Orval

« Tiens, si on allait boire une bière ? »

Cette question, somme toute rhétorique, tant la réponse attendue est forcément positive, vous l’avez entendue des centaines de fois.

Votre interlocuteur est d’ailleurs convaincu que vous ne refuserez pas, un peu comme s’il demandait à Johnny Halliday d’allumer le feu ou à Madonna de jeter sa culotte devant un parterre conquis d’avance (NDLR : veuillez m’excuser pour ces références musicales plutôt douteuses. Je tâcherai de faire mieux la prochaine fois).

Une fois arrivé dans un café digne de ce nom, voici le moment tant attendu de commander un jus de houblon. Un coup d’œil rapide à la carte et vous voila rassuré : des bières trappistes sont proposées.
Votre accompagnateur sait à quel point vous aimez ces bières brassées depuis plusieurs décennies par des moines ou selon leurs recettes originales. Vous avez même rejoint une association d’amateurs desdites bières trappistes qui ne demande qu’à grandir. Il attend donc sans surprise que vous choisissiez votre boisson dans cette partie de la carte. Vous ne pouvez et ne devez donc pas le décevoir. Votre regard se trouve attiré par une trappiste que vous n’avez pas bue depuis quelques temps, brassée en Belgique, dans la province du Luxembourg, à Villers-devant-Orval.

Votre esprit s’égare rapidement et des images de ruines de l’abbaye apparaissent accompagnées de celle de la bouteille aux formes rondes, pouvant évoquer une déesse de la fertilité. Vous voici fixé, vous allez opter pour cette bière de fermentation haute, relativement légère (elle titre à 6,2%) au goût légèrement houblonné et à l’amertume assez prononcée.

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Le serveur vient s’enquérir de votre commande et au moment de lui répondre, un doute vient subitement vous habiter. Doit-on demander une Orval ou un Orval ? Impossible de montrer un quelconque signe de gêne, mais il va falloir faire au plus vite. Les quelques millisecondes à venir peuvent s’avérer décisives quant à la crédibilité que l’on vous accordera. Votre organe principal, que vous utilisez quotidiennement pour votre plus grand plaisir, je parle bien entendu de votre cerveau, doit faire preuve de célérité.

Vous envisagez le problème sous un angle d’attaque qui vous semble rationnel. Il doit s’agir d’un Orval, car les mots commençant par la syllabe “or“ ne sont-ils pas masculins, à l’instar d’un orang-outang, d’un ornithorynque (quel drôle d’animal au passage) ou d’un orgeat ? Mais les mots organisation, orange, origine, ordination viennent vous rappeler que votre réflexion laissait pour le moins à désirer.
Le masculin et le féminin se trouvent une fois encore confrontés dans une lutte acharnée. Si vous êtes un féministe convaincu, exigez une Orval, en expliquant bien à l’assistance que la féminisation du langage doit être la règle. Si cette option vous laisse de marbre, vous pouvez toujours espérer être entouré de béotiens, qui ne vous tiendront pas rigueur de votre confusion des genres. Mais là encore, vous vous demandez si autour de vous ne se cacherait pas un wikiman, véritable encyclopédie ambulante, le genre de personne à connaitre tout sur tout, qui se ferait un devoir de vous reprendre, avec moult explications à la clé.

La facilité voudrait que vous vous rabattiez sur une Chimay, jamais vous n’avez entendu quelqu’un désirer un Chimay, sauf chez votre fromager. Mais vous êtes un battant et vous acceptez le défi qui vient de s’offrir à vous.

“Je vais prendre deux Orval, s’il-vous-plait“. Le ton sûr avec lequel vous avez réalisé votre requête pourra surprendre. Si votre ami(e) s’inquiète de votre consommation d’alcool, vous lui expliquerez, avec la plus grande pédagogie, que vous souhaitez rester en sa compagnie plus longtemps que prévu, ce qui augmentera votre crédit en tant qu’ami, et que votre deuxième bière sera tempérée et qu’alors vous pourrez ainsi apprécier comme il se doit la richesse de votre breuvage, la fraicheur ayant tendance à annihiler ses saveurs.

