo n’est plus d’actualité. Le fait de ne pas produire en France la bière semble ainsi un obstacle difficile à surmonter.

Alors qui pour produire une trappiste en France ? Soyons clairs, même si certains sites sont particulièrement remarquables, il n’était pas question de partir à la rencontre des différentes communautés, étant acquis qu’une abbaye trappiste sans bière perd un charme considérable aux yeux de l’ABBET. Non, en grands reporters du XXIe siècle, nous avons envoyé des mails aux 20 abbayes trappistes présentes sur le net. Remarquez que la plupart indiquent préférer ce mode d’échange, probablement moins intrusif pour les communautés.
On ne peut toutefois pas se féliciter des résultats de ce sondage : trois réponses. Dont celle du Mont des Cats susmentionnée. Voilà, voilà.

Que disent-elles ? Laissons la parole à frère Laurent de l’abbaye d’Aiguebelle, dans la Drôme :

«Nous n’avons aucune intention de nous lancer dans la production de bière. Et nous ne l’avons jamais fait. Notre communauté n’a plus beaucoup de force vive, il serait donc très imprudent de nous lancer dans une nouvelle activité, d’autant plus que celles que nous avons actuellement nous suffisent.»

Réponse finalement intéressante car elle résume l’essentiel des raisons expliquant qu’en 2015, il n’existe aucune bière trappiste française : l’absence de tradition brassicole dans la plupart des abbayes (nous n’en avons trouvé aucune trace en dehors du Nord…), ainsi que des communautés vieillissantes, qui se concentrent sur leurs activités économiques existantes («pour l’instant nos produits nous aident suffisamment à vivre» affirme ainsi frère Alexis, cellérier de l’abbaye de Sept-Fons dans l’Allier).
Il reste également une troisième raison. Sur 20 abbayes contactées, sept sont des communautés féminines. Or – sans sexisme aucun – nous n’avons là encore aucune connaissance d’une bière brassée par ou sous la supervision d’une communauté de moniales. Aucune d’elles n’a d’ailleurs répondu à notre question qui leur a vraisemblablement parue fort saugrenue.

Bref, il semble que pour longtemps encore il sera possible d’acheter dans les abbayes trappistes françaises, et dans le désordre, des livres, des confitures, du jus de fruits, du miel, du pain, des œufs, des hosties, du chocolat, de l’artisanat religieux, du fromage, de la maroquinerie, des entremets, des bonbons, de la farine, des pâtes, des gâteaux, des bougies, des vêtements, des compléments alimentaires, des biscuits, des cartes… Il ne doit pas être désagréable de visiter le magasin de l’abbaye Notre-Dame des neiges en Ardèche qui propose vins, apéritifs et digestifs trappistes. Mais de bière, point. Pas d’étape française donc lors de notre prochain Trappist Tour.

Faute d’espoir de nouveauté, nous avons donc repris très sérieusement la dégustation des breuvages du Benelux. Nous avons goûté à nouveau attentivement la Zundert, à laquelle nous adhérons dorénavant. Nous avons ramené de la Westvleteren 6 et 8 de l’abbaye de Saint-Sixte. Nous avons missionné les copains visitant l’Autriche pour nous ramener de la Benno et de la Nivard (pas facile semble t-il…), mais n’en avons finalement trouvé une bouteille (vide) que dans une cave à bières d’Hossegor !

Allez, c’est par un clin d’œil à l’île du Malt que nous achevons cette passionnante enquête.

Nos prospections auront été un échec, mais son choix pléthorique aura su apaiser notre chagrin. Santé !