Vous voilà en terrain presque conquis. Vous pouvez enchainer sur la création de l’ABBET, cette sympathique mais non moins sérieuse association, à laquelle votre acolyte devrait adhérer sans plus attendre.

Si la panique venait à prendre le dessus et que vous commandiez deux Orvaux en revanche, vous passeriez pour un fieffé imbécile qui deviendrait rapidement la risée de votre entourage…

Au final, vous n’aurez pas tranché sur le genre de la bière d’Orval. Si, vous aussi, cette question vous turlupine au plus haut point, pourquoi ne pas embarquer avec nous l’année prochaine pour le trappiste tour et demander l’avis des gens du cru ?

Ainsi naquit… l’ABBET…

Si l’on se fie à la littérature, l’ABBET a des origines très anciennes. Ainsi, Schopenhauer écrivait, dans le Monde comme volonté et comme représentation, que « l’Etat n’est que la muselière dont le but est de rendre inoffensive l’ABBET » (1818). Quelques années plus tard, Emile Zola écrivit quant à lui l’un de ses plus grands romans, l’ABBET Humaine, anecdote de l’histoire de la famille Lantier, ravagée par l’alcool. A les lire, l’ABBET peut apparaître comme un rassemblement de rebelles alcooliques.

La réalité est toute autre. Et si l’on peut trouver flatteur que de tels fantasmes soient nourris à son égard, l’ABBET ne reste qu’un simple rassemblement, d’hommes et de femmes, unis dans l’épicurisme par la plus fraternelle des amitiés.

Tout a commencé en 2014, par un matin de printemps comme les autres : le soleil brillait, les oiseaux chantaient, les cerisiers étaient en fleur, et les distributeurs de billets étaient en panne. Ce matin-là, cinq amis étaient sur le départ, Grand Place de St-Omer (Pas de Calais) : Max, Manu, Oliv, Nico, et Greg, déjà amateurs de bières trappistes, mais soucieux de combler d’éventuelles lacunes en ralliant, en trois jours, la totalité des abbayes trappistes Belges et Néerlandaises : Westmalle, Achel, La Trappe, Rochefort, Orval, Chimay, Westvleteren.

Tout était prêt : le trajet enregistré, les tentes vérifiées, et surtout, précaution indispensable : le tour des roulements des conducteurs était établi, après quelques négociations… Nous voilà donc partis, et c’est sans encombre que s’achèvera cette première journée. Quel bonheur d’arriver à notre première étape, Westmalle ! Enfin, nous voyons l’abbaye, qui depuis plusieurs années ne nous était connue qu’à travers ses produits. Enorme avantage de cette abbaye, son architecture fort moderne laisse davantage de temps à la dégustation de la double et de la triple. Une surprise de taille nous attendait ensuite à Achel, à savoir la dégustation de leurs quatre spécialités. Quelle apothéose enfin, avec l’abbaye de Koningshoeven, dont la bière, la Trappe, se décline en pas moins de huit pressions ! Tout n’a pas été simple cependant : ce premier jour nous apprend que le tour des trappistes se mérite, et qu’une certaine vaillance est nécessaire: la restauration à Tilburg, difficile, et surtout la météo, hostile, ont bien failli ternir la journée! L’un d’entre nous n’a-t-il d’ailleurs pas, d’après ses propres dires, failli trépasser le soir, la température ayant été, je cite, « la plus basse qu’il n’ait connue dans sa vie » ?

Le lendemain, une étape supplémentaire est décidée en début de journée : nous ne sommes qu’à quelques encablures de Ciney, où, naïvement, nous pensions brassée la bière de même nom. Une fois au village, la place nous séduit, mais le soleil attise la soif, et nous cherchons désespérément la brasserie. L’Office du Tourisme nous explique que nous nous sommes fourvoyés : en effet, la Ciney n’est pas brassée sur place, mais par Grimbergen ! Un estaminet ayant retenu notre attention, nous décidons tout de même d’y rester pour déjeuner. Les spécialités de la maison, cuisinées à l’Orval, la Gauloise, jusqu’alors méconnue, nous redonnent la vie, et c’est dans une atmosphère de gaieté que nous arrivons ensuite à Rochefort. Un crochet par l’abbaye, que nous ne pouvons visiter qu’en partie, puis un bar local, pour la dégustation des fameuses 6, 8 et 10. L’ambiance de la ville, en fête, nous confirme dans notre gaieté et notre soif de découvertes. C’est donc dans d’excellentes conditions que nous parvenons à Orval, magnifique abbaye dans un écrin de verdure. Sans doute est-ce cette verdure qui a inspiré les moines pour nommer une de leurs bières, que nous découvrons sur place. A moins qu’il ne s’agisse que d’un produit manquant de maturité. Mystère…

La matinée du troisième jour est fraîche est brumeuse. Les tentes humides sont repliées, et peu après avoir salué nos hôtes, nous nous dirigeons vers l’abbaye de Scourmont, dans la commune de Chimay. L’atmosphère change, la dégustation de leurs quatre bières se fait dans une ambiance inattendue… Arrive alors la dernière abbaye de notre périple, St-Sixtus. Est-ce parce que c’est notre dernière étape, ou bien parce qu’elle est si difficile à trouver, ou encore que nous en entendions parler depuis si longtemps, que la sensation de pèlerinage se fait sentir lorsque nous passons son porche ? Peut-être un peu de tout cela…

A l’issue de ce voyage, nous retournons vaquer à nos occupations quotidiennes. Des étoiles plein la tête (et des bulles plein l’estomac), une douce nostalgie nous envahit, en même temps qu’une certitude, celle de recommencer. D’autant plus que nous avons constaté que nous n’étions passés qu’à quelques kilomètres, sans le savoir, de l’abbaye de Zundert, reconnue comme trappiste peu de temps auparavant. Une autre idée s’impose également, celle de faire découvrir ce magnifique patrimoine injustement méconnu. Quoi de mieux qu’une association pour cela ? C’est ainsi que quelques mois plus tard est créée l’Amicale des Buveurs de BièrEs Trappistes, pour que la prochaine fois, vous nous accompagniez.

La Trappe à l’honneur lors de la première soirée de l’Abbet

Le groupe Diyo.

Pastobal, Diyo, Les grains de folie, Les ficelles tendues, tel était le programme de la première soirée coorganisée par notre association et la bande à Diyo le 19 juin 2015 à la MJC de Cergy village, en région parisienne.

Une quarantaine de personnes ont répondu présent à l’appel de l’Abbet et de notre partenaire pour découvrir la Trappe dans une ambiance conviviale. De la Trappe blanche à la Quadruple, en passant pas la Isidor et la Bockbier, chacun a pu goûter et apprendre à connaître cette bière trappiste brassée à Koningshoeven (Pays-Bas). Et tenter de remporter un prix lors d’un quiz sur ces bières et leurs abbayes.

Voici un aperçu du final de la soirée.

De nombreuses photos ont été prises durant cette soirée. En voici quelques unes.

L'équipe de l'Abbet.

Manu, Nico et Max.

Diyo.

Diyo.

Les ficelles tendues.

Les ficelles tendues.

Désormais, le frigo Trappe est vide. Merci d’être venus nombreux pour découvrir cette bière, et plus particulièrement aux nouveaux adhérents. Nous vous donnons rendez-vous pour une prochaine soirée à la découverte des bières trappistes. Et pour les curieux, les autres photos de la soirées sont sur notre page Facebook.

Nous, fondateurs de l'Abbet, pour vous servir.

Nous, fondateurs de l’Abbet, pour vous servir